Une biographie ratée mais une correspondance passionnante : deux nouveaux livres sur notre icône nationale.


L’été s’installe sur le golfe de Saint-Tropez et il est impossible de ne pas penser à Brigitte Bardot, au soleil, à la plage à perte de vue, aux bains de mer. Le temps et les hommes n’embellissent ni le rivage ni les souvenirs. C’est avec stupeur que j’ai découvert la disparition de l’Esquinade chère au cœur de B.B. Une disparition provoquée par une stupide loi dite du littoral. L’Esquinade, c’était un temple païen, dédié aux plaisirs de la chère – et de la chair… C’était le symbole de la joie de vivre, de la simplicité, du bonheur qui n’existe pas et que nous recherchons frénétiquement.

Goujon pèche 

J’ai décidé alors de me consoler en lisant la biographie de Michel Goujon, né à Saint-Tropez, fils du chef du restaurant de l’hôtel de Paris, fin connaisseur de ce village de pêcheur aujourd’hui mondialement connu.

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J’espérais y apprendre de nouvelles choses sur notre star planétaire ; j’espérais que le voile serait levé sur le mystère Bardot, puisque l’auteur prétend qu’il y a un mystère Bardot, ce dont je ne doute pas. On ne devient pas le symbole de la libération de la femme avec un seul film, et on ne voue pas sa vie à tenter que l’homme, enfin, respecte les animaux, au lieu de les mastiquer après d’atroces souffrances, par hasard. Un janséniste vous dirait que Bardot fut touchée par la grâce en naissant.

La gifle qui mit K.O. B.B.

Après un interminable prologue, où l’auteur ne cesse de se mettre en avant, je me suis dit que le meilleur arrivait. J’ai lu jusqu’au bout une compilation d’événements archiconnus. J’ai découvert les fiches signalétiques de ses amants et maris, me demandant, par exemple, pourquoi Bécaud n’avait droit qu’à deux paragraphes, alors qu’il avait traité la comédienne comme une moins que rien, l’humiliant à plusieurs reprises. En ce qui concerne Jacques Charrier, mari et père de l’unique enfant de l’icône, Nicolas, il est surprenant que le biographe ait passé sous silence la gifle qui mit K.O. B.B. Car cette femme, toute sa vie, eut à se défendre contre les machos qui voulaient la maintenir en laisse et se servir de sa notoriété pour prendre un peu de sa gloire. B.B fut une femme battue. Ses larmes de combat viennent de là en grande partie. Malgré quelques pages romantiques sur Saint-Tropez et ses environs, la magie n’opère guère. Le biographe pose des questions et n’y répond pas. Or le biographe se doit de répondre aux questions que ne se pose pas le lecteur. Le mystère Bardot, au bout de 430 pages denses, et parfois répétitives, demeure. C’est frustrant.

Tombeau pour Roger Vadim

Certains points m’ont particulièrement irrité, je dois le confesser. Par exemple, Michel Goujon évoque le premier mari de B.B, Roger Vadim, et le cimetière marin de Saint-Tropez, face à La Madrague, où le « vieux russe » repose. Il écrit : « Sa tombe blanche (…) porte une seule inscription : Vadim Plémiannikov 1928-2000. » Il faut avoir de la chance pour la trouver, cette tombe blanche, où être accompagné par un ami qui sait où elle est, comme ce fut mon cas. Les pluies salées ont effacé prénom, nom et dates. Il ne reste rien qu’une plante déposée par Brigitte elle-même en souvenir de celui qui en fit un mythe. C’est décevant un biographe, né à Saint-Tropez, qui ne signale pas ce détail poignant. La nature est terrible, elle oblitère tout.

D’Ormale, un personnage de Morand

Le deuxième point concerne Bernard d’Ormale, le mari de Brigitte depuis 1992. Dans un chapitre intitulé « Le baroudeur et la sauvageonne », Le biographe écrit : « De son côté, que pense aujourd’hui Bernard d’Ormale de l’état de la France, de l’Europe, de la planète, comme elle va ? L’homme est discret, peu disert. » Bernard d’Ormale est un homme délicieux, cultivé, qui a l’esprit ouvert comme la plupart de ceux qui ont beaucoup bourlingué. C’est un personnage de Paul Morand, échappé de L’Europe galante. Il est tout sauf disert. Grâce à son expérience, sa pensée est originale, à mille lieues de cette bouillie insipide qu’on nous sert au quotidien. Je n’ai rien lu d’original sous la plume de Michel Goujon. Il a repris les faiseurs de discours convenus, qui ont décidé, une fois pour toutes, que Bernard était un réac. Donc infréquentable. C’est facile, ça dédouane à peu de frais.

Et puis Bernard d’Ormale a beaucoup d’humour, il ne se prend pas au sérieux. Quand il a appris que j’écrivais un article sur Errol Flynn, il m’a lancé, en riant : « C’est vrai que sa vie est une aventure, il a même fait du « trafic » de main-d’œuvre aborigène. Moi, en Afrique, je n’ai fait que du « trafic » de climatiseurs japonais ! »

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Bernard est un éternel jeune homme au regard malicieux. C’est ce qui plaît à la passionaria des animaux.

In bed with Giesbert 

On ne change pas de décor mais de rythme avec le délicieux livre illustré de Simone Duckstein, propriétaire de La Ponche, mythique petit hôtel de Saint-Tropez. Cette dame de 80 ans, pétillante comme le champagne tant prisé par B.B, a décidé d’écrire des lettres à son amie Morgane pour raconter le passé et le présent de ce port aux couchers de soleil flamboyants. On y croise des célébrités comme Juliette Greco, Jean Seberg, la femme de Romain Gary, William Holden qui retrouvait à La Ponche Deborah Kerr tournant Bonjour Tristesse, Romy Schneider occupant la chambre 8, sa préférée, le chanteur Christophe, arpentant de nuit les couloirs dans le but de tout connaître de La Ponche pour la chaine Voyage, Jacques Laurent et son épouse Elizabeth venus se reposer et oublier les cocktails germanopratins… Simone Duckstein livre quelques anecdotes croustillantes. Franz-Olivier Giesbert l’interviewe pour l’émission de Thierry Ardisson, « Salut les Terriens ». Elle raconte : « Dans la chambre que Brigitte Bardot avait occupée avec Gunter (Sachs) pour leur première nuit à La Ponche, Franz-Olivier s’était allongé sur le lit, son panama toujours vissé sur la tête (…), et m’avait déclaré tout de go : ‘’ Vous êtes Brigitte, je suis Gunter. Venez vous allonger près de moi.’’ C’était de l’humour évidemment et j’avais refusé. »

Bardot ne débande pas

Ces lettres sont légères et drôles. Ça fait du bien. Comme ça fait du bien de croiser la silhouette fragile de Françoise Sagan fumant une cigarette mentholée sur la plage miniature devant l’hôtel, contemplant les vagues pour y trouver l’inspiration. Sagan a su saisir la poésie de Saint-Tropez, malgré les nuits en désordre. Simone Duckstein cite un passage de son livre Avec mon meilleur souvenir : « Nous sommes à la mi-juin. Je suis assise à la terrasse de l’hôtel de la Ponche, à six heures du soir, au seuil de l’été, donc, mais sous un ciel gris, d’un gris de plomb, où ne se glisse pas le moindre filet rose. » Sagan est née le 21 juin, ne l’oublions pas. Et puis, bien sûr, il y a la présence solaire de B.B, « la belle entre les belles » comme l’avait appelée Juliette Greco, habitant désormais Ramatuelle. B.B qui préface l’ouvrage, et ose écrire : « J’ai adoré ton livre, je l’ai lu sans débander. » Dieu, en réalité, n’a-t-il pas créé l’homme sous les traits de la femme ?

Michel Goujon, La recluse. Le mystère Bardot, Plon.

Simone Duckstein, De Saint-Tropez, lettres à une amie. Illustré par Julie Aimé-Fabbri. Lettre-préface de Brigitte Bardot. Cherche-midi.

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