Pour cet agrégé de philosophie, gouvernants et gouvernés ont surréagi par rapport à la réalité de la menace. Le résultat, c’est que, pour défendre les plus fragiles, on les a abandonnés. Reste à savoir si nous serons capables d’apprendre de nos erreurs. Propos recueillis par Elisabeth Lévy.


Causeur. Vous parlez d’une « psychose qui fait dérailler le monde ». Vous n’allez pas dire que cette épidémie n’existe pas.

Jean-Loup Bonnamy. Je vous rassure tout de suite. L’épidémie est bien réelle. Et elle pose un très grave problème de santé publique, notamment à cause de l’engorgement des hôpitaux.     De plus, je n’adhère absolument pas aux discours complotistes. Je pense que le virus, bien loin d’avoir été inventé dans je ne sais quel laboratoire, est une création de la Nature, tous comme les autres virus, bactéries et bacilles qui sont à l’origine des milliers d’épidémies que l’humanité a déjà affrontées. C’est d’ailleurs cette naturalité de l’épidémie qui me rend sceptique envers les procédés artificiels comme le confinement. Si je devais résumer ma position, je me qualifierais donc de « critique, mais pas barjo ».

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Cependant, le remède (le confinement) semble pire que le mal (le Covid-19). Nous sommes en pleine surréaction. L’épidémie est grave, mais n’a rien d’apocalyptique : elle a tué 1,4 million de personnes dans le monde, mais il meurt 60 millions de personnes chaque année. Tous les ans, le cancer fait 9 millions de morts. Idem pour la faim ! (Il suffit donc de 50 jours à la faim pour atteindre le bilan du Covid.) Les broncho-pneumopathies obstructives font, elles, 3 millions de morts chaque année.
De plus, la mortalité du Covid est bien inférieure à 0,5 %. Sur le Charles de Gaulle, le plus grand navire de guerre de la marine française, 1 046 marins ont été contaminés : aucun n’est mort. En France, 50 % des morts du Covid ont plus de 84 ans. La moyenne d’âge est de 81 ans, ce qui correspond à l’espérance de vie. Sur 45 000 morts français du Covid, seuls 28 avaient moins de 30 ans et l’écrasante majorité de ces 28 malheureux était en fait atteinte aussi d’autres pathologies très lourdes. Les démographes de l’INED ont calculé que le Covid-19 ne nous ferait perdre qu’un mois et demi d’espérance de vie. Était-il nécessaire de mettre le pays à l’arrêt, d’empêcher les proches de voir les cadavres des défunts, de suspendre les libertés publiques, de saccager l’économie et le tissu social pour une maladie aussi peu létale ? Je ne le pense pas. Notre réponse est disproportionnée.

En tout cas, la psychose frappe autant les gouvernants que les gouvernés, on peut même dire que celle des seconds répond à celle des premiers. N’est-ce pas un signe de civilisation de refuser d’abandonner à leur sort les fameux plus fragiles, qui sont aussi les moins actifs ?

Premièrement, dans votre question, vous faites comme s’il était certain que le confinem

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Décembre 2020 – Causeur #85

Article extrait du Magazine Causeur

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