Race ou classe : dans le débat sur l’immigration, les banlieues et l’insécurité, chacun est prié de choisir son camp – si possible le bon. On vous parle délinquance, échec scolaire ? Répondez immédiatement : chômage, pauvreté, ghettoïsation ! Évoquer les origines ethniques des populations concernées, mentionner leur religion, leur culture et leur vie avant leur installation en France, c’est prendre le risque d’être accusé de racisme. On vous soupçonnera de vouloir dédouaner l’Etat et le pays d’accueil et de rendre l’immigré responsable de sa misère. Or, si chez Agatha Christie, le coupable, c’est toujours le majordome, dans le débat public, c’est toujours le grand méchant Blanc. Le grand mérite du Déni des cultures, le dernier ouvrage du sociologue Hugues Lagrange, est de s’attaquer à cette vision binaire et idéologique de la réalité.

Lagrange n’y va pas par quatre chemins : « Les émeutes urbaines, constate-t-il, […] ont surtout mobilisé les enfants des grandes familles isolées par la ségrégation urbaine. […] Elles ont d’abord impliqué des adolescents masculins qui cumulent plus de difficultés scolaires que les filles. Ces réalités sont l’expression d’arrangements familiaux et de rapports entre les sexes qui tranchent radicalement avec l’évolution des mœurs en Europe  […]. »  Mais ces réalités sont occultées par des pouvoirs publics, de gauche comme de droite, qui hésitent entre « l’affirmation d’une indifférence […] à la confession, à la couleur de la peau et à la culture d’origine et des actions ostentatoires pour refouler les « nouveaux barbares » « .

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