Sorti au cinéma le 13 novembre, Le Mans 66 de James Mangold revient sur la légendaire rivalité entre Ford et Ferrari qui mena au triomphe des voitures de la marque américaine aux 24 heures du Mans en 1966.


1963, la société Ford Motor Company dirigée par Henry Ford II (Tracy Letts) veut changer son image de marque. Produisant de confortables voitures familiales de manière industrielle, elle opère une tentative de rapprochement avec le célèbre constructeur automobile italien Enzo Ferrari, afin de lui racheter des parts de son entreprise. Ferrari brille, sa réputation est au sommet. Ils enchaînent les victoires aux 24 heures du Mans.

Rejetant l’arrogance de Henry Ford, Enzo Ferrari refuse sa proposition, et acte le début de la concurrence avec ses adversaires américains. Henry Ford ordonne à ses collaborateurs de trouver des hommes capables de construire une voiture de course qui puisse battre les Ferrari. Ils embauchent Carroll Shelby (Matt Damon), ancien pilote vainqueur des 24 heures du Mans en 1959. Shelby impose son ami Ken Miles (Christian Bale) comme technicien et principal pilote de son écurie. Après l’échec de plusieurs de leurs prototypes, Shelby et Miles aboutissent, la Ford GT40 sera au départ des 24 heures du Mans en 1966.

Construire la meilleure voiture possible

Le film de James Mangold, artisan brillant et inspiré, auteur des excellents Copland, Walk The Line et Logan raconte l’histoire d’une d’amitié indéfectible entre Carol Shelby et Ken Miles. Ces deux hommes unis par le partage de la même passion amoureuse pour la course automobile et pour une femme formidable, d’une grande beauté plastique, Mollie (Caitriona Balfe), sont des vrais héros de l’Amérique, dignes des cowboys des westerns de Howard Hawks.

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L’un, Shelby, solitaire, physiquement et moralement entamé après un accident cardiaque est un ingénieur visionnaire et ambitieux, l’autre, Miles, marié à Mollie est une tête brûlée, caractériel, ombrageux mais aussi précis, déterminé dans la maîtrise du volant comme dans celle de l’amour de sa femme et de son fils Peter.

Il s’agit pour eux de construire la meilleure voiture possible, de faire corps avec elle lorsqu’ils la pilotent afin de la mener à la victoire. Leur relation à la mécanique des automobiles est très physique, organique voire orgasmique. Lors des essais, Ken Miles pilote les différents modèles conçus en ressentant toutes les qualités et les moindres défauts de la mécanique. Le film s’avère très juste lorsqu’il montre les oppositions sociales entre ces deux hommes fidèles, fiables et pétris de classe face aux dirigeants arrogants et perfides de la Ford dont l’intérêt majeur est l’argent. Pour Ken Miles, la plus belle récompense sera le coup de chapeau discret, élégant que lui donne Enzo Ferrari au Mans.
La classe!

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Le Mans 66 est servi par des acteurs exceptionnels et une mise en image au cordeau, filmant la course automobile comme une aventure humaine, organique, mythique, une histoire de légende sur fond de grands ciels bleus couchants.

La mise en scène de la course filmée avec une maestria égale à celles filmées par Howard Hawks dans La foule hurle (1932), Ligne rouge 7000 (1965), par Lee H. Katzin dans Le Mans (1971) alterne séquences de vitesse pure et scènes révélant l’intériorité humaine – désirs, volonté, ambitions, souffrances, douleurs – montrés par des plans successifs dans l’habitacle de la machine: la carrosserie qui vibre, un visage embué par la sueur, des yeux au regard perçants, un corps entier animé par la volonté et le désir de gagner, une aiguille rouge montrant que le moteur surchauffe, que les freins peuvent lâcher sans prévenir…

Puissant, passionnant et tragique Le Mans 66 est une poignante et véritable histoire d’hommes. L’un des plus beaux films de l’année, assurément!

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