Depuis deux semaines, une coalition menée par les Etats-Unis s’est engagée dans une guerre aérienne contre les milices islamistes radicales du Daesh, en Irak et en Syrie. Les communiqués relatifs à ces opérations font état de cibles détruites : centres de commandement, chars d’assauts, raffineries et puits de pétrole alimentant les finances de cette bande d’égorgeurs. Fort bien.

Cependant, il apparaît que cette milice a pris ses quartiers dans un certain nombre de localités peuplées de civils désormais soumis à leur terreur : tous n’ont pas la possibilité, ou les moyens, de s’enfuir vers la Turquie ou la région autonome kurde. Un reportage impressionnant, filmée en caméra cachée, par une journaliste dissimulée sous son niqab : montre la ville de Raqqa, en Syrie, place forte des djihadistes. On y voit une ville peuplée de civils vaquant, malgré la situation, à leurs activités quotidiennes. Alors, de deux choses l’une : soit les frappes aériennes de la coalition épargnent à dessein les zones peuplées, quitte à les transformer en sanctuaire pour les miliciens de Daesh et leurs chefs, soit, plus vraisemblablement, on nous cache les « dommages collatéraux » inévitablement produits par des frappes aériennes en milieu urbain. L’AFP est dans l’incapacité d’établir le compte précis des victimes, militaires ou civiles, comme elle l’avait fait  pendant l’opération «  Barrière protectrice » à Gaza, en se fondant sur les seules informations fournies par le Hamas. Notre bonne conscience est donc préservée : à la différence des Israéliens, nous savons tuer des civils sans que cela se voie…

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Luc Rosenzweig
est journaliste.Il a travaillé pendant de nombreuses années à Libération, Le Monde & Arte.Il collabore actuellement à la revue Politique Internationale, tient une chronique hebdomadaire à RCJ et produit des émissions pour France Culture.Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels "Parfaits espions" (édition du Rocher), ...