Réformer, mais chez le voisin

Réformer, mais chez le voisin

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Votre pharmacien est en grève. Pas très grave, vos placards sont bourrés de médicaments que vous pourrez prendre en cas de migraine. En plus on vous avait prévenus, vous pouviez refaire le plein hier. Prenez votre mal en patience, demain, tout fonctionnera comme d’habitude. Et si c’est vraiment urgent, vous ne serez pas dans la nature. Un service fonctionne en cas d’urgence.

C’est plutôt reposant une grève dont on connait la limite : on peut s’organiser en conséquence. C’est un acte de contestation civilisé en quelque sorte. Une façon correcte de signifier son mécontentement, sans mettre dans l’embarras la moitié de ses congénères. Mais est-ce aussi efficace que le blocage intégral du pays ?

Ce matin, sur Radio Classique, Philippe Tesson remarquait à quel point la France est irréformable : quel que soit le changement proposé, quelle que soit la catégorie concernée, c’est non ! Son contradicteur de gauche arguait, avec la bonne foi qui le caractérise –ou est-ce de la bêtise ?-  que les deux catégories qui s’étaient mises en grève récemment sont des professions qui « votent à droite ». Les pilotes, ça vote à droite, c’est bien connu. Les professions libérales, ça vote à droite, qu’on se le dise. Et de conclure en toute logique que ce qui bloque ce pays, ce sont les gens de droite…

Est-il une profession dans laquelle tout le monde a les mêmes idées politiques ? Je connais des médecins de gauche, des instituteurs de droite et des intermittents interrogatifs… Mais si ! Peut-on, en qualité de belle-âme, jamais avare d’une petite leçon de bienséance aux uns et aux autres, ranger ainsi des hommes et des femmes dans le tiroir de leur opinion ? N’est-ce pas un peu condescendant de rejeter ainsi l’immobilisme à la française sur une « couleur politique ». Et la capacité d’analyse ? Réservée aussi à un parti, peut-être ?

Si les sondeurs nous révèlent un réel vœu des français de voir le pays se réformer, c’est toujours par les autres que tous veulent commencer. Et cela concerne chacun. Les trois quarts des Français seraient d’accord avec l’idée qu’il faut aller plus loin dans les réformes, mais refuseraient l’idée de sacrifices supplémentaires. Quelle que soit la couleur politique du métier qu’il pratique, chacun a à cœur de garder ses privilèges et désire que l’on s’occupe en priorité de supprimer ceux du voisin.

Il faut cependant reconnaître que, selon les professions, les moyens de faire entendre sa voix sont plus ou moins coercitifs… Bloquez une raffinerie, les trains, le métro, les avions, en assignant les Français à résidence, vous obtiendrez l’attention du gouvernement… Privez-les d’aspirine pendant quelques heures, le résultat est moins garanti. Pillez, cassez, saccagez des bâtiments publics, on s’aplatira devant vous, avant de vous blanchir de vos exactions. Manifestez dans le calme, on se gaussera de vous… Il n’y a que des mécontents, pourtant il y a grève et grève…

 *Photo :  LCHAM/SIPA. 00693240_000025. 


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