Le gouvernement aurait pu éviter de déclencher la colère des « gilets jaunes ». Seulement voilà, il est drogué d’impôts…


Une odeur de trouille flotte entre l’Elysée, les préfectures et les salles de rédaction. Le vent de panique que font souffler les « gilets jaunes » ne sera peut-être qu’une fausse alerte. Une opportune et sensible baisse des prix du pétrole pourrait y mettre fin. Pourtant, nous sommes peut-être à quelques heures d’une mobilisation historique de dizaines de milliers des plus grands cocus de ce pays – les ploucs diésélistes et fumeurs. Que les autorités françaises aient pu prendre le risque d’une telle jacquerie révèle l’aveuglement d’une administration amnésique, droguée aux impôts, taxes et prélèvements ésotériques.

La grève des jaunes aura bien lieu

Rappelons l’objectif écologique initial recherché par le gouvernement : aligner la fiscalité du diesel sur celle du super, afin de détourner du gasoil les presque 60% d’automobilistes… que l’on a mis trente ans à convaincre d’utiliser cette motorisation – au prix de l’avantage fiscal qu’on souhaite désormais supprimer (!). On ne contestera pas ici l’objectif – auquel on souscrira sans réserve. On a le droit en revanche d’être atterré par la méthode – et de rire aussi devant tous ces énarques qui ont séché devant un problème de CM2.

Pour atteindre ce noble objectif, les têtes d’œuf ont décidé d’augmenter de 10 centimes les taxes sur le diesel – et d’empocher au passage trois milliards. Personne n’a, semble-t-il, imaginé au sein de l’administration française que l’on pouvait (attention, public sensible s’abstenir) baisser (oui, baisser) les taxes sur le super de 10 centimes. Sachant que ce carburant ne représente que 22% des volumes et le gasoil 78%, le coût de cette mesure se limitait à 900 millions d’euros. Une baisse des taxes dont tous les ministres et députés LREM auraient chanté la bonne nouvelle. On aurait adouci les prélèvements des 40% de Français qui roulent à l’essence, sans matraquer autres – la France périphérique qui n’en peut mais… Une mesure forcément populaire, répondant parfaitement à l’impératif écologique. Une décision politique équilibrée, inattaquable par les écolos réalistes (il y en a). Un sans-faute potentiel.

Bercy trop près du mur

Le sens de la responsabilité – ou à défaut un minimum de pudeur – aurait caractérisé cette décision, au moment où les cours du pétrole (et donc les rentrées fiscales !) s’envolent. Une mesure sage surtout, cinq ans après le désastre de l’écotaxe. Un fiasco qui, en 2013, avait permis aux péquenots de l’Ouest d’enfiler un bonnet rouge. Une déroute écologique qui avait coûté au cochon de contribuable un milliard d’euros. Difficile après cela de nous expliquer qu’il n’était pas possible de lâcher 900 millions pour s’éviter la jacquerie des « gilets jaunes ». Ça se marie pas mal avec un bonnet rouge il est vrai, surtout que l’hiver arrive – enfin, Macron nous dira si ça lui plait.

En attendant, ses troupes à Bercy s’activent pour inventer des dispositifs compréhensibles d’elles-seules afin de minorer l’impact de ce qu’en terme technique, on appelle une épouvantable connerie. Un dispositif existant, le « chèque énergie », a déjà prouvé l’inventivité du moloch administratif. Hélas, Barbara Pompili, président de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, a admis que de nombreux ménages jetaient ledit chèque, car ils n’en comprenaient ni l’objet, ni le fonctionnement. La créativité de Bercy – et tout un système – semble toucher ses limites. La crédibilité des (déjà) 500 millions d’euros de contre-mesures envisagées apparaît comme nulle à ce stade, car le moloch a perdu toute lucidité. Lui, ce qu’il veut avant tout, c’est trois milliards de taxes supplémentaires, car il est en manque.

Les toxicos de la France d’en haut

L’hydre administrative qui dirige ce pays fait désormais figure de toxico, accro aux prélèvements à des doses de plus en plus fortes. Les junkies de Bercy, titubant dans des bureaux feutrés, ont peut-être commis une erreur de trop en tapant fort sur les ploucs diésélisés. Aveuglés par leur toxicomanie, ils ne voient pas que la France championne du monde n’en peut plus. Pas celle du foot, mais celle des prélèvements obligatoires, des dépenses publiques… et de la proportion de diesel sur injonction des toxicos.

Pour que le tableau soit complet, ils leur font même la leçon. Du haut de leur vélo électrique ou tapis au fond de leur voiture de fonction (qu’on aimerait croire à essence), ils enjoignent les prolos à se mobiliser dans l’enthousiasme pour la transition énergétique.

La seringue dans le bras, les fonctionnaires junkies seront probablement acculés dans un coin du ring par une horde de gilets jaunes – alors qu’il aurait été si facile de s’éviter cette épreuve. Il faut désormais nous souhaiter plusieurs choses. Tout d’abord que la situation ne dégénère pas – le pays n’a pas besoin d’une insurrection. Ensuite, que les responsables d’une décision aussi stupide que dangereuse rendent des comptes, sauf si l’incompétence est le prérequis du nouveau-monde macronien (dont la différence avec l’ancien, une fois de plus, ne saute pas aux yeux). Par ailleurs, quelqu’un à Bercy, moins défoncé que ses collègues, pourrait réfléchir et se racheter en lâchant les 900 millions d’ici les manifestations du 17 novembre. Enfin, les plus exaltés d’entre nous espéreront même que la leçon porte et que les junkies puissent réfléchir sérieusement à une cure de désintoxication.

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