Home Édition Abonné L’exécutif est-il le mieux placé pour nous éclairer sur les dangers des fake news ?


L’exécutif est-il le mieux placé pour nous éclairer sur les dangers des fake news ?

Que va faire Gérald Bronner dans cette galère?

L’exécutif est-il le mieux placé pour nous éclairer sur les dangers des fake news ?
Le sociologue Gérald Bronner © Hannah Assouline

Lancée par l’Élysée, la commission sur le complotisme et la désinformation est une fausse bonne idée.


J’ai toujours beaucoup apprécié le sociologue Gérald Bronner, parlant de ses livres ou proposant ses analyses toujours fines et pertinentes sur la société française. Sa mesure, son intelligence, la profondeur de ses aperçus et la qualité de sa vision démocratique garantissaient à chaque fois, pour le lecteur ou l’auditeur, une réflexion stimulante et impartiale. Aussi je n’ai pas compris – j’écarte d’emblée tout narcissisme de sa part – pourquoi il a accepté de conduire une mission sur la diffusion des théories complotistes et la propagation de la haine sur Internet. Je ne sais si la composition de la commission a relevé de sa responsabilité mais il semble déjà que l’un des membres, Guy Vallancien, pose un problème sérieux même si par ailleurs d’autres personnalités estimables ont été choisies.

Par l’entremise de cette commission, l’Etat veut pouvoir poser sa grosse patte sur une effervescence et un débridement qui ne devraient pas le regarder

La main dans l’engrenage

Comment Gérald Bronner a-t-il pu ne pas manifester un sentiment de défiance à l’égard de cette initiative venue de l’Elysée ? En vertu de cette donnée élémentaire qu’à l’approche d’une échéance capitale pour le pouvoir, celui-ci ne pouvait pas avoir une démarche innocente dans un domaine concernant la liberté d’expression au sens large. Accepter cette mission revenait peu ou prou à mettre la main dans un engrenage dont Gérald Bronner n’était plus le maître puisque son inspiration émanait du chef de l’Etat. Il n’était même pas nécessaire de soupçonner le pire pour se garder d’intervenir sur une matière qui, en aucun cas, n’avait à tolérer l’immixtion du pouvoir, mû par une apparente bonne volonté.

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Cette volonté prétendant lutter contre les “fake news” est perverse par nature. Elle paraît oublier que la liberté d’expression, en parfait esprit républicain, non seulement n’est pas contradictoire avec les dérives qu’elle peut entraîner mais qu’il y a là une rançon qui démontre qu’en amont il y a eu la source d’une liberté. Chercher préventivement, avant la seule intervention légitime qui serait judiciaire, à épurer, à discriminer, à filtrer pour chasser le faux en ne conservant que le vrai, est une démarche qui n’a plus rien de démocratique. Par l’entremise de cette commission, l’Etat veut pouvoir poser sa grosse patte sur une effervescence et un débridement qui ne devraient pas le regarder.

La crainte de visées partisanes

Il est regrettable que Gérald Bronner n’ait pas perçu, derrière cet apparent honneur et la superficialité des motifs invoqués, la manœuvre politique dont le seul but est de démontrer que, puisque ce pouvoir rejette les fake news, il est forcément dépositaire de la vérité et de l’honnêteté. Ce qui est infiniment discutable. Depuis des semaines, LREM, des ministres, des conseillers cherchent à faire entrer dans la tête des citoyens qu’Emmanuel Macron est l’incarnation de la raison et de l’équilibre et qu’au fond la cause est entendue. Il faut bien mesurer cette arrogance qui à quelques mois de l’échéance de 2022, avec un président officieusement en campagne depuis des semaines, se permet de surcroît d’installer une commission avec une visée exclusivement partisane.

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Je suis frappé de constater à quel point ce président qui n’est pas différent de ses prédécesseurs sur le plan du comportement public, a tout de même, en plus, le culot de ne rien dissimuler, d’afficher avec une sorte de réalisme cynique que tous les chemins sont bons pour revenir à l’Elysée. Quel tintamarre politique et médiatique aurait suivi une telle initiative impulsée par Nicolas Sarkozy ! On aurait quasiment crié au dictateur. Emmanuel Macron se permet tout parce qu’on lui passe tout. Et ses affidés, inspirés par l’exemple, traitent Eric Zemmour de virus, ravalant l’humain au rang de microbe. Plus j’y songe, plus l’implication de Gérald Bronner dans cette mauvaise affaire me navre. Qu’est-il donc aller faire dans cette galère ?

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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