Voilà deux ans que Pierre de Villiers martèle que la France a besoin d’autorité. La semaine dernière, il a répondu aux questions du Monde. S’il ne révèle rien de ses intentions, on devine qu’il a envie de peser dans le débat national… A partir de ses déclarations, tout est imaginable!


C’est l’homme providentiel pour relever le pays aux yeux de nombreux Français. Celui que la France a attendu depuis maintenant plusieurs quinquennats (voire septennats). Tous les autres citoyens s’accordent pour reconnaître en sa personne un recours des plus sérieux. Assurément, si les Français éprouvaient soudainement un besoin d’autorité, il fait peu de mystère que Pierre de Villiers recevrait quelques sollicitations. Sa démission fracassante, il y a deux ans, avait fait couler beaucoup d’encre. Depuis, les rotatives des imprimeries ont continué de tourner grâce à lui. Ses deux ouvrages, Qu’est-ce qu’un chef ? (2018) et Servir (2017) se sont écoulés à respectivement 140 000 et 180 000 exemplaires. Il remplit des salles entières aux quatre coins du pays et des foules se pressent à ses dédicaces. Indubitablement, en ces années Macron, le militaire a su rallier à lui de nombreux Français qui voient se dégager une “vision” des analyses qu’il délivre… 

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Auprès des journalistes du Monde, il feint d’en être le premier étonné : “Il est préoccupant de voir que l’on est dans un tel vide au niveau des réponses. Je ne devrais pas avoir de telles demandes. Je pense que je comble une partie du vide.”

« Je ne me laisserai pas baiser comme ça »

Alors que le Général s’est reconverti en tant que consultant, le journal du soir nous rapporte qu’il recevrait entre 50 et 100 demandes d’intervention en entreprises… par semaine. Impressionnant ! Au privé, il propose conférences ou séminaires et y délivre des conseils très prisés, en mettant continuellement en avant sa figure de chef charismatique. Un rôle qui pourrait presque apparaître comme déroutant, désuet ou anachronique dans un pays aux repères un peu perdus. Cet élan naissant pourrait être tué dans l’œuf, si ses adversaires amplifient l’idée d’un péril démocratique et de bruits de botte, ou si tous les mouvements qui soutiennent son hypothétique candidature finissent par apparaître comme autant de « sociétés secrètes » aux yeux de l’opinion. L’espoir Villiers pourrait alors finir comme le boulangisme en son temps… sauf si le Général parvient à rassembler au-delà des clans, et s’il parvient à approfondir et enrichir ses idées pour la France (économie, social… notamment). N’est pas de Gaulle qui veut.

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Interrogé la semaine dernière, Pierre de Villiers explique qu’il existe en France une profonde crise de l’autorité. Même si l’homme reste toujours élégant, l’allusion à Emmanuel Macron – qui l’avait contraint au départ de son poste de chef d’Etat-Major des armées – est à peine dissimulée. Seulement quelques mots, au moment de la crise de 2017, avaient fuités. “Je ne me laisserai pas baiser comme ça” aurait-il lâché, alors que l’exécutif entendait resserrer le budget qui lui était alloué. 

En embuscade

Depuis qu’il a été contraint de partir, Pierre de Villiers est comme en embuscade. Attendrait-il son heure? L’interview donnée la semaine dernière avait tout de la carte postale adressée à ses soutiens avant les vacances estivales. Lui certifie que non : “Ceux qui font des conjectures ont tort. Ce n’est ni ma volonté ni ma mission” affirme-t-il. Avant toutefois d’ajouter : “Je ne ferai pas de politique politicienne. Je me situe dans une approche plus globale, et je rencontre des élus de tous bords.” Après, vous pensez ce que vous voulez…

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Au-delà de sa brillante carrière et de sa popularité, Pierre de Villiers propose un diagnostic des maux de la France susceptible de séduire toute une partie de l’électorat conservateur. D’où vient la fameuse crise de l’autorité ? C’est la faute à “la bureaucratie tatillonne, plus importante malgré la digitalisation.” Et au “juridisme, qui complique la vie des citoyens et des chefs d’entreprise.” Ce discours, bien rôdé, porte dans une France où la droite a cru mourir aux Européennes et où, après deux années aux manettes, la macronie est bien incapable de faire la démonstration de quelque bénéfice à mettre au crédit du “progressisme”.

La gauche morale tente de le cataloguer à l’extrême droite

Les journalistes du Monde, facilement inquiétables, peuvent bien trouver “préoccupant de voir les citoyens d’une démocratie réclamer de l’autorité”. Reste que dans un pays où la politique est sens dessus dessous et le corps social atomisé, le pragmatisme de Pierre de Villiers pourrait taper dans le mille dans l’hypothèse d’une candidature. Autre atout : le discours du militaire apparaît comme exempt d’idéologie. La gauche morale a beau tenter de le cataloguer à l’extrême droite (comme elle le ferait pour à peu près quiconque aurait de l’audience en adoptant un positionnement politique à la droite d’Emmanuel Macron), cela ne prend pas.

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Notre consultant prisé se paie même le luxe d’adresser des vœux aux banlieues et autres territoires perdus de la République ou de formuler des réponses à la crise identitaire aiguë du pays. Cette dernière, qui est à la mesure de la gloire passée de la France, demeure le talon d’Achille d’Emmanuel Macron. 

Pour préserver ses chances et son capital sympathie, Pierre de Villiers devra toutefois faire oublier l’affrontement avec Macron et veiller à ce que son grand frère se restreigne dans la publication de brûlots (son dernier livre prétendait que des fées maléfiques américaines et nazies s’étaient penchées sur le berceau de l’Union européenne, ce qui fait bien mauvais genre dans l’intelligentsia).

Un point commun avec Marion Maréchal?

Pierre de Villiers a un point commun avec Marion Maréchal, autre espoir de la droite. Une autre trajectoire à suivre.

Tous deux réclament un retour à l’ordre ou à la hiérarchie… en se traînant un passé d’insubordonnés. Villiers a refusé de se soumettre au pouvoir politique en 2017. Au même moment, Maréchal prétendait se retirer de la vie politique, quand sa tante souhaitait fortement qu’elle continue d’œuvrer dans son sillage et de lui faire bénéficier à elle et à la droite nationale de son extraordinaire popularité. 

Alors que Marion Maréchal est sortie du silence récemment et a développé une pensée politique complète (tout en faisant s’envoler les chiffres de ventes d’une prestigieuse gazette NDLR), alors que les tensions mondiales ne cessent de se multiplier (on pense à l’Iran), Pierre de Villiers rappelle, juste quand cela devient nécessaire, qu’il faudra certainement compter sur lui… 

Un autre phénomène.  Pendant ce temps, de l’autre côté de l’arène politique déchaînée, une idole déchue ne cesse de nous laisser pantois avec ses propositions : Ségolène Royal. Toujours à côté de la plaque, mais jamais en dehors de l’air du temps !

Persuadée que le grand problème de la France demeure l’inégalité homme / femme en ces temps de Coupe du monde de foot féminin, l’ancienne ministre socialiste a réclamé dans la cuisine (!) de “Yahoo” des équipes mixtes au football et des matchs en cinq sets pour les femmes à Roland Garros (comme les hommes NDLR). Il n’est pas absolument certain que ces dernières propositions de notre pasionaria de la bravitude soient de nature à convaincre Alain Finkielkraut

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