Dany le ci-devant le rouge part avec son frère Gaby et sa caméra à la recherche de son identité perdue. Son documentaire, Nous sommes tous des Juifs allemands, a été diffusé en juin en Allemagne et en France. Au lieu d’aller chercher en Israël la confirmation de ses opinions convenues sur les persécutés devenus persécuteurs, il aurait dû lire le Juif imaginaire.


Daniel Cohn-Bendit, dit « Dany », est un personnage éblouissant. Après avoir été meneur du mouvement étudiant de 1968, et expulsé de France, il participe activement à la « guerre du logement » à Francfort et cofonde le parti Vert, pour lequel il siégera à Bruxelles de 1994 à 2014. Comme la plupart des lanceurs de pavés qui se sont rebellés à ses côtés, l’ancien squatteur est devenu un notable qui aime se présenter avec une chemise Ralph Lauren. Ce n’est pas que ses positions aient profondément changé (à l’exception de quelques propos légers sur la sexualité des enfants, qu’il regrette maintenant), mais elles sont devenues majoritaires, au moins en Europe occidentale.

Cependant, on ne s’intéressera pas ici à l’homme politique, mais au Juif Cohn-Bendit, car son film documentaire autobiographique, Nous sommes tous juifs allemands, diffusé en France en juin, met en avant son identité juive. Le titre du film évoque le slogan scandé par les masses étudiantes à Paris lorsque Cohn-Bendit a été interdit de retour en France par les plus hautes autorités en mai 1968. On y découvre un homme posé de 75 ans qui écoute ses interlocuteurs avec un esprit ouvert.

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Le film commence à Moissac, près de Montauban, où ses parents allemands et son frère aîné Gaby ont trouvé refuge dans une famille française pendant la guerre. Avec Gaby, un communiste toujours convaincu, il discute, assis sur un banc, du judaïsme. Comparé à son frère, qui ne veut pas être considéré comme juif, car pour lui cette affiliation reviendrait à prendre parti pour une idéologie qu’il n’a pas choisie, Dany semble carrément pieux.

En Israël pour montrer que les persécutés sont devenus persécuteurs

Les scènes suivantes, qui se déroulent presque exclusivement en Israël, déploient le récit, devenu une tarte à la crème des médias d’Europe occidentale, des persécutés devenus persécuteurs. Cohn-Bendit visite une école pour étrangers non juifs, où des enfants en pleurs se plaignent du manque de reconnaissance et des regards furieux ; il rencontre l’une des rares rabbins qui officient en Israël pour qu’elle lui explique à quel point les mesures de sécurité israéliennes contre le terrorisme arabe sont inhumaines ; puis un Arabe vivant à Jérusalem-Est qui se plaint de la politique israélienne en matière de logement, sans mentionner le fait qu’il est interdit aux Arabes de vendre des biens aux Juifs sous peine de mort.

Seules quelques personnes représentatives de la société israélienne juive ont leur mot à dire. Cohn-Bendit se moque par exemple d’un journaliste orthodoxe qui lui reproche d’avoir agi en égoïste en épousant une femme non juive. Au récit déchirant d’une femme juive française émigrée en Israël

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Octobre 2020 – Causeur #83

Article extrait du Magazine Causeur

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