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Fillon, le prochain samouraï ?

Fillon, le prochain samouraï ?

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David, vous vous souvenez sans doute du meeting de Villepinte, dimanche 11 mars 2012. Une scène blanche se détachait sur un fond bleu Provence. Il y avait des marches au-devant et une pente douce à l’arrière qui ménageait au candidat une apparition digne d’un prophète californien. Ce décor grandiose, si différent du chaudron stéphanois qu’avait été la grand-messe socialiste du 22 janvier au Bourget, évoquait les conventions d’outre-Atlantique.
Dieu que cette pente douce semblait raide à Nicolas Sarkozy. Son costume était du plomb et pesait sur ses épaules. Ce jour-là, le président sortant n’avait pas la flamme. Ses yeux étaient éteints, sa voix cherchait des forces et n’en trouvait pas. Il donnait l’impression de ne pas vouloir du second mandat qu’il briguait. François Fillon s’en était certainement aperçu plus tôt, car quand son tour était venu de chauffer la salle, il était un puncheur prêt à en découdre. Vedette américaine, certes, mais l’Américain, à Villepinte, c’était lui. Le « loser » avait des accents de winner.
David, vous ne semblez pas apprécier François Fillon. C’est votre droit, comme Pétillon fait dire aux Corses dans « L’enquête » du même nom. Vous ne précisez pas si vous lui préférez Nicolas Sarkozy ou un autre. Tel n’est pas votre propos. Ce qui vous importe c’est ce que François Fillon représente politiquement. Vous en faites un Raymond Barre, enfin, c’est Franz-Olivier Giesbert qui le voit ainsi, dites-vous, mais cette image lourde de sens gestionnaire et somme toute « europhorique » conforte vos préventions à son égard. L’ex-premier ministre partage avec le directeur du Point un « goût prononcé pour le modèle allemand », écrivez-vous, et l’on comprend que c’est très mal. On ne saisit pas bien le sens de votre allusion à la fête de la bière, qui se tient à Munich, rappelons-le.
J’ignore, au fond, ce que vous entendez par « modèle allemand ». Pour caricaturer, je dirais que les Allemands économisent sur la bouffe et se lâchent sur la bagnole. Tout l’inverse des Français, qui se tapent la cloche midi et soir et roulent dans des caisses quelconques. Pommes de terre et Mercedes au-delà du Rhin, bavette à l’échalote et Twingo usagée en deçà. Rayon fringues, on n’est pas pareil non plus. Les tuniques Bundeswehr de la chancelière ? Pas de ça chez nous ! En dehors de ces clichés primitifs qui renvoient à la culture et aux priorités qu’on se fait de la vie – à défaut des réalités qu’on aimerait vivre –, je ne vois pas en quoi, dans l’absolu, le « modèle allemand » différerait du « modèle français », en quoi il serait rédhibitoire ni même en quoi il constituerait un modèle.
Soit un pays a des finances à l’équilibre, soit il ne les a pas. Soit il travaille à les avoir, soit il s’en fiche. Seules la destruction des économies des pays concurrents et la soumission de leur peuple à une puissance dominante permet à celle-ci de vivre au-dessus de ses moyens. Mais c’est là une vision de guerre et en temps de paix, chacun, avec son génie, pourvoit à ses besoins. Cela n’exclut pas la domination, ou le rapport de force, qui est dans la nature des choses, mais invoquer la domination d’un « modèle » qui fonctionne pour se soustraire à l’obligation d’une gestion rigoureuse des comptes publics – ce n’est pas ce non plus ce que vous dites – n’est pas raisonnable.
La France fait-elle tout ce qu’elle peut ? Autrement dit, se donne-t-elle les moyens de rendre ses citoyens plus heureux ? Nous en sommes à considérer que l’exportation de biens est une spécificité allemande, un monopole qu’elle se serait arrogé au détriment de ses « partenaires » – auquel cas il faudrait très sérieusement y mettre fin. Mais je ne crois pas que l’Allemagne interdise ou empêche les autres pays de la zone euro d’avoir une balance commerciale excédentaire. De fait, pourtant, on en est venu à le penser. Si nous n’exportons plus assez pour parvenir au moins à équilibrer notre balance commerciale, ce serait de la faute de l’Allemagne. Pour un peu on lui demanderait de payer nos dettes à notre place.
Sortir de l’euro et imprimer notre propre monnaie de façon à rendre notre économie plus compétitive ? Pourquoi pas mais les problèmes posées par la dépense publique et l’attractivité de nos produits sur les marchés resteraient entiers. Il ne suffit d’avoir sa monnaie, encore faut-il la rendre désirable, sinon, bonjour le cycle infernal des dévaluations dites compétitives.
Appartenance ou non à la zone euro, protectionnisme ou pas, la France n’est pas assez compétitive. François Hollande veut redonner de la vigueur à l’appareil productif français. L’accord compétitivité-emploi de janvier, idéalement conclu dans l’intérêt de l’employeur et du salarié, est un préalable à la reprise de l’emploi. Mais avant tout, c’est la structure des entreprises qu’il faut changer. La France manque d’entreprises de tailles intermédiaires (ETI, entre 250 et 5000 salariés), dont les économistes, distingués ou non, considèrent qu’elles sont le moteur de l’activité industrielle d’un pays. L’Hexagone n’en compte que 4600, dont 1200 dans le secteur industriel – l’Allemagne en aligne 12 000.
Si leur nombre a diminué en France, ajoutant à la désindustrialisation, ce serait en raison notamment d’une fiscalité sur les successions jugée trop élevée, qui aurait incité les patrons d’ETI à vendre leur usine à des « étrangers » plutôt qu’à la céder à un descendant.
Alors, on peut naturellement se demander si François Fillon fera de l’anti-Marine Le Pen sa ligne de défense et d’attaque (lui ou un autre, l’UMP n’y échappera pas), s’il aura le courage d’affronter Copé, mais on peut aussi penser que ces questions ne sont pas primordiales et qu’elles entretiennent ce qu’on dénonce par ailleurs : la petite politique. En déclarant, depuis le lointain Japon, qu’il sera candidat « quoi qu’il arrive » à la présidentielle de 2017, Fillon affiche, comme dirait l’autre, ses ambitions. Seppuku[1. Suicide par éventration (d’après le code d’honneur des samouraïs).] ? Non, c’est beaucoup. C’est pas renversant non plus.

*Photo : European People’s Party – EPP.


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est journaliste.

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