Comme le remarquait avec justesse notre ami Théophane Le Méné, la Grèce va mieux et on ne va pas s’affoler si le quatrième parti du pays, Aube dorée, est ouvertement néo-nazi et s’occupe lui même de faire la police chez les immigrés clandestins. Le principal, c’est que tout le monde, tout au moins du côté des experts de la Troïka et des économistes libéraux-médiatiques, estiment que les efforts du peuple grec et de leur gouvernement socialo-libéral-conservateur portent enfin leurs fruits. Christine Lagarde, elle-même, présidente du FMI, affirme que le pays est sur « la bonne voie » au point de parler d’un retour d’Athènes sur le marché obligataire en 2014. Ce n’est pas compliqué, on a presque l’impression d’entendre les bouchons d’Ambroisie sauter chez les Dieux de l’Olympe pour fêter ça.
C’est vrai, on ne va pas ergoter sur le licenciement sec de 15 OOO fonctionnaires, sur quelques évanouissements pour hypoglicémie (ne dites pas sous-alimentation, ça n’existe plus en Europe comme chacun sait) dans les écoles, sur le système de santé remplacé par des dispensaires autogérés où des médecins bénévoles font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, c’est à dire pas grand-chose si ce n’est ce qui est fourni par la solidarité internationale.
Et puis surtout, on ne va pas regarder les chiffres du chômage. D’après les statistiques officielles,  il était de 27 % en février dernier, contre 22 % l’an dernier, portant le nombre de sans emplois à 1 320 000 personnes pour 11 millions de fainéants, euh pardon, d’habitants.  En ce qui concerne la tranche d’âge des 15-24 ans, le pourcentage atteint 64,2 %… En gros, toute une génération. Mais ne doutons pas qu’ils trouveront tous à s’employer dès que la Grèce sera revenue dans le monde merveilleux des marchés. Et ceux qui ne seront pas traders pourront toujours faire révolutionnaires. Il semble que dans une Europe schizophrène où la bonne santé d’un pays n’est plus jugée qu’à ses performances financières, cette vocation-là ait de beaux jours devant elle.

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