Une étude a recensé les commentaires laissés par les utilisateurs de Airbnb dans les « quartiers sensibles ». Miracle, ce n’est pas du ce que vous croyez. Les médias se sont régalés…


Sous-louer son logement social n’est pas tout à fait conforme aux lois de la République. Passons, voilà une bonne nouvelle pour les « quartiers populaires ». Honteusement qualifiés de « sensibles » par des personnes assoiffées de sensationnel, une étude de l’agence conseil Nouvelles marges les réhabilite. Les commentaires laissés sur la plateforme de location entre particuliers Airbnb célèbreraient nos banlieues séditieuses.

« Calme et authentique »

Qu’importe si la méthodologie de l’étude questionne. Les journalistes sont super contents, et c’est bien là l’essentiel. On se pincerait pour y croire, c’est presque trop beau. Alors que des esprits malveillants passent leur temps à nous inventer de prétendues « no go zones », le fameux rapport établit qu’ « il existe un marché pour les hébergements situés dans des quartiers à l’image pourtant dégradée ». Jolie formule ! De là à dire qu’il n’y a qu’un problème d’image à corriger pour les quartiers perdus de la République…

En se concentrant sur 25 quartiers, l’enquête a analysé 1045 hébergements de courte durée et les avis que les touristes avaient laissés après leur séjour. Dans la « quasi-totalité des cas », les locataires ont signalé leur satisfaction.

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Si l’on resserre la focale sur la cité des 4000 à la Courneuve, par exemple, 205 des 286 commentaires analysés contiendraient des remarques positives qui valorisent le quartier. 48 % des remarques indiquent que le quartier bénéficie d’une « situation stratégique favorable » grâce à « une bonne connexion au centre de Paris ». 37 % louent « l’accès facilité aux transports en commun » grâce au RER et aux bus. Par ailleurs, 10% ont vu une ambiance « calme et authentique » ! Enfin, 5% ont apprécié la « présence de commerces de proximité ».

Banlieue rose

Ce n’est pas dans les habitudes de cette gazette de faire du mauvais esprit. Mais j’hésite quand même à préparer mes cartons pour déménager. On pourrait rétorquer qu’en comptant bien, seulement 15% des avis sur la Courneuve ont réellement apprécié le quartier, le reste se réjouissant surtout de pouvoir trouver un moyen de transport permettant de foutre le camp… On rappelle aussi que quiconque est de retour de vacances s’empresse généralement de vanter ses choix de baroudeur pour épater ses amis quant à son séjour.

Qu’importe ! La presse « progressiste » a sauté sur une rare occasion de donner un coup de lustre à des quartiers injustement vilipendés.

« Qui en doutait ? »

L’impayable Claude Askolovitch de France inter lance le signal de ralliement : « Les touristes kiffent les quartiers ». Le prestigieux éditorialiste avoue tout de même sa « surprise ». Regrettant bien sûr qu’on ne parle de ces « quartiers populaires que l’on dit sensibles » que « quand ça dérape », il se félicite que l’étude ait montré des visiteurs « ravis » chez des habitants « accueillants ». « Qui en doutait ? », ose-t-il sur un ton pontifiant.

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Libération se réjouit de son côté que nos banlieues fassent « le bonheur des touristes ». Le Monde va plus loin : l’enquête a le mérite d’aller « à contre courant des préjugés négatifs qui collent à la peau des quartiers populaires ». En exergue ce commentaire dans le quotidien du soir sur une « no go zone » de Toulouse : « Quartier très bien malgré ce que vous pouvez entendre. » Pénible tous ces gens qui parlent sans connaitre de ces quartiers « stigmatisés » à tort !

Le sentiment d’être dans le « vrai Paris »

A Saint-Denis, c’est le même refrain : alors que le quartier du Grand Centre-Sémard est très prisé des locations de courte durée, Le Monde relève avec gourmandise ce commentaire : « Ça change des coins touristiques de Paris » tant les habitants sont « aidants ». Tu m’étonnes ! On a carrément le « sentiment d’être dans le vrai Paris » signale un autre utilisateur cité dans l’article. Sur France Info, bien qu’ « aucun incident ne soit à déplorer », Sylvie, une loueuse belge sur Aulnay-sous-Bois, indique tout de même qu’elle ne reviendra pas. Mais les journalistes n’estiment pas nécessaire de lui demander pourquoi.

A Toulouse, 20 Minutes se réjouit que le quartier du Mirail « cumule les bonnes notes ». Quant à Lyon Métropole, il exulte à l’idée que Airbnb ait « la cote » dans les « quartiers sensibles » du Vaulx-en-Velin ou de Vénissieux. Champagne !

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