Une tribune des auteurs de la note « Les causes monétaires de l’échec économique français » pour l’Institut Thomas More. Selon eux, les Etats-Unis, la France, l’Italie et l’Espagne ont un intérêt commun à convaincre les Allemands d’abandonner leur culture déflationniste.


L’emploi a stagné en France depuis 45 ans tandis que sa population totale augmentait considérablement sur cette période. Le développement de l’économie n’a pas suivi la croissance de la population, contrairement à la Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, par exemple. Nous montrons dans une note de l’Institut Thomas More que cette stagnation de l’emploi est due à une faute de conception de l’euro qui a permis à la culture déflationniste de l’Allemagne de s’imposer en Europe, les pays les plus compétitifs restant au plein emploi tandis que la moitié des pays les moins compétitifs connaissait la croissance inexorable du chômage de masse. Cette tendance allemande à créer de la déflation provient de la faiblesse des hausses de salaires et des retraites par comparaison au développement de l’économie allemande. Ce que l’Allemagne produit mais ne consomme pas ou n’investit pas chez elle doit donc être vendu à l’exportation: l’excédent commercial allemand est le produit de la faiblesse des augmentations salariales en Allemagne et de l’euro qui empêche le mark de se réévaluer comme il le faisait dans le passé régulièrement. Avant 2000, il n’y avait pas d’excédent allemand.  L’euro-mark reste sous-évalué de manière permanente, tandis que l’euro-franc-lire-peseta reste surévalué en permanence. L’Allemagne se retrouve ainsi en pénurie de main-d’œuvre permanente sans que des augmentations de salaires rétablissent l’équilibre (culture déflationniste)  tandis que le sud de l’Europe s’enfonce dans un chômage de masse croissant avec 7 millions de chômeurs en France et 9 millions en Italie.

Dynamiser la croissance en Europe

Dans le même temps aux Etats-Unis, l’Amérique périphérique se paupérise, en partie en conséquence de la désindustrialisation d’une ampleur similaire à celle de la France. Cette situation a mené à l’élection de Donald Trump, qui s’est fixé comme mission de redorer le blason économique de cette Amérique périphérique. L’excédent allemand de 8% du PIB et la faiblesse de la croissance en Europe qui résultent de la politique déflationniste sur les salaires allemands représentent autant de demande en moins adressée à l’Amérique. Pour l’instant, Trump cherche à rééquilibrer les échanges par la menace d’une guerre commerciale et la mise en place de taxes sur les produits européens. On voit ainsi que la politique déflationniste allemande et européenne a non seulement des effets néfastes en Europe même, mais aussi au niveau international où notre continent est en quelque sorte le passager clandestin de la croissance : on l’attend en provenance des autres pays mais on ne cherche pas nous-même à en être un des moteurs mondiaux alors que notre part décroissante du PIB mondial représente 20%.

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Dans notre note, nous proposons un plan pour redynamiser la croissance en Europe, refaire de notre continent un des pôles mondiaux de la croissance dont l’élément clef est la hausse de 20% environ et sur 5 ans des salaires et des retraites en Allemagne et aux Pays-Bas, ce qui se traduira par un rééquilibrage des échanges commerciaux et une forte croissance dans le sud de l’Europe et aussi dans les pays du nord, et un retour au plein emploi dans notre continent par la création de 20 millions d’emplois en Europe d’ici 2030.

Des intérêts communs avec l’Amérique

Le supplément de croissance économique en Europe, et de demande en Europe, se traduira par une hausse de la croissance économique mondiale, dont celle des Etats-Unis et un rééquilibrage rapide des échanges commerciaux entre les deux continents, au moins partiel, mais à un plus haut niveau. La demande supplémentaire européenne se portera en partie vers des produits de haute technologie fabriqués par les Etats-Unis et donc une évolution vers le haut des emplois et des salaires dans ce pays.

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Il apparaît qu’il y a un intérêt commun aux Etats-Unis, à la France, à l’Italie et à l’Espagne de convaincre par une action concertée mais amicale nos partenaires allemands de la nécessité de ces changements. L’intérêt pour l’Allemagne sera la fin de la guerre commerciale initiée par Trump, une augmentation de la croissance en Europe y compris en Allemagne et une contribution majeure à la stabilité politique en Europe aujourd’hui menacée par des pays du sud dont la France au bord de l’effondrement et par une refondation du partenariat entre l’Europe et l’Amérique autour d’une politique de croissance et de plein emploi. Une telle politique aura également le mérite de rendre l’euro viable.

>>> La note complète peut être téléchargée ici <<<

 

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