Les Français subissent les conséquences délétères et combinées d’un libéralisme bruxellois destructeur d’emplois et d’un État obèse incapable de remplir ses missions régaliennes.


Que ceux qui pensent que ce pays va bien nous donnent la composition précise de leurs antidépresseurs. Les malheureux ne disposant pas d’une ordonnance idoine, condamnés à la lucidité, attribueront quant à eux une racine commune aux maux qui affligent l’hexagone : pour une part majoritaire et grandissante de Français, il s’agira du libéralisme (version ultra ou néo), alors qu’une forte minorité désignera l’étatisme gaulois comme responsable de la déroute en cours. Les tenants de la première explication blâmeront en premier chef l’ultralibéralisme de Bruxelles, tandis que les seconds dénonceront le poids de la sphère publique en France. Et si au lieu de s’opposer, ces deux visions se révélaient non seulement exactes, mais également compatibles ?

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Avouons-le, la liberté de circulation des marchandises, des capitaux et des hommes n’a plus guère le vent en poupe — même si chaque consommateur que nous sommes la plébiscite en cliquant sur Amazon. À l’exception de ces trente dernières années, ces libertés ont toujours été limitées par des mesures de régulation étatiques – autant d’obstacles à abattre pour les tenants de la dérégulation qui ont depuis pris les commandes.

Contrairement à ce que les intelligents prétendent, l’aspiration des gilets jaunes à obtenir plus de services publics et à payer moins d’impôts se révèle parfaitement légitime et cohérente

La naïveté de l’Europe libérale ne lui a pas permis de voir que ni les Américains, ni surtout les Chinois ne pratiquaient un libéralisme aussi « pur ». Avec la bénédiction de benêts comme Jean-Claude Juncker, des pans entiers d’industries stratégiques ont ainsi pu passer sous pavillon américain ou chinois. Le savoir-faire des turbines nucléaires d’Alstom appartient désormais à General Electric ; le dumping chinois sur les prix du photovoltaïque a tué leurs concurrents européens ; Siemens et Alstom n’ont pu constituer le champion européen du ferroviaire au nom de règles ubuesques. Une philosophie antitrust qui n’a pas beaucoup perturbé les Américains dans la création de monopoles autrement plus inquiétants, les GAFAM… Ce ne sont donc pas les arguments qui manquent pour critiquer le libéralisme économique bruxellois.

Nos PME paient pour tout le monde

Nombre d’Européens des classes moyennes constatent par-dessus le marché (!) que cette mondialisation dérégulée a permis aux multinationales comme aux plus fortunés d’échapper en partie à l’impôt. Le coût élevé du système de protection sociale de l’Europe repose ainsi de plus en plus sur ses PME et ses personnels issus du secteur privé. L

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