D’une certaine gauche à la droite de l’échiquier politique en passant par les rapports PISA, tout le monde s’accorde pour le dire : l’école française est en crise. Mais à ce constat, la réponse donnée par l’actuel gouvernement est le nivellement par le bas. Pour des raisons qui semblent plus idéologiques que réfléchies.

Car il s’agit bien d’idéologie du renoncement et de la facilité lorsque l’Etat donne la priorité à l’animation d’une classe plutôt qu’à son instruction. Quel exemple que celui de la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, qui s’affichait en tenue d’apprentie sorcière en compagnie de collégiens, le 17 mars dernier. Objet de l’activité : s’imaginer en Harry Potter dans la cour de l’école pour une partie de « quidditch », le fameux sport inventé par J.K. Rowling dans la saga. Il s’agissait pour la ministre de vanter les mérites de son nouveau gadget, les Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), et d’étaler devant les caméras la satisfaction des élèves à l’idée de bénéficier de cette nouvelle trouvaille – mise en place par la réforme du collège de 2016 – qui réduit encore davantage la place réservée aux matières fondamentales que sont l’histoire, le français ou les mathématiques.

Dans sa logique de rigueur budgétaire et de recherche absolue de rentabilité, le politique a abandonné sa mission : diffuser un savoir rigoureux au niveau national. Faire d’un enfant « un citoyen éclairé », c’est secondaire. Et surtout ça coûte trop cher. D’autant plus quand l’enfant en question est en difficulté ou, pire, redoublant. Une enquête de la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) révèle qu’un enfant coûte, en moyenne, 8840 euros par an à l’Etat. C’est dans la moyenne des pays développés mais l’on crée de fantastiques mises en scène pour éviter qu’un élève redouble, peu importe son véritable niveau. Ce n’est même plus au professeur de décider du redoublement mais prioritairement à la famille, ce qui sous-entend au passage que le professeur est le premier responsable de l’échec de l’élève. Au collège ou au lycée, les équipes pédagogiques reçoivent d’ailleurs régulièrement des consignes afin de proscrire, dès que possible, le redoublement…

Amuser les élèves, distraire les futurs citoyens

Et puis un élève qu’on amuse, c’est un futur électeur potentiel : heureux de sa scolarité, sans avis critique sur le monde qui l’entoure. Le savoir qui le permet, on le laisse aux quelques familles qui peuvent offrir à leurs bambins des cours particuliers. Le mécanisme prend racine dès l’école primaire. Le gouvernement Hollande a changé les rythmes scolaires et créé les temps d’activité périscolaires (TAP). Ces TAP, de plusieurs heures l’après-midi, sont en fin de compte des temps de loisirs pour les enfants, dont l’organisation est laissée à la charge des communes. En clair, l’Etat prend soin d’organiser une réforme mais se garde bien de la financer. Les petites communes, qui subissent par ailleurs de plein fouet la baisse des dotations accordées aux collectivités (baisse évidemment conseillée par le pacte budgétaire européen), sont sommées de trouver des solutions pour financer animateurs, activités et lieux sécurisés pour s’occuper des enfants. Un surplus de charges répercuté sur leurs administrés. Communes, élèves, familles sont donc laissés à l’abandon… Et au nom de quoi ? De l’école de l’amusement. Peu importe, les enfants de Paris – d’où sont décidées ces manœuvres politiques – n’ont pas cette inquiétude. Bonjour la politique de gauche. Rendre obligatoire le changement de rythmes scolaires et l’attribution des TAP était une ineptie. Leur rapide abrogation est nécessaire pour ne pas voir nos campagnes déchiquetées. Car non, la France et la République ne peuvent accepter de telles inégalités territoriales. Si c’est populiste de le dire, tant pis.

Mais n’y a-t-il pas, derrière tout cela, une volonté de l’Etat, socialiste ou « républicain », de satisfaire la Commission européenne ? Ah, la belle création de super-régions, où les villes sont l’épicentre du bassin de vie… En janvier 2016, les parlementaires réfléchissaient à la conception d’un nouveau monstre : la « commune nouvelle », sorte d’agrégation massive de différents villages. Où est l’identité dans tout cela ? Peu importe. Que les communes s’appauvrissent, fusionnent et deviennent la nouvelle banlieue de la grande ville la plus proche. Ainsi moins de services publics, moins d’écoles, moins d’élus locaux et plus de marges économiques… bonne idée, non ?