Ayant tout récemment attiré l’attention des lecteurs de ce salon sur les propos de Mahmoud Abbas accusant les habitants des implantations juives de Cisjordanie d’utiliser des chiens et des cochons pour persécuter les Palestiniens, il m’a paru d’autant plus nécessaire d’effectuer quelques recherches pour découvrir la source de cette surprenante mise en cause.

Et cela d’autant plus que, du côté du Quai d’Orsay et de l’Elysée, on ne semble pas s’émouvoir outre mesure de ces graves accusations lancées par le chef de l’Autorité palestinienne à l’occasion d’un discours qualifié d’historique. À ceux qui viennent aux nouvelles à ce propos, de hauts responsables élyséens répondent qu’il y a bien eu, récemment, des plaintes palestiniennes relatives à des sangliers lâchés par des « colons » pour dévaster les cultures des villageois palestiniens. Ainsi, pour nos brillants diplomates, le chef de l’Autorité palestinienne est parfaitement dans les clous en portant de telles accusations.

Et, en effet, on peut trouver sur divers sites pro-palestiniens ce « rapport » récent qui met en cause les « sangliers sionistes ».

D’emblée le ton est donné : « Les agriculteurs palestiniens ont une grande appréhension de ces sangliers qui menacent leurs biens, des sangliers lâchés par les colons sionistes. » Cela suppose donc que les agriculteurs des implantations élèvent des sangliers pour les lâcher au moment des récoltes dans les champs cultivés par les Palestiniens. Or, on sait que la quasi totalité de ces implantations isolées sont peuplées de Juifs ultra-religieux qui n’hésiteraient pas à prendre un bain rituel purificateur si un tel animal, même par mégarde, était entré en contact avec leur corps.

D’ailleurs, si on continue la lecture de ce « rapport », on peut constater qu’aucune précision n’est donnée sur le nom et la situation de ces implantations qui pratiqueraient l’élevage de sangliers. Mais même si cela ne tient pas la route, nos éminents « rapporteurs » palestiniens ne se démontent pas : si les sangliers sont là, c’est parce qu’ils sont attirés par les égouts des « colons ». Tous les chasseurs connaissent l’intelligence de ces animaux, gibier qui se mérite, mais cela faut-il pour cela les créditer de la capacité de distinguer un égout « sioniste » de son équivalent palestinien ?

Donc, ces sangliers n’ont pas été « envoyés » comme il est affirmé dans la phrase liminaire de ce rapport reprise par Mahmoud Abbas, ils sont venus touts seuls, comme des grands. On devrait donc en conclure que ces colons juifs doivent être blanchis de cette accusation calomnieuse. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Quelques extraits du texte permettent de se faire une idée plus précise. « Zayd (un agriculteur) confirme que trouver des solutions est presque impossible, à cause des restrictions imposées par les autorités de l’occupation israélienne. La municipalité, ajoute-t-il, nous fournit quelques outils pour installer des pièges. Mais ils ne captent qu’une ou deux bêtes parmi les centaines qui envahissent les terrains. Et on ne peut pas utiliser les poisons à cause de leurs effets nocifs sur tout l’environnement.
La meilleure solution est de les chasser, mais les autorités d’occupation israélienne donnent l’autorisation trop tard, après que les bêtes ont tout dévasté, souligne pour sa part le fermier Hossein Islamiyya.
»

À supposer que ces agriculteurs disent la vérité (la terre, comme chacun sait, ne ment pas), les responsabilités des manquements dans la lutte contre les dégâts commis par les hardes récoltivores sont, de leur propre aveu, au moins partagées : la municipalité (i.e. l’Autorité palestinienne) ne fournit qu’une aide dérisoire aux paysans pour protéger leurs cultures, et l’administration militaire israélienne ne donne pas à temps l’autorisation d’organiser des battues. On se croirait en Haute-Savoie, quand les éleveurs de moutons pestent contre un préfet qui leur interdit de faire un sort aux loups qui dévorent leurs brebis. Et au bout du compte, cela donne, dans un discours de Mahmoud Abbas retransmis en direct sur les télévisions du monde entier, que « l’occupant élève des chiens pour nous attaquer et des cochons sauvages pour déraciner nos arbres ».

Il faut être malveillant comme un juif sioniste pour voir là un clin d’œil lancé à tous les bons lecteurs du Coran qui n’auront pas manqué de noter le rapprochement des signifiants « juif » « chien » et « porc ».

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