Cher Monsieur,

Au nom de la liberté d’expression, vous pouvez décider de fermer les yeux sur les conséquences ravageuses de l’antisémitisme militant de quelques énergumènes qui désignent des boucs émissaires faciles pour une jeunesse en perte de repères.

Au nom de la liberté d’expression, vous pouvez défendre le droit de M. Dieudonné M’Bala M’Bala, plusieurs fois candidat à des élections, de tenir des réunions publiques où il regrette les chambres à gaz au sujet d’un journaliste qui lui déplaît.

L’Histoire nous apprend que c’est un pari dangereux mais vous êtes d’autant plus libre de le faire que vous n’assumez pas de responsabilités politiques.

Par antipathie à mon égard autant que par sympathie pour d’autres, vous pouvez par ailleurs me critiquer tant que vous le voulez, comme vous le faites régulièrement sur votre blog, en multipliant les procès d’intention à mon encontre, alors même que nous partageons souvent des positions assez proches.

Mais de grâce, ne mélangez pas tout ! Cela vous conduit à écrire des choses dont vous ne pouvez pas être fier. Je pense à cette phrase trouvée sur votre blog, et reprise sur le site Causeur :

« Quand Jean-François Copé en l’occurrence plus attaché au communautarisme qu’à l’état de droit a approuvé sans l’ombre d’une réserve la démarche de Manuel Valls ? »

Que faut-il penser de cette référence au communautarisme à mon sujet, lorsqu’elle vient d’un homme qui maîtrise parfaitement la plume et qui fait même profession de son art rhétorique ?

Faut-il considérer que vous me jugez, par essence, incapable de prendre une décision en conscience et guidé par le seul souci du bien commun ? Faut-il considérer qu’à vos yeux, ma position n’aurait pas, par essence, les mêmes fondements que celle de Manuel Valls ou d’Alain Juppé ?

Pour éviter tout malentendu, je vous demande seulement d’avoir l’honnêteté de m’expliquer clairement votre raisonnement sur ce point précis. Il est fort probable que vous réalisiez alors que des excuses sont nécessaires. Je les accepterais, tout en m’inquiétant en mon for intérieur que de tels propos puissent surgir sous la plume d’un honnête homme du 21ème siècle, et tout en rejetant, je vous l’assure, le moindre soupçon d’un déterminisme familial. Car j’ai la certitude que les convictions et les combats d’un homme ne sont pas déterminés par sa naissance. Sans cette certitude, le débat démocratique a-t-il un sens ?

J’attends vos précisions et vous prie de croire, Cher Monsieur, à l’expression de mes salutations cordiales.

*Photo : WITT/SIPA. 00671314_000019.

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