Des voix s’élèvent et s’indignent! Les propos entendus en tribunes des matches de football, certes peu amènes, sont injustement et immédiatement taxés d’ « homophobie » par les organisateurs, les politiques et les médias.


On parle d’interdire certains mots dans les stades de foot, au motif qu’ils feraient allusion à des pratiques que l’orthodoxie sexuelle réprouve. Mardi 20 août, un grand quotidien sportif faisait état du combat acharné que mènent des associations de lutte contre les discriminations, en collaboration avec la Ligue de Football Professionnel, pour éradiquer des arènes toute grossièreté de ce genre. Depuis la reprise des championnats début août, deux matches ont été interrompus en raison des chants peu amènes à l’égard des minorités sexuelles qu’auraient entonné des spectateurs pourtant réputés pour leur coquetterie. Roxana Maracineanu, Ministre des sports, Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat aux Affaires subabdominales et même le Président ont trouvé mot à dire, il faut interdire. Homophobie toujours, quelques miettes de plus dans la cage aux folles.

La ligue, la ligue, on…

On aurait, en fait, proposé à la Ligue une sodomie. L’homme de la rue apprend ainsi dans cette affaire que le supporter aime à copuler avec des institutions, et que celles-ci sont parfois gay. Les censeurs sont de toute évidence du genre algorithmique: ils répondent au signal plutôt qu’à l’ensemble, au mot pris indépendamment de son contexte. Ils travaillent comme les robots régulateurs d’internet, programmés pour réagir aux termes d’une arborescence dont la racine est « homophobie ». Entendent-ils un mot qui ait quelque trait à l’uranisme qu’il leur prend aussitôt le désir de faire taire. Leur bêtise prend donc la forme d’inventaires, et les voilà qui prépareraient déjà la liste des mots à proscrire.

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Bien inspiré, un type écrit en substance ce commentaire sur le forum web du susdit quotidien : Interdisez des mots, ils en inventeront d’autres. Bien vu bonhomme, comme quoi la sagesse trouve à se nicher partout. Pasolini déplorait l’uniformisation du langage sous l’effet du développement du nouveau régime industriel bourgeois et de la culture de masse, et la disparition des dialectes luxuriants des ragazzi des rues. Dans les Ecrits corsaires : « […] la fausse expressivité du slogan constitue le nec plus ultra de la nouvelle langue technique qui remplace le discours humaniste. Elle symbolise la vie linguistique du futur, c’est-à-dire d’un monde inexpressif, sans particularismes ni diversités de cultures, un monde parfaitement normalisé et acculturé […] un monde de mort. » Et plus loin la « fossilisation du langage » qui fait parler les étudiants comme des livres, et perdre aux enfants du peuple « toute inventivité argotique ».

Bienséance en milieu spectaculaire

Il n’est pas certain que les slogans des ultras, tout empreints comme tout un chacun de culture de masse, soient identifiables aux expressions fleuries des gamins des périphéries pasoliniennes. L’adoption d’une liste des termes contraires à la bienséance en milieu spectaculaire pourrait toutefois constituer leur chance et la nôtre. 

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Gageons qu’ils inventeront en effet d’autres mots, un nouvel argot pour parer à l’hygiénisme de ces voyous qui voudraient assainir et policer le langage. Sans le savoir, par leur manie prohibitive, les censeurs de la Haute autorité des festivités correctes pourraient réveiller une puissance créative longtemps engoncée dans le conformisme du temps. Souhaitons que promptement tombe la liste.

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