Christopher Lasch n’est pas et ne sera sans doute jamais à la mode, mais il a en France un public fidèle et dévoué, sensible aux harmoniques subtiles de son œuvre ; ce public est composé de gens divers, qui ne sont pas nécessairement portés à des révoltes spectaculaires, mais qui sont le plus souvent peu satisfaits du monde comme il va et qui se réclament volontiers d’un héritage républicain dont on sait bien qu’il est également oublié de la droite et de la gauche.»?

Ce succès est un brin paradoxal, quand on songe à tout ce qui semble éloigner Lasch des traditions politiques françaises, en particulier de celles de la gauche. Lasch ne croit pas au progrès, auquel il a consacré un beau livre critique[1. Christopher Lasch, Le seul et vrai paradis. Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, Flammarion, coll. « Champs, 2006.], et cela seul suffit à l’éloigner de la culture dominante française, qui reste largement saint-simonienne ; pour Lasch, non seulement l’augmentation de la richesse matérielle ne libère pas de l’aliénation, mais les grandes réalisations modernes dans lesquelles se reconnaissent volontiers nos républicains participent elles-mêmes largement à la destruction du monde vécu.»?

Lire la suite