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Tenue en respect

L'« État de droit » ne peut plus être synonyme de complaisance pour le désordre. Le billet justice de Philippe Bilger


Tenue en respect
Le ministre de l'Intérieur Laurent NUNEZ à l'Assemblée nationale, le 7 juillet 2026 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La police sera-t-elle enfin respectée ? En votant la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, les députés modifient le traitement judiciaire des tirs en service. À dix mois de la présidentielle, la droite, soutenue par le gouvernement et par le RN, valide ainsi une mesure phare initialement réclamée par Marine Le Pen. Concrètement, la loi ne modifie pas les conditions d’ouverture du feu, mais inverse la charge de la preuve: c’est désormais à l’accusation ou aux victimes de prouver l’illégalité du tir. Malgré les cris d’orfraie de la gauche, qui dénonce bêtement un « permis de tuer », le texte a finalement été adopté par 225 voix contre 129.


Il est difficile de s’opposer aux banalités tellement convenues et communément admises au nom de l’humanisme et de l’État de droit que les contester relève de la provocation. Le 7 juillet a été votée une loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. On l’attendait, on l’espérait depuis longtemps mais, comme c’était prévisible, elle a été vigoureusement contestée par l’opposition de gauche et d’extrême gauche, des syndicats, des magistrats, des avocats, des militants des droits humains et certains médias, dont Libération, Le Monde et Mediapart. Rien que de très normal de la part de ce camp-là, compte tenu de son hostilité structurelle et idéologique à l’égard des forces de l’ordre. La collusion d’une partie de la magistrature avec cette dérive est, à mon sens, la plus choquante. Tous ces contempteurs compulsifs ont invoqué l’État de droit, selon leur propre conception, et ont dénoncé une loi qui manifestait pourtant enfin, concrètement, le respect dû à la police, à l’institution qu’elle incarne et aux services humains et républicains qu’elle rend.

Extrême gauche folle

Parce qu’en réalité, ces adversaires de la loi — sans aller jusqu’au propos haineux et fou de Jean-Luc Mélenchon : « La police tue » — s’accordaient sur le fait que la police devait être traitée, socialement, humainement et législativement, sur le même plan que ceux auxquels elle fait face, qu’elle interpelle avec mille difficultés et dont les rébellions et les résistances, loin d’être stigmatisées, étaient au contraire légitimées. Comme si la police était présumée coupable chaque fois qu’un arbitrage s’imposait entre elle et les voyous auxquels elle a affaire et qui, de plus en plus, prennent à son encontre des initiatives dangereusement agressives, voire mortelles.

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Cette perversion de l’État de droit a fini par brouiller les rôles et les responsabilités. Songeons à la multiplication des refus d’obtempérer, qui ne suscitent ni l’indignation ni le soutien aux forces de l’ordre qu’ils devraient provoquer. Avec la présomption de légitime défense accordée à la police, l’État de droit retombe enfin sur ses pieds et revient à la normalité : il rétablit une distinction et une hiérarchie légitimes entre ceux qui veillent au respect de la loi pour protéger notre sécurité, et ceux qui la violent en commettant crimes et délits. Cette nouvelle configuration législative aura pour conséquence non pas de laisser les forces de l’ordre s’abandonner systématiquement au pire, mais, au contraire, de leur permettre d’agir pleinement dans le cadre de leur mission. Jusqu’au vote de cette loi, elles n’osaient pas toujours user de la plénitude de la force légitime qui leur était dévolue, craignant d’être systématiquement désavouées et sanctionnées. Elles pourront dorénavant, face à la multitude des situations extrêmes, singulières ou collectives, qu’elles ont à subir au quotidien, exercer pleinement leurs prérogatives.

Mauvaises influences

Il n’est donc pas provocateur d’avancer que, dans une société bien organisée, c’était la non-présomption de légitime défense qui constituait l’anomalie. Et l’on ne saurait approuver l’affirmation — dans la ligne délétère qui prévalait jusqu’alors — de l’Observatoire de la sûreté, selon lequel « une loi qui ne cherche pas le meilleur équilibre entre la vie de tous est immorale ». C’est oublier que, dans la réalité, cet équilibre est sans cesse rompu au détriment de la police, contrainte de justifier même les actes les plus conformes à leur mission. Les forces de l’ordre sont présumées coupables par leur service d’inspection, par les magistrats syndiqués, par les politiciens qui crachent sur ce bras républicain, et par des citoyens défavorablement influencés qui, pourtant, les applaudissent dès qu’ils ont besoin d’elles.

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De la même manière que la tragédie de Lyhanna et les rapports qu’elle a motivés ont démontré qu’un contrôle permanent devait être mis en place sur les pratiques judiciaires afin d’en vérifier la vigilance, la fiabilité et l’efficacité, la présomption de légitime défense autorisera, en retour, une rigueur exemplaire et rapide à l’encontre des violences clairement illégitimes et inexcusables perpétrées par de rares fonctionnaires dévoyés.

On ne changera pas aisément un État de droit enkysté dans un humanisme et une vision étrangement complaisants avec le Mal, soupçonné ou trop réel. Mais qu’on accepte au moins qu’il puisse en exister un autre, fondé sur le Bien et sa sauvegarde.




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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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