Frappée par les missiles iraniens en raison de la présence militaire américaine sur son territoire, la Jordanie est entraînée dans une guerre à laquelle elle affirme ne pas participer. Abdallah II doit défendre son alliance vitale avec Washington sans heurter une population profondément hostile aux États-Unis et à Israël.
La guerre entre les États-Unis et l’Iran place la Jordanie dans une situation particulièrement périlleuse. Partenaire militaire essentiel de Washington, dont elle dépend financièrement, et liée à Israël par un traité de paix, elle est devenue une cible directe de Téhéran. Mais le roi Abdallah II (notre photo) ne peut assumer ouvertement cet alignement stratégique sans heurter une population profondément hostile à Israël et de plus en plus méfiante envers les États-Unis. Comme son père et son arrière-grand-père avant lui, le souverain hachémite doit concilier les intérêts de l’État avec les passions de la rue arabe. Or, par le passé, lorsque la contradiction devenait trop forte, les rois de Jordanie ont généralement fini par céder du terrain à la seconde.
Au cours des derniers jours, la Jordanie a cessé d’être seulement un territoire survolé par les missiles iraniens lancés contre Israël pour devenir une cible à part entière. Le 17 juillet, plusieurs missiles balistiques et drones iraniens ont frappé la base aérienne Muwaffaq-Salti, située près d’Azraq, à une centaine de kilomètres à l’est d’Amman. Trois militaires américains ont été tués et plusieurs autres blessés. Il s’agit des premières pertes américaines directement provoquées par des tirs iraniens depuis la reprise des combats, douze jours plus tôt.
Un symbole de la souveraineté jordanienne attaqué
L’un des missiles a atteint des unités d’hébergement préfabriquées dans lesquelles vivaient des soldats américains. Les victimes appartenaient à des unités de défense aérienne et antimissile de l’US Army, chargées notamment de protéger la base contre les drones et les projectiles volant à basse altitude. Selon les informations publiées depuis, l’Iran aurait notamment employé des missiles Kheibar Shekan, dont la vitesse et les capacités de manœuvre compliquent l’interception.
Muwaffaq-Salti n’est pourtant pas, juridiquement, une base américaine. Inaugurée en 1980 dans l’emplacement d’une piste utilisée par Lawrance d’Arabie en 1918, cette base appartient aux forces armées jordaniennes, demeure placée sous le contrôle de l’armée de l’air royale et accueille trois escadrons jordaniens de F-16, qui constituent le cœur de la chasse du royaume. La base porte d’ailleurs le nom de Muwaffaq Salti, pilote jordanien tué en novembre 1966 lors d’un combat contre l’aviation israélienne (le Hawker Hunter de fabrication britannique du chef d’escadron Salti a été abattu par un Dassault Mirage IIICJ de l’armée de l’air israélienne), rappelant que le site est d’abord l’un des principaux symboles de la souveraineté militaire jordanienne.
Depuis la campagne contre l’organisation État islamique, la présence américaine y est cependant devenue de plus en plus importante. La base sert de quartier général opérationnel à la 332e escadre aérienne expéditionnaire de l’US Air Force, chargée de conduire des opérations dans l’ensemble du Levant. Ses missions comprennent les frappes de précision, la surveillance, le renseignement, le ravitaillement en vol, la recherche et le sauvetage au combat ainsi que le soutien aux opérations menées en Syrie et en Irak. À l’échelle régionale, l’escadre utilise, selon des déploiements tournants, des F-15E, des F-16, des A-10, des avions ravitailleurs KC-135, des drones MQ-9 Reaper, des appareils HC-130 et des hélicoptères de sauvetage. Depuis le début de la guerre contre l’Iran, des chasseurs, des drones de surveillance, des avions de transport et des unités de défense antiaérienne supplémentaires ont également été déployés à Azraq.
Cette implantation n’est plus provisoire. À partir de 2019, Washington a engagé plus de 140 millions de dollars pour agrandir et moderniser Muwaffaq-Salti. De nouvelles aires de stationnement ont été aménagées pour les avions de transport, les appareils de soutien aérien rapproché, les drones de renseignement et les moyens des forces spéciales. Des voies de circulation, des installations logistiques, une zone de regroupement du fret et une nouvelle tour de contrôle ont également été construites.
Escalade
Muwaffaq-Salti est ainsi devenue une plateforme mixte, à la fois base de combat essentielle pour l’armée de l’air jordanienne et point d’appui avancé permettant aux États-Unis d’opérer entre l’Irak, la Syrie, la péninsule arabique et la Méditerranée orientale. C’est précisément cette double fonction qui explique son choix par Téhéran. En frappant le site, l’Iran peut soutenir qu’il vise des forces américaines engagées dans la guerre tout en plaçant Amman devant une contradiction politiquement dangereuse : continuer à accueillir les moyens militaires au risque de transformer l’une de ses principales bases nationales en cible iranienne.
L’escalade a depuis gagné le sud du pays. Plusieurs missiles ont été lancés en direction d’Aqaba, une cible d’une nature très différente. Contrairement à Muwaffaq-Salti, Aqaba est avant tout une ville civile, touristique et commerciale, qui abrite l’unique port du royaume.
Les Gardiens de la révolution affirment avoir visé, à l’aéroport international Roi-Hussein, des avions de transport C-17 ainsi que des P-8 américains employés pour des missions de patrouille, de surveillance et de commandement. Ils assurent que plusieurs appareils ont été gravement endommagés, sans fournir d’éléments permettant de confirmer ce bilan. Même en admettant que des avions américains aient temporairement utilisé l’aéroport, cette présence ponctuelle ne confère pas à Aqaba une fonction militaire comparable à celle d’Azraq.
Le choix d’une telle cible accentue donc la dimension politique de la frappe. Située à proximité immédiate d’Eilat, de la frontière saoudienne et du port égyptien de Taba, Aqaba se trouve au cœur d’un espace particulièrement sensible, où une erreur de trajectoire ou d’identification pourrait provoquer un incident impliquant plusieurs pays. Elle constitue surtout l’unique débouché maritime de la Jordanie.
Avec seulement 26 kilomètres de façade sur la mer Rouge, le royaume dépend de cette étroite ouverture pour l’essentiel de ses échanges. Cette façade était d’ailleurs encore plus réduite avant l’accord frontalier conclu avec l’Arabie saoudite le 9 août 1965. Il ne s’agissait pas d’un don, mais d’un échange territorial particulièrement avantageux pour la Jordanie sur le plan stratégique. Riyad lui céda environ 6 000 kilomètres carrés ainsi qu’une bande littorale supplémentaire de 19 kilomètres sur le golfe d’Aqaba. En contrepartie, Amman abandonna à l’Arabie saoudite près de 7 000 kilomètres carrés de territoires désertiques situés plus à l’intérieur. Cet accord permit à la Jordanie de porter sa façade maritime à sa longueur actuelle et de développer ses installations portuaires.
Environ les trois quarts des importations et des exportations jordaniennes transitent aujourd’hui par Aqaba. Le pétrole, les produits chimiques, les céréales et de nombreux biens de première nécessité y arrivent, tandis que les phosphates et la potasse y sont exportés. La ville concentre également des investissements touristiques, industriels et logistiques ainsi que plusieurs projets de dessalement destinés à répondre à la pénurie chronique d’eau.
Frapper Aqaba revient donc à menacer le poumon économique de la Jordanie. Téhéran ne cherche plus seulement à infliger des pertes aux États-Unis ou à désorganiser leur dispositif régional, mais à exposer les vulnérabilités économiques et politiques du royaume. Cette menace prolonge une campagne commencée dès le déclenchement des hostilités. Au cours d’une seule semaine, l’armée jordanienne avait recensé 119 missiles et drones visant des « installations vitales », dont 108 avaient été interceptés. Le passage d’une base militaire comme Azraq à une ville portuaire comme Aqaba marque toutefois un changement de degré : la pression iranienne déborde désormais le terrain strictement militaire pour atteindre les centres vitaux de l’État jordanien.
Deux fronts
Téhéran cherche également à fissurer le royaume de l’intérieur. Les Gardiens de la révolution ont affirmé que des renseignements fournis par des Jordaniens leur avaient permis de localiser avec précision une vingtaine d’abris américains à Azraq. Invérifiable, cette affirmation suggère que des citoyens jordaniens participent au ciblage des forces américaines, l’Iran cherche à accréditer l’existence d’une solidarité clandestine entre la « résistance » et une partie de la population. Il tente ainsi de déclencher une crise de confiance entre la monarchie et ses sujets.
La Jordanie doit donc combattre sur deux fronts. Elle doit intercepter les missiles iraniens, mais aussi empêcher Téhéran et ses relais de convaincre l’opinion que le royaume est entré en guerre au service des États-Unis ou, pire encore aux yeux d’une partie de la population, d’Israël. Cette escalade est d’autant plus dangereuse que le pays traverse déjà une situation économique difficile, aggravée par le chômage, l’endettement et la présence de plusieurs millions de réfugiés.
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Les réactions institutionnelles ont été particulièrement fermes. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires iranien à Amman pour lui remettre une protestation « dans les termes les plus sévères ». Il lui a signifié que la sécurité, la souveraineté et l’espace aérien du royaume constituaient une « ligne rouge ». Le président du Sénat, Faisal al-Fayez, proche du palais, a déclaré que la Jordanie ne tolérerait aucune violation de son territoire. La commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants a, de son côté, qualifié les tirs iraniens d’« agression flagrante et inacceptable » nécessitant une réaction internationale. Les sénateurs ont également affirmé que le royaume ne laisserait porter atteinte ni à son indépendance ni à sa sécurité.
Le discours officiel repose toutefois sur une distinction soigneusement entretenue. Amman condamne les frappes iraniennes, mais refuse de reconnaître que la Jordanie participe à la guerre contre l’Iran. Les autorités affirment que l’armée se contente de défendre le territoire national et de protéger la population. Elles rappellent parallèlement leur opposition aux opérations israéliennes et leur volonté d’empêcher le royaume de devenir le champ de bataille d’un conflit étranger.
Dans la société, les frappes iraniennes suscitent une inquiétude réelle, notamment à Azraq et à Aqaba, sans effacer pour autant l’hostilité envers Washington et Israël. Une partie des Jordaniens condamne simultanément les attaques de Téhéran et la présence militaire américaine qui, selon elle, transforme le pays en cible. D’autres, plus sensibles au discours de la « résistance », considèrent que l’Iran répond à une guerre déclenchée par les États-Unis et qu’Amman ne devrait pas mettre ses installations à la disposition de Washington. Cette ambivalence constitue le principal danger politique pour le palais.
Les Frères musulmans interdits, mais…
C’est dans ce contexte qu’il faut replacer l’interdiction des Frères musulmans en avril 2025. Le gouvernement avait alors fermé les locaux de l’organisation, saisi ses avoirs et prohibé ses activités. Il avait justifié cette décision par la découverte d’un réseau accusé de fabriquer des roquettes et des drones, de recruter des militants et de préparer des opérations susceptibles de « semer le chaos » dans le royaume. Certains suspects auraient reçu une formation au Liban. Les Frères musulmans ont, pour leur part, nié toute implication institutionnelle dans ce projet.
Cette interdiction ne signifie pas que l’ensemble de la mouvance islamiste soit passé à la violence. Elle révèle en revanche l’ampleur des inquiétudes du régime. Pendant des décennies, les Frères musulmans jordaniens ont été tolérés, parfois même utilisés par la monarchie comme contrepoids aux nationalistes arabes, aux communistes puis aux organisations palestiniennes. Ils participaient aux élections, contrôlaient des réseaux caritatifs et bénéficiaient d’une forte implantation dans les mosquées, les syndicats professionnels, les universités et les classes moyennes urbaines.
La guerre de Gaza a rompu cet équilibre. L’hostilité à Israël et le soutien au Hamas ont permis aux islamistes de redevenir le principal canal politique de la colère populaire. En septembre 2024, le Front d’action islamique, leur bras politique historique, a remporté 31 sièges sur 138, réalisant son meilleur résultat depuis plusieurs décennies et devenant le premier bloc organisé du Parlement. Ce succès montre que les Frères musulmans ne sont pas seulement une organisation clandestine que le pouvoir pourrait démanteler par quelques arrestations. Ils représentent une sensibilité profondément implantée dans la société. Leur interdiction témoigne donc moins de leur marginalité que de leur influence. Le roi redoute leur capacité à réunir trois sources de mécontentement : la solidarité avec les Palestiniens, le rejet de la présence américaine et la colère sociale alimentée par les difficultés économiques.
La guerre avec l’Iran accroît ce risque. La République islamique chiite ne jouit pas nécessairement d’une grande popularité dans une société jordanienne très majoritairement sunnite. Mais Téhéran, le Hamas et une partie des islamistes jordaniens peuvent se retrouver autour d’un même discours de résistance à Israël et aux États-Unis. Il ne s’agit ni d’une alliance naturelle ni d’une identité idéologique, mais d’une convergence politique que la monarchie considère comme potentiellement explosive.
Abdallah II se trouve ainsi pris entre deux impératifs presque incompatibles. Le premier relève de la raison d’État. La Jordanie dépend profondément des États-Unis, qui lui fournissent environ 1,45 milliard de dollars d’aide économique et militaire chaque année. L’assistance américaine représente plus de 40 % de l’aide officielle reçue par le royaume. L’armée jordanienne dépend également des équipements, de la formation, du renseignement et des garanties de sécurité de Washington.
Cette coopération protège le pays contre les organisations djihadistes, les trafics venus de Syrie, les milices liées à l’Iran et les effets de l’effondrement des États voisins. La paix avec Israël assure, quant à elle, la stabilité de la frontière occidentale et permet des coopérations essentielles, bien que rarement mises en avant, dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de la sécurité.
Le second impératif vient de la société. Une part importante de la population est d’origine palestinienne et demeure profondément attachée à la cause nationale palestinienne. L’hostilité à Israël est également très forte parmi les Jordaniens originaires de la rive orientale, qui constituent historiquement la principale base sociale et militaire de la monarchie.
Pour le palais, le mouvement national palestinien représente à la fois une cause qu’il doit défendre et une force qu’il lui faut contenir. Le souvenir de Septembre noir, en 1970, lorsque l’armée jordanienne affronta les organisations palestiniennes contestant son autorité, reste profondément inscrit dans la mémoire du régime. Amman redoute par-dessus tout que la Jordanie soit transformée en « patrie de substitution » pour les Palestiniens. Un tel scénario bouleverserait définitivement son équilibre démographique et menacerait l’existence même de la monarchie hachémite.
Cette tension entre les intérêts propres du royaume et les exigences de l’opinion arabe n’est pas nouvelle. En 1948, le roi Abdallah Ier entretenait depuis plusieurs années des contacts secrets avec les dirigeants sionistes. Il souhaitait éviter une confrontation générale et annexer à son royaume les territoires arabes de Palestine attribués par le plan de partage. Les historiens discutent encore de la portée exacte de ces arrangements, qui ne prirent jamais la forme d’un traité officiel. Abdallah avait néanmoins laissé entendre qu’il n’engagerait pas sa Légion arabe contre le cœur du futur État juif.
Lorsque les autres États arabes décidèrent d’entrer en guerre, le souverain ne put cependant rester à l’écart. Refuser de participer aurait révélé son entente avec les dirigeants juifs et l’aurait exposé à l’accusation de trahison. Abdallah entra donc dans le conflit, même s’il concentra largement les opérations de la Légion arabe sur Jérusalem et les territoires qu’il entendait annexer. Ses choix militaires demeuraient guidés par les intérêts propres de son royaume, mais la pression du monde arabe l’avait contraint à prendre part à une guerre qu’il aurait préféré circonscrire.
En 1967, son petit-fils Hussein se retrouva devant un dilemme comparable. Il savait que son armée ne pouvait soutenir une guerre contre Israël et se méfiait du président égyptien Gamal Abdel Nasser. Quelques jours avant le déclenchement des combats, il se rendit pourtant au Caire et signa un accord de défense plaçant les forces jordaniennes sous commandement égyptien. Il craignait qu’une neutralité jordanienne ne provoque un soulèvement en Cisjordanie, alors placée sous son autorité, et ne permette à Nasser ou à l’Organisation de libération de la Palestine de le présenter comme un complice d’Israël. Le 5 juin, Israël lui fit parvenir un message lui promettant de ne pas attaquer la Jordanie si celle-ci restait à l’écart du conflit. Hussein l’ignora et engagea son armée. En quelques jours, il perdit Jérusalem-Est et toute la Cisjordanie, c’est-à-dire les territoires conquis puis annexés par son grand-père après la guerre de 1948. La décision était contraire au rapport des forces et aux intérêts immédiats du royaume, mais elle répondait à la pression du nationalisme arabe et à la crainte qu’un refus de combattre ne menace directement la monarchie.
Le même mécanisme réapparut en 1990 après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein. Le roi Hussein condamna initialement l’opération et tenta de négocier une solution arabe. Il refusa toutefois de rejoindre la coalition conduite par les États-Unis et adopta progressivement une position perçue à Washington et dans les monarchies du Golfe comme favorable à Bagdad. Il continua à reconnaître le Koweït et à demander le retrait des forces irakiennes, mais sa priorité devint d’éviter une intervention militaire américaine contre l’Irak.
Là encore, la rue joua un rôle central. Saddam Hussein jouissait d’une immense popularité en Jordanie, où il apparaissait comme le seul dirigeant arabe disposé à défier simultanément Israël et les États-Unis. L’économie jordanienne était en outre étroitement liée à l’Irak, qui fournissait du pétrole à des conditions préférentielles et constituait un débouché important pour les entreprises du royaume. Rejoindre la coalition aurait peut-être été rationnel sur le plan géopolitique, mais aurait été particulièrement dangereux sur le plan intérieur.
Difficile équilibre
Abdallah II connaît ces précédents. Il sait qu’en 1948, en 1967 et en 1990, ses prédécesseurs ont accepté de sacrifier une partie de leur liberté stratégique pour ne pas affronter directement leur propre population et l’opinion arabe. La situation actuelle présente cependant une différence essentielle : la Jordanie n’est plus seulement invitée à choisir un camp, puisque son propre territoire est attaqué. La neutralité complète n’est donc plus possible. Même si Amman demandait le départ des forces américaines, elle ne pourrait se soustraire immédiatement à la géographie, aux alliances et aux vulnérabilités qui font d’elle un pivot régional.
Le roi cherchera par conséquent à maintenir la coopération militaire avec Washington tout en réduisant autant que possible sa visibilité. Il présentera chaque interception comme un acte de défense nationale et non comme une participation à la guerre américaine. Il continuera parallèlement à condamner les opérations israéliennes et à défendre publiquement les droits des Palestiniens. Il refusera probablement que le territoire jordanien serve ouvertement de point de départ à des offensives contre l’Iran, même si les moyens américains présents dans le royaume continueront à remplir des missions de soutien, de surveillance et de protection.
Comme ses prédécesseurs, Abdallah II ne rompra probablement pas avec les intérêts fondamentaux de l’État jordanien. Mais il n’ira pas non plus jusqu’au bout de l’alignement stratégique que Washington pourrait attendre de lui. Si la guerre se prolonge et si les pertes augmentent, sa priorité ne sera pas d’aider les États-Unis à vaincre l’Iran, mais de préserver la monarchie. Or, pour un souverain hachémite, cette préservation exige toujours de savoir à quel moment il faut céder à la rue.




