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C’était écrit: Van Gogh et les vandales

L'opposition entre l’art (symbole du passé) et l’époque actuelle est le symptôme des pensées totalitaires

C’était écrit: Van Gogh et les vandales
Les deux adolescentes après leur jeté de soupe à la tomate. Just Stop Oil/SIPA / 01091666_000007

Les Tournesols de Van Gogh ne sont pas les premières victimes: le vandalisme de l’art s’est inscrit comme une arme vulgaire des idées radicales. L’euphémisme de la «déconstruction» pour ne pas dire la destruction.


« L’art vaut-il davantage que la vie ? » Ce n’est pas le sujet du prochain bac de philo mais la question posée par deux jeunes Anglaises, activistes écolos, qui ont lancé en octobre une boîte de soupe sur Les Tournesols de Van Gogh, exposé à la National Gallery.

Geste politique mais aussi vandalisme pur et simple. Le mot est forgé par l’abbé Grégoire. Député et farouche partisan de la chute de la monarchie, il est néanmoins affolé, comme il le raconte dans ses Mémoires, par la destruction des tombeaux royaux de Saint-Denis ordonnée par le Comité de salut public. « Je créais le mot pour tuer la chose ». Voltaire avait déjà averti de ce risque, dans ses Lettres : « Il y aura toujours dans notre nation polie de ces âmes qui tiendront du Goth et du Vandale ; je ne connais pour vrais Français que ceux qui aiment les arts et les encouragent. Ce goût commence, il est vrai, à languir parmi nous ; nous sommes des sybarites lassés de nos maîtresses… »

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Nos deux Anglaises qui, heureusement, n’ont infligé que des dégâts mineurs à la toile ont justifié leur acte en déclarant : « Êtes-vous plus inquiets pour la protection d’une peinture ou pour la protection de la planète et des gens ? Le carburant est inabordable pour des millions de familles qui ont froid et faim. Elles n’ont même pas les moyens de chauffer une boîte de soupe ». Elles qui rêvent d’un monde nouveau s’inscrivent paradoxalement dans une longue tradition. On retrouve cette volonté de vandaliser pour attirer l’attention chez d’autres Anglaises, les suffragettes, qui s’en sont aussi pris à l’art, telle Mary Richardson qui, en 1914, après avoir tailladé La Vénus à son miroir de Vélasquez, déclarait à la police : « J’ai voulu détruire le tableau de la femme la plus belle de toute l’histoire mythologique pour protester contre le gouvernement qui cherche à détruire Mlle Pankhurst, le plus beau personnage de l’époque moderne », faisant allusion à l’arrestation d’une autre suffragette.

Cette opposition entre l’art comme symbole du passé et l’époque actuelle qu’il convient de transformer radicalement est le symptôme des pensées totalitaires. Fasciste ou stalinienne, la destruction du passé, et donc de son art, est indispensable pour écrire la page blanche de l’homme nouveau. Dès 1909, Marinetti, futuriste italien qui se ralliera à Mussolini, rêvait de la destruction de Venise dans Tuons le clair de lune !! et son ami Giovanni Papini, en 1915, semble parler exactement comme nos deux Anglaises à la boîte de soupe : « Les hommes ont une tendance ignoble à reconnaître la grandeur uniquement dans les œuvres ou les âmes lointaines. Ils n’attribuent de la valeur qu’à ce qui n’existe plus. Cette façon de faire est une infamie ».

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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