«Les civilisations sont mortelles» disait Paul Valéry. C’est vrai aussi pour la nôtre ! L’herbe repoussera certainement après le passage du coronavirus. Mais ça ne sera plus la même.


Nous avons vécu dans l’utopie trompeuse de la mondialisation heureuse. Le village global était à nous, à tous les autres aussi. Plus de frontières, plus d’entraves à la libre circulation de millions de personnes.

Internet et les réseaux sociaux s’employaient à nous rendre proches. On pouvait avoir des amis à Pékin, à Tombouctou, à Kuala Lumpur. Tous nomades prêts à nous dégourdir les jambes en arpentant le désert du Sahara ou en escaladant l’Everest. Il suffisait de prendre un avion pour passer du virtuel au réel.

Viralité sans précédent

Mais nous n’avons pas pris garde à une expression trop facilement utilisée : telle vidéo, tel post ou tel hashtag, vu des millions de fois sur les réseaux sociaux, était appelé « viral ». Le virus était dans nos têtes avant de venir dans nos corps. Puis le COVID-19 est arrivé.

A lire aussi: Un monde affolé qui bascule dans l’inconnu

Il ne nous quittera pas sans avoir laissé derrière lui un champ de ruines. Les frontières se ferment, barricadant les êtres humains dans leur peur. Croit-on qu’on les rouvrira de sitôt ? Les migrants, de tous temps suspectés d’être les porteurs de maladies inquiétantes, s’entassent par milliers devant les portes de l’espace Schengen. Est-il envisageable qu’on les laisse entrer, une fois la pandémie passée ?

Le village global est mort. Il sera remplacé par le village gaulois, le village allemand, le village américain etc… Tous ensemble ? Non chacun chez soi et pour soi. Les collapsologues écologistes s’étaient dressés contre le CO2 : ils n’avaient pas prévu, et ne pouvaient pas prévoir, le COVID-19, bien plus dévastateur.

Effrayant ressentiment populaire

Ce qui est le plus radicalement destructeur peut-être dans cette crise, c’est la colère et le ressentiment des peuples envers leurs gouvernants. Pour eux le glas va sonner. À la tête de sociétés hautement civilisées, médicalisées et informatisées, ils ont prouvé leur incapacité à soigner et à guérir. « Ils ne servent donc à rien » dit la vox populi. Alors à quoi bon les garder ?

A lire aussi: Et mes libertés c’est du poulet?

Près de chez nous il y a l’Union européenne et l’Euro. Des centaines de milliards d’euros sont déversés par la BCE sur les marchés. Mais les marchés continuent à dévisser ! On finira par penser que l’Euro, transfrontalier et transgenre, a mauvais genre. Quant à l’Union européenne, très douée pour réglementer la composition des fromages, elle n’a même pas été capable de se doter d’une politique de santé concertée. Elle aussi finira par rejoindre le cortège funèbre des victimes du coronavirus.

La nature reprend ses droits

Les Cavaliers de l’Apocalypse seront sans pitié. À ce propos une histoire racontée par Einstein qui se reprochait d’avoir par ses découvertes favorisé l’élaboration de la bombe atomique :

Une catastrophe nucléaire a dévasté la planète. Rien que des morts à l’exception d’un homme et d’une femme qui avancent péniblement sur un terrain lunaire où tout a disparu. Ils sont irradiés et marchent à peine. Soudain ils aperçoivent un bout de forêt miraculeusement épargnée. À la lisière un orang-outang et sa femelle. Les deux singes regardent le couple humain. L’homme et la femme s’effondrent et meurent. L’orang-outang regarde sa compagne d’un air concupiscent « il va nous falloir tout recommencer ». Nous n’en sommes pas là mais ça donne à réfléchir. 

A lire aussi: CoVid-2019, ce que l’on sait de la maladie

Lire la suite