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Ceausescu, le retour

Après trois ans de bataille homérique avec le ministère de la défense roumain, Valentin Ceausescu a obtenu que son papa et sa maman soient exhumés, pour que des tests ADN lui assurent que ses géniteurs occupent bien les emplacements 67 et 68 au cimitirul militarul Ghencea de Bucarest. Le 69 est occupé par son petit frère Nicu, mort d’une cirrhose à Vienne, mais à l’évidence Valentin s’en bat l’œil. Valentin pense que ses géniteurs, enterrés précipitamment une certaine nuit de Noël 1989, après un procès disons sommaire et une exécution qui ne le fut pas moins, ont été brûlés à Tirgoviste dans la caserne où ils ont rendu leur âme au diable, dracul en roumain, au pays dont les chefs sont passés maîtres dans l’art délicat de saigner leurs compatriotes au propre et au figuré.

Qu’ils soient réduits en cendres ou sous quelques pieds de bonne terre roumaine, il est peu probable pourtant que le Conducator et sa bonne Elena reviennent tirer par les pieds ceux qui les ont condamnés. Etrangement, ils sont presque tous morts très vite… Criblé de balles, Gica Popa, le juge qui avait prononcé la peine capitale ; accidents de la route ou de chasse fatals pour les autres…

Mais les légendes urbaines ubuesques qui servaient d’exutoires à la brutalité et à la bêtise du régime ont la peau dure. Au fond d’eux les Roumains ne sont pas si sûrs que les Ceausescu soient si morts. Des témoins de témoins assurent que les corps bougeaient encore quelques heures après la fusillade. D’étranges sites n’ont-ils pas fleuri sur la toile, jusqu’au blog de Nicolaz Ceaucescu, qui vaut son pesant de salami, où du fond des enfers l’ancien Premier secrétaire commente l’actualité avec un humour vachard et pas mal de clairvoyance, qui lui valent pour une fois un authentique succès libre de toute propagande ?

Mercredi matin, les corps ont donc été déterrés et envoyés au labo pour prélèvement. En voyant apparaître le pantalon et le manteau de son père criblés de balles, Valentin a t-il poussé un soupir de soulagement ? Que cherchait vraiment le dernier survivant de la sinistre tribu, celui dont on assure qu’il fut adopté à sa naissance et toujours délaissé au profit de Nicu, l’héritier tant chéri ? Peut être, comme on dit, à faire son deuil. Et ne plus regarder derrière son épaule quand il rentre le soir dans son petit appartement ordinaire, là-bas, à Bucarest.


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Agnes Wickfield est correspondante permanente à Londres.

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