Notre roman national s’est construit aussi, et peut-être surtout, avec le roman populaire. On le sait au moins depuis Dumas. Non content d’avoir violé l’histoire de France pour lui faire de beaux enfants, Dumas a inventé la quintessence de l’esprit français avec Les Trois Mousquetaires et d’Artagnan : courage, panache et galanterie dans un siècle de Louis XIII envisagé comme le crépuscule des temps héroïques et des vieilles valeurs de la chevalerie.
Pour la Révolution française, les choses furent un peu plus compliquées ou, disons, ambiguës.  1789 a ouvert des lignes de fracture chez les historiens et aussi, logiquement, dans l’imaginaire des écrivains. Pour les uns, la Révolution est un grand moment d’émancipation ; pour les autres, l’avènement d’une époque désenchantée où la France a cessé de se ressembler, selon le célèbre mot de Talleyrand : « Qui n’a pas vécu avant 1789 n’a pas connu la douceur de vivre. »
Dumas, encore lui, incarne ces contradictions : ce fils d’un général de Napoléon, ce révolutionnaire qui finançait Garibaldi, a écrit le plus beau roman royaliste qui soit, Le Chevalier de Maison-Rouge, où il est question d’une expédition désespérée pour sauver Marie-Antoinette. Aujourd’hui encore, défions le robespierriste le plus convaincu de ne pas sentir son cœur battre quand le chevalier se suicide sous l’échafaud pour mourir en même temps que sa souveraine bien-aimée.
Environ cent ans après Dumas, Jacques Laurent, lui aussi, a bien mérité du roman national et en publiant en 1948, sous le pseudonyme de Cecil Saint-Laurent, Caroline Chérie que l’on réédite aujourd’hui.

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