En cette année 2013, le ministère de la culture est en pleine célébration des anniversaires d’une bureaucratie crée ex nihilo il y trente ans, dans le but de diriger tous les aspects de la création en France de l’enseignement de l’art à sa consécration. Les études pleuvent et les rapports se succèdent. C’est l’occasion de faire un bilan de ce nouveau Service Public qui  dirige  l’art. Les « inspecteurs de la création » ont éradiqué l’enseignement du dessin, de la peinture et de la sculpture dans les Ecoles Nationales des Beaux Arts. Par ailleurs ont été constituées par les FRAC, FNAC, DRAC, CNAC, institutions nées la même année, des collections régionales et nationales, qui ont fait l’impasse sur toute la création non conceptuelle.
Un rapport sur les vingt trois  FRAC initié par la Fondation IFRAP, montre que pendant ces trois décennies, les fonctionnaires de la création autoproclamés « experts scientifiques », n’ont pas livré les critères de leurs choix hors du cercle administratif décisionnaire, ne les ont ni rédigés[1. Contrairement à ce qui est obligatoire dans d’autres pays et en particulier en Allemagne ou aucun achat ne peut se faire sans que les critères ne soient consignés par écrit avec le prix de l’œuvre dûment mentionnée.], ni justifiés. Ils n’ont pas donné le prix des œuvres, le lieu d’achat et l’identité des vendeurs. Ils n’ont pas subi de contrôle administratif sur leurs décisions d’utilisation de l’argent public.
En trente ans 26 000 œuvres se sont accumulées dans les réserves dont il faut assurer stockage, la conservation et même restauration décennale. Ces œuvres conceptuelles et éphémères, sont parfois exposées dans des les lieux prestigieux du patrimoine et dans des musées renommés, elles y accomplissent leur devoir théorique et moral, leur mission de  mise en « abîme » du lieu, leur « fonction critique ». Puis elles rejoignent la réserve. Là, n’ayant plus de contexte à détourner, elles ne peuvent plus assurer leur service public « révolutionnaire  institutionnel » et perdent instantanément leur statut d’œuvre d’art pour devenir des objets en déshérence. Les budgets, jadis destinés à l’achat d’œuvres, sont consacrés désormais à la gestion des réserves ou à leur  métamorphose en musées.
Que restera-t-il de ces œuvres fantomatiques, de ces caprices « théoriques » ? Que restera t-il dans la mémoire collective, dans l’œil du public de ces choix bureaucratiques? Un archéologue pourra t-il distinguer dans les ruines des réserves d’un FRAC ce qui est de l’ordre du déchet ménager ou de l’art ?
Jadis Jack Lang voulait, grâce à la puissance de l’Etat, « sauver l’avant-garde » négligée par les collectionneurs français. Aujourd’hui,  les inspecteurs de la création, malgré leur pouvoir exorbitant, ne dirigent plus l’art. Certes, ils attribuent de façon régalienne les lieux patrimoniaux prestigieux, la légitimité de l’Etat, la grande visibilité, puissants moteurs de la consécration artistique, mais leurs moyens financiers se sont amoindris. En 2013, sous un gouvernement de gauche, le budget de la culture, connaît une baisse pour la première fois. Aujourd’hui la décision en matière de consécration artistique appartient aux « très grands collectionneurs » internationaux et l’expertise « scientifique » des « inspecteurs de la création » est en réalité au service de leurs caprices.  Paris depuis 2008 a vu arriver pour des raisons de stratégies de marché, les galeries américaines qui l’ont boudé cinquante ans durant pour les mêmes raisons. En 2011, Gagosian couronne le processus. On attend l’ouverture des galeries des grandes maisons de vente pour lancer elles-mêmes les artistes émergents et tenir toutes les étapes de la fabrication de la valeur financière de ces produits.
L’exception française en 2013 est une chimère issue de l’union contre nature d’une bureaucratie publique et d’une stratégie de la finance internationale.

*Photo : Scalino.

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