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Canicule à l’Assemblée nationale: elle va s’y consumer!

Canicule à l’Assemblée nationale: elle va s’y consumer!
Yael Braun Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, 11 juillet 2022 © HARSIN ISABELLE/SIPA

On y a même vu un salut nazi.


Avec la canicule, un rideau de fer rouge a été tiré sur tout le pays. Les Français suffoquent et les forêts desséchées, proies d’incendies volontaires ou accidentels, s’embrasent. En Gironde, c’est plus de 27.000 hectares qui ont été dévastés et la Bretagne n’est pas épargnée. Si la catastrophe est écologique, elle est aussi économique puisque ces régions vivent en grande partie du tourisme estival. Pensons aux cinq campings situés près de la Teste-de-Buch, dont celui des Flots Bleus qui fut le théâtre des frasques aoûtiennes de Patrick Chirac et de ses acolytes, dans le film « Camping » : ils ont été détruits.

Mais, c’est sur un autre feu qui couve que nous aimerions attirer l’attention, celui qui menace l’Assemblée nationale. Les braises de la violente bêtise qui y règne, attisées par un Siroco d’indécence, risquent à tout instant de se muer en flammes dévorantes.

L’agitation qui prévaut lors des débats, quasiment institutionnelle, est un héritage de la Révolution. Soit. On souhaiterait pourtant que ladite agitation ne se soit pas muée en une foire d’empoigne où fusent les plus basses insultes et où se commettent les gestes les plus obscènes qui sonnent aux oreilles de la population comme une provocation incessante.

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Alors qu’on débat du projet de loi sur le pouvoir d’achat, les Insoumis soufflent à plaisir sur les braises de la discorde. C’est sans hésiter qu’ils rebaptisent la prime Macron : « prime enfumage », dès le premier amendement qu’ils proposent.

Lors de ce même débat, le Rassemblement national dignement cravaté et se drapant ostensiblement dans la posture responsable et constructive que lui confère sa toute fraîche respectabilité n’exclut pas de voter, Marine Le Pen l’affirme, « l’essentiel des mesures proposées par le gouvernement dans ce texte ». Elle n’hésite pas à ajouter : « Nous avons entendu le message des Français, ils ne veulent pas d’obstruction mais du travail constructif. » La présidente du groupe RN à l’Assemblée prend ainsi un plaisir jubilatoire à embarrasser la majorité en affichant une volonté d’alliance dans l’intérêt supérieur de la France.

C’est de bonne guerre, cette position sera immanquablement qualifiée de collusion avec l’extrême droite, tant par une Nupes braillarde et débraillée que par les quelques Républicains de l’Assemblée. On entend déjà, aussi bien qu’on pouvait sentir jusqu’à Paris l’odeur des feux allumés en Gironde, les beuglements des affidés de Mélenchon : ils éructent, la babine baveuse, retroussée sur une canine impitoyable. Le compromis sera toujours rebaptisé par eux compromission.

Julien Odoul, du Rassemblement national, n’a pas hésité, non sans une certaine pertinence, force est d’en convenir, à ridiculiser le Garde des Sceaux, lors d’une séance. Il lui a démontré par l’implacable énumération des attaques à l’arme blanche perpétrés ces quinze derniers jours sur notre territoire que la France était bel et bien, n’en déplaise à M. Dupond-Moretti, devenue un coupe-gorge. Ce à quoi le Ministre de la Justice, qui a perdu depuis qu’il sévit audit ministère, sa verve légendaire, n’a opposé qu’une très médiocre répartie : « Vous avez la matraque magique, non pas la baguette magique. » Cette saillie n’apporta que pouic au débat.

Rémy Rebeyrotte, enfin, député LREM dont nous ignorions jusqu’alors l’existence, fait… le salut nazi dans l’hémicycle. Voici la justification inepte et lamentable que notre homme propose pour son geste qui atteste d’une sensibilité historique pénétrante : « Au moment où l’extrême-droite et l’extrême-gauche tortillent main dans la main les dernières mesures de protection de la population face au Covid, un grand gaillard élu FN que Mme Le Pen a mis tout au fond sous la tribune fait un salut nazi. Je lui signifie de loin que je l’ai vu et qu’il ne faut pas faire cela. »

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Nous sommes décidément à l’acte I, scène première de Cyrano de Bergerac : le décor est planté : « La salle de l’Hôtel de Bourgogne, en 1640. Sorte de hangar de jeu de paume aménagé pour les représentations. (…) Au-dessus du manteau d’Arlequin, les armes royales. On descend de l’estrade dans la salle par de larges marches. De chaque côté des marches, la place des violons. Rampe de chandelles. »

Un désordre qui confine au bordel règne dans notre Assemblée comme dans le théâtre fictif de Cyrano où l’on s’apprête à donner la « Clorise ». De même on y brasse un air chaud et vicié, au plus près des chandelles :

UN HOMME, s’asseyant par terre avec d’autres porteurs de provision de bouche.
Lorsqu’on vient en avance, on est bien pour manger. (…)

UN JOUEUR
Brelan d’as !

UN HOMME, tirant une bouteille de sous son manteau et s’asseyant aussi.
Un ivrogne
Doit boire son bourgogne…
Il boit.
A l’hôtel de bourgogne !

LE BOURGEOIS, à son fils.
Ne se croirait-on pas en quelque mauvais lieu ?
Il montre l’ivrogne du bout sa canne.
Buveurs…
En rompant, un des cavaliers le bouscule.
Bretteurs !
Il tombe au milieu des joueurs.
Joueurs ! (…)

LE BOURGEOIS, éloignant vivement son fils.
Jour de Dieu !
-Et penser que c’est dans une salle pareille
Qu’on joua du Rotrou, mon fils !

LE JEUNE HOMME
Et du Corneille !

L’Assemblée est à l’image de ce parterre des théâtres d’autrefois. On y jure, on s’agite vainement, mais non sans vanité. On y déclame sans voix qui porte. On s’apostrophe sans talent. On s’empoigne dans une atmosphère devenue combustible. Malmenées, les chandelles du Palais Bourbon vacillent. L’embrasement ne saurait tarder, menant à la dissolution d’une Assemblée qu’on regrettera moins que le camping des Flots Bleus.


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est professeur de Lettres modernes

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