François Bayrou dans une envolée lyrique et vengeresse a déclaré parlant de François Fillon que “jamais sous la Vème République un candidat à la présidentielle n’avait été ainsi sous l’influence des puissances d’argent”. La dénonciation des “puissances d’argent” est une spécialité française qui, bien que très ancienne, n’a pas encore atteint sa date de péremption.

Dénoncer l’argent qui corrompt, l’argent-roi a été pendant longtemps une spécificité de l’extrême droite française. Cette dernière, nationale et patriotique se ressourçait dans la pureté de la terre qui ne ment pas, en dénonçant les ploutocrates apatrides et les banques cosmopolites. A l’extrême gauche on tenait un discours voisin avec, néanmoins, quelques arrangements particuliers. On vilipendait le gros capitaliste suceur du sang de l’ouvrier. On traînait dans la boue le banquier rapace et avide qui dépouillait le peuple. Certaines affiches de la CGT portent encore aujourd’hui les traces de cette belle séquence révolutionnaire.

Extrémisme centriste

François Bayrou est – c’est sur sa carte de visite – un centriste. Un centriste c’est à priori un être doux et pacifique. Donc difficile de classer le maire de Pau à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. Mais comme c’est un démagogue de première il emprunte, sans pudeur aucune, des éléments de langage à ces deux familles politiques. Ainsi il va – car il est plus que probable qu’il sera candidat à la présidentielle – taper sur les riches et sur l’argent. Les riches sont riches et donc mauvais. L’argent est sale et donc corrupteur. Et qui est le candidat des riches et de l’argent ? François Fillon ! Déjà qu’avec Pénélope…

Il nous plaît d’imaginer une campagne électorale avec François Bayrou. Elle sera vivante, animée et jouissive. Voir le maire de Pau crier “mort aux riches” le poing levé est une promesse de spectacle que lui seul peut offrir. Car quand c’est Mélenchon qui le fait personne n’y prête attention tellement c’est banal…

Frissons garantis…

Voir le même François Bayrou tonner contre les banques américaines et Wall Street qui cherchent à nous dicter leur loi est aussi un cas de figure parfaitement novateur. On l’entendra crier “A bas le dollar !” Frissons garantis… Certes Marine Le Pen le fait déjà. Mais avec elle c’est comme avec Mélenchon : on a l’habitude. Et pour finir en beauté qu’il nous soit permis de suggérer à François Bayrou un “mon ennemi c’est la finance”. Un certain François Hollande s’en est servi en 2012. Il ne refusera pas de prêter cette formule à un homme qui, contre Sarkozy, a appelé à voter pour lui.

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Benoît Rayski
est journaliste et essayisteest journaliste et essayiste