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La rentrée, c’est “que du bonheur”

Ces tics de langage à ne pas ramener de vacances lundi au bureau

La rentrée, c’est “que du bonheur”
Sophie de Menthon © IBO/SIPA

Dans ce billet d’humeur, Sophie de Menthon passe en revue nos petits tics de langage et les atroces barbarismes du moment… N’attestent-ils pas tristement de la baisse de niveau du langage des Français ? Pour la rentrée, si nous faisions un effort ? Abandonner ces manies nous changerait… “c’est clair.”


C’est la fin des vacances et sur la plage abandonnée, abandonnons aussi toutes les scories, barbarismes, et tics de langage qui tiennent lieu d’argumentation! Le parler branchouille, la Media langue, le franglais qui réduisent d’autant opinions… et crustacés !

« C’est clair » faisons un effort, d’autant plus qu’en général ce n’est justement pas si clair. « Au jour d’aujourd’hui » on massacre le français quotidiennement avec une forme de gourmandise. 

On va dire qu’on se surveille pour la rentrée

« On va dire » que c’est par facilité que l’on utilise des expressions fourre-tout, « du coup » on a l’impression d’appuyer son propos. « Comme je dis souvent… » nous voilà rassurés, on avait peur que ce soit la première fois que cette banalité était proférée, quant à « J’ai envie de dire… » c’est encore mieux, on sent la personne qui a hésité à s’exprimer sur le sujet fondamental abordé et cela nous soulage : allez « ça va bien se passer ! » 

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« On va dire » est une expression plus collective qui associe tous ceux qui ne disent rien et qui ne savent pas comment le dire, on « fait groupe » et « au final » on sera d’accord mais sur pas grand-chose.

Tous programmés

Il y a aussi heureusement le côté positif de la vie qu’il convient d’exprimer avec extase, ainsi « c’est que du bonheur » traduira tout le plaisir de manger une crêpe, de caresser le chien ou de lire un magazine au soleil… L’hédonisme dans toute sa splendeur régressive. Mais tout n’est pas toujours rose surtout pour votre ado qui bougonne « Chuis en mode vacances » et là, il faut s’inquiéter pour tout ce qui nécessite un léger effort. Le « chuis » est important, car « je suis » nécessiterait une prononciation qui induit une application que contredit l’expression, « faut être » cohérent ; « en mode » est très à la mode pour exprimer son état personnel et l’humeur du moment, en d’autres termes c’est signifier que l’on est programmé quoiqu’il arrive… déjà robot avant l’heure. 

Cela ne va plus le faire

La bonne nouvelle aujourd’hui est que l’échec n’en est plus jamais un puisque pour le perdant du jeu télévisé, des jeux olympiques ou du devoir sur table, l’essentiel est qu’il nous rassure en souriant, d’une formule qui fait ses preuves : « le principal c’est que j’me suis fait plaisir » nous, aurions bien aimé qu’il gagne ou qu’il soit un peu déçu, quand même.

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« Après » …  Comme disent tous les chroniqueurs professionnels, c’est pas de sa faute !  « Après » est une façon de dire le contraire de ce que l’on vient de dire et de modérer des propos déjà édulcorés sans se mouiller, ex : « j’aime pas Macron – après- il est mieux que les autres ! » 

Au bureau ce matin pour répondre à votre interrogation sur l’avancement d’un dossier, ne vous étonnez pas que l’on vous oppose  « de toutes façons ça va pas le faire », façon d’exprimer son scepticisme face à la réussite, d’autant que l’impétrant a déjà annoncé à tout le monde qu’il « n’allait pas se mettre la pression pour ça » ce n’est pas faute d’avoir été encouragé par ses collègues qui lui ont souhaité «  bon courage » comme ils le font entre eux 10 fois par jour, y compris pour aller jusqu’à la photocopieuse ou acheter le journal. Vous êtes toutefois rassuré parce qu’il a dit quand même, qu’il « n’allait rien lâcher ». Votre collègue de bureau lui, à chaque nouvelle consigne grommèle que « ça le saoule », à ce stade il frôle l’alcoolisme.

Ce billet ne vise à rien d’autre qu’à “me faire plaisir”

De la même façon votre fils qui conteste clairement votre semblant d’autorité, argumente son opposition par des mots simples qui ne nécessitent pas de développement intellectuel comme « excuse-moi d’exister !» et son œil courroucé suffit à vous culpabiliser, surtout lorsque c’est appuyé d’un « lâche-moi les baskets » (que vous lui avez achetées à prix d’or).

A longueur de journée il vous abreuve de « tu vois ce que je veux dire ! » non, justement vous ne voyez pas.

Et puis pour couronner le tout, les fautes de français et de grammaire deviennent un must, les hommes politiques cultivés s’y mettent parce que cela fait « popu ». Et les journalistes de renchérir : « le frère à ma sœur », « la faute aux profs », « la personne que je t’ai parlé », les bonnes vacances « que vous avez pris… »  etc.

Et si vous vous êtes reconnu rassurez-vous c’est déjà bon signe, et quant à vos enfants, « restez cool » le prof ne sévira pas car il s’exprime comme ses élèves !

Bon, soyons clair ! Là je me suis fait plaisir, lol. Biz.


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Chef d'entreprise, présidente du mouvement ETHIC.

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