Les salauds dorment en paix est un film policier d’Akira Kurosawa, apparu sur nos écrans en 1960. Eh bien, les salauds de notre temps ont, comme leurs prédécesseurs, le privilège d’échapper aux tourments de l’âme qui accablent tant d’entre nous. Et si les banquiers de notre temps sont des salauds, à quelques cas d’espèce près, ils peuvent poursuivre leur mauvaise besogne tant qu’ils échapperont à la faillite.

Soyons clairs : ce sont bien les agissements de nos chers banquiers qui ont conduit au séisme de 2008 et à l’interminable agonie de l’expérience néolibérale qui s’en est ensuivie[1. Voir la réflexion éclairante de Jeremy Perrin, « Vers une crise perpétuelle » ou « L’interminable agonie du néolibéralisme » in Le Débat, n° 172, novembre-décembre 2012.]. Car si les banquiers sont riches, ce n’est pas avec leur argent qu’ils prennent le risque de leurs entreprises particulières − n’en déplaise à certains lecteurs de Causeur encore attardés dans leurs rêves d’enfance −, mais avec l’argent des autres ou l’argent qui se crée à leurs guichets ou à ceux de la Banque centrale. Le procès des banques et des banquiers ne doit pas être celui d’une oligarchie de vulgaires prédateurs qui auraient accaparé la richesse du monde. C’est celui d’une corporation d’incapables qui s’est présentée à la face du monde comme le démiurge d’une nouvelle économie. Ce procès peut se faire à partir d’illustrations éclairantes que nous connaissons tous, mais que nous connaissons mal parce que la relation médiatique qui en a été faite a été souvent biaisée : la bulle du crédit hypothécaire américain, le surendettement de l’État grec, la folie bancaire irlandaise, l’aventure espagnole, sans doute maintenant la bulle du marché de la dette en Europe. À chaque fois, ceux qu’on appelle les « banquiers » ont fait étalage d’un mélange explosif d’imprudence et d’incompétence et, pour tout dire, d’irresponsabilité.

Gil Mihaely

*Photo : duncan.

Lire la suite