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Tirer les conséquences de ce qui arrive au bac

Tirer les conséquences de ce qui arrive au bac
Illustration de la plateforme Parcoursup destionée aux inscriptions des futurs bacheliers 2021 © ALLILI MOURAD/SIPA Numéro de reportage : 01000770_000004

Le bac est dévalué et l’orientation dans le supérieur confié à des algorithmes. En mathématiques, un test privé vient à la rescousse de l’égalité des chances pour faire évaluer son véritable niveau. Jusqu’où ira-t-on?


C’est le Bac ! Avec les deux épreuves maintenues en présentiel que sont la philosophie d’une part, le grand-oral d’autre part. Enfin, le Bac…. ou ce qu’il en reste ! 

Un examen fantôme, presque sans épreuves terminales – lesquelles changent d’ailleurs de modalités et d’ambition jusqu’à la dernière minute ! On hésite à savoir dans cette affaire qui de l’administration, des élèves ou des correcteurs sont les moins préparés à ce nouveau Bac Blanquer-Covid. Un Bac qu’on aura du mal à ramener à un semblant de normalité après ces deux années de chaos. Mais qu’on se rassure enfin puisque le Bac ne sert plus à rien, ou presque… Parcoursup, la plateforme qui décide de l’entrée dans le supérieur en quelques clics, l’ignore totalement. Alors si le baccalauréat conserve une dimension initiatique, c’est au mensonge et aux faux-semblants des adultes qu’il initie. L’ennui, c’est que les jeunes participent malgré eux à cette immense supercherie. 

Tous tricheurs

“Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère”, sais-tu que la triche a été massive lors de tous les devoirs du contrôle continu dans les établissements cette année ? Puisque le bac devait être validé au contrôle continu, l’ingéniosité des candidats s’est logiquement concentrée sur l’optimisation des moyennes. Conséquence ? La tricherie est devenue systématique aux “DST” comme aux devoirs à la maison, pour performer au bac comme sur Parcoursup. À la triche se sont ajoutées des absences minutieusement calculées pour maintenir à flot les moyennes, en évitant les cours ou les chapitres pouvant donner lieu à de mauvaises notes. L’obsession de la note, d’ailleurs, a chassé toute forme d’apprentissage désintéressé. On ne vient en cours que si l’on peut améliorer sa moyenne, en dehors de toute autre considération. Triste utilitarisme, où l’apprentissage devient l’accessoire et l’essentiel l’obsession de l’évaluation ! D’autant que le Covid donne de parfaits motifs pour s’autoexclure de certains cours, pour peu qu’on se déclare cas contact ou fiévreux ! 

Tel maître, tel élève. Si les élèves trichent, les établissements aussi. Ne pas noter avec largesse leurs élèves, c’est aussi les desservir par rapport aux établissements qui auront moins de scrupules. Que le taux de réussite et de mentions  soit moins mirobolant que celui des voisins dans les établissements plus honnêtes, et c’est toute la réputation de l’école qui en pâtit. Adieu les bonnes places aux classements nationaux… C’est la fête des fous ! Tout est inversé. Être honnête, c’est se condamner ou condamner ses élèves à l’échec. Jean-Michel Blanquer, alors qu’il était recteur de Créteil, voulait payer les élèves absentéistes qui consentiraient à venir en cours. Cela avait fait un tollé. Il est arrivé quelques années après à une situation bien plus folle d’absentéisme chronique, de tricherie systémique, d’utilisation cynique de la folie du système par des jeunes dont on pervertit le sens moral en les associant à ces turpitudes et en affaiblissant leurs chances de réussite et leur confiance dans les institutions. 

Gestion de flux

Mais qui dénonce aujourd’hui le fait que Parcoursup choisisse l’orientation post bac des jeunes selon des critères que personne ne connaît mais qui peuvent compromettre leurs légitimes projets d’avenir ?  Exemple : le maintien de certaines spécialités en terminale est obligatoire pour intégrer telle ou telle filière post-bac, sans même que cette exigence n’ait été clairement indiquée en amont aux élèves quand ils faisaient leur choix d’option. Qui peut encore s’en tirer dans cette jungle mouvante, en dehors des « fils de prof » ? 

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Le beurre, l’argent du beurre — et le Bac

Vu l’inflation générale des notes, la vraie valeur des élèves est désormais impossible à détecter, surtout dans le contexte massifié actuel. Il est loin le temps où l’instituteur ou le curé repérait un élève talentueux et le recommandait pour qu’il poursuive ses études, quelles que soient ses origines familiales. Voici venu le temps des gestions de flux et des algorithmes. Le talent de l’élève n’intéresse décidément plus. 

Alors, bien logiquement, les prépas et les recruteurs de filières post bac sélectives, soucieux des taux de réussite qu’ils pourront à leur tour afficher, minimisent les risques et choisissent leurs élèves dans les établissements prestigieux bien connus qui se comptent sur les doigts de la main. Leurs notes valent encore quelque chose, puisqu’ils virent les élèves qui ne parviennent pas à les obtenir ! C’est ainsi que l’ascenseur social s’est cassé, et que la méritocratie scolaire est devenue un vieux souvenir. Les sociologues horrifiés pourront ainsi quantifier l’aggravation de la reproduction des élites.

De nouveaux tests pour remplacer le bac ?

Pour enrayer cela, dans le contexte d’un bac que le pouvoir politique ne veut plus sélectif, il n’y a qu’une seule solution : créer des tests alternatifs et exigeants, pour traduire le vrai niveau de ceux qui le passent. Cela vient de se faire en mathématiques, à l’initiative de professeurs agrégés de prépa. Il s’agit du test TeSciA, que tout élève de terminale ayant gardé la spécialité maths pourra passer dès l’an prochain pour faire évaluer en détail son niveau. Ce test est porté par une association à but non lucratif soutenue par la Fondation Kairos pour l’innovation éducative-Institut de France. Les frais d’inscription sont symboliques et les centres de test sont nombreux. Que ce test réussisse est un enjeu d’intérêt général. Il en va du maintien de l’excellence scientifique française et du regain de la méritocratie scolaire. Ainsi, les bacheliers de toutes origines pourront connaître leur niveau (puisqu’ils auront une note absolue mais aussi un classement national à TeSciA) et surtout, faire reconnaître ce niveau par leurs futurs recruteurs en toute transparence.

Il serait bien déplacé d’y voir une concurrence déloyale contre le bac, ou encore, une guerre du privé contre le public. Ce test n’enlève rien au bac, qui sera sans doute promis à évoluer beaucoup dans les prochaines années. Il propose simplement un cadre démocratique où chacun peut faire ses preuves et voir sa valeur reconnue, ce qui n’est hélas plus le cas de notre système scolaire.
Pour découvrir le test TESCIA, rendez-vous le 15 juin 2021 à la Maison des mines à 11h pour une présentation publique ou sur www.fondationkairoseducation.org dès le 16 juin.


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Présidente de l’association Créer son école et d’EducFrance, fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative

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