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Mon année 2018 en douze citations (1)

Janvier-juin (1)

Mon année 2018 en douze citations (1)
Une tempête de sable en Arabie saoudite, avril 2018. SIPA. 00855819_000001

Les livres nous consolent ou nous enchantent parce qu’ils nomment mieux que nous nos bonheurs et nos malheurs. Et bien que nous soyons arrivés très au-delà « du milieu du chemin de notre vie », nous n’avons pas perdu cette habitude de jeunesse de noter sur des carnets des extraits de livres lus ou relus, voire de chansons. Voici un choix dans la moisson 2018.

Janvier, sur l’argent

“Il apparaît alors comme la puissance corruptrice de l’individu, des liens sociaux, etc., qui passent pour être essentiels. Il transforme la fidélité en infidélité, l’amour en haine, la haine en amour, la vertu en vice, le vice en vertu, le valet en maître, le maître en valet, la bêtise en intelligence, l’intelligence en bêtise. Notion existante et agissante de la valeur, l’argent confond et échange toute chose ; il en est la confusion et la conversion générales. Il est le monde à l’envers, la confusion et la conversion de toutes les qualités naturelles et humaines.”

Karl Marx, Manuscrits de 1844 (Editions Sociales)

Février, sur l’écologie

“Nous ne devons pas nous vanter trop de nos victoires humaines sur la nature. Pour chacune de ces victoires, la nature se venge sur nous. (…) Il est vrai que chaque victoire nous donne, en première instance, les résultats attendus, mais en deuxième et troisième instance elle a des effets différents, inattendus qui trop souvent annulent le premier. Les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger comme quelqu’un qui est en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle réside dans l’avantage que nous avons sur l’ensemble des autres créatures de connaître ses lois et à pouvoir nous en servir judicieusement.”

Friedrich Engels, Dialectique de la nature (Editions sociales)

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Mars, sur la presse

“…mais j’ai eu l’imprudence de lire ce matin quelques feuilles publiques ; soudain, une indolence, du poids de vingt atmosphères, s’est abattue sur moi, et je me suis arrêté devant l’épouvantable inutilité d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit.”

Charles Baudelaire, projet de préface aux Fleurs du Mal

Avril, sur le printemps

“Je voudrais faire en ce moment, qui est le printemps, du tourisme automobile en Bourgogne, manger des escargots dans des bourgades et faire de la marche en montagne. 

Je suis abruti. 

Je suis de très bonne humeur, c’est insensé.”

Jean-Patrick Manchette, Journal (Folio)

Mai, sur la Dette

« La spécificité de la crise de la dette est que ses causes sont élevées au rang de remède. Ce cercle vicieux est le symptôme, non de l’incompétence de nos élites oligarchiques,  mais de leur cynisme de classe. Elles poursuivent un but politique précis: détruire les résistances résiduelles (salaires, revenus, services) à la logique néo-libérale. »

Maurizio Lazzarato, Gouverner par la dette (Les Prairies ordinaires, 2014)

Juin, sur les migrants

« Un pays où les écriteaux ont des ongles

N’entre pas qui veut »

Edmond Jabès (1912-1991), Le Seuil, Le Sable (Gallimard)

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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