La percée de l’AfD et le virage à droite des libéraux ont fait turbuler le système et provoqué une crise politique jamais vue. Si la chancelière veut sauver son quatrième mandat, elle devra modérer son enthousiasme européen et immigrationniste. 


Dans les annales de la science politique, les élections législatives allemandes de septembre 2017 resteront un cas d’école. Celui d’un gouvernement sortant pouvant se prévaloir d’un bilan flatteur avec une situation économique florissante, des finances maîtrisées, un commerce extérieur insolemment bénéficiaire, qui reçoit un désaveu cinglant du corps électoral. À la veille des élections, un sondage indiquait que 78 % des électeurs étaient satisfaits de leur situation matérielle. Et pourtant, les deux partis au pouvoir, la CDU/CSU et le SPD enregistrent chacun leur score le plus bas depuis la création de la RFA en 1949 avec respectivement 33 % et 20,5 % des suffrages. Bien qu’annoncée par une série d’élections régionales favorables, l’entrée au Bundestag, avec 12,6 % des voix et 94 députés du parti Alternative für Deutschland (AfD), une formation alliant un fort euroscepticisme et un rejet radical de la politique d’immigration d’Angela Merkel, a été un choc dans le pays et à l’étranger.

Le joint ne sera pas « jamaïcain »

La composition du nouveau Bundestag ne laisse, arithmétiquement, que deux options à la chancelière pour constituer la majorité de son quatrième mandat : la reconduction de la « grande coalition » avec les sociaux-démocrates, ou la coalition dite « jamaïcaine » formée par les chrétiens-démocrates (les noirs), les libéraux du FDP (les jaunes) et les écologistes (les verts), ces trois couleurs se retrouvant dans le drapeau du pays de Bob Marley et Usain Bolt. Les deux autres partis représentés au parlement, l’AfD et Die Linke (rassemblement de gauchistes et d’ex-communistes de la défunte RDA) sont exclus, pour des raisons politiques et historiques, du cercle des partis aptes à entrer dans un gouvernement fédéral1.

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Sonné par son score calamiteux, le SPD, par la voix de son nouveau patron, l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, choisit d’essayer de se « refaire » dans l’opposition et de laisser Angela Merkel se débrouiller pour mettre sur pied sa coalition jamaïcaine. Les négociations s’engagent et vont durer six semaines, jusqu’à ce que le FDP, conduit par son jeune et fougueux leader Christian Lindner (42 ans), ne claque la porte, estimant que les propositions de son parti sur la limitation drastique de l’immigration, la rigueur dans la gestion de l’euro (pas d’Europe des transferts !) et les baisses d’impôts étaient traitées par le mépris par la CDU/CSU, alors que les Verts, désireux de revenir au gouvernement après huit ans d’opposition, étaient, eux, prêts à mettre un bémol à leurs exigences (sortie du charbon pour la production d’énergie et poursuite de la politique généreuse d’accueil des réfugiés).

Pendant ce premier round de discussions, Angela Merkel se tient en retrait, laissant ses lieutenants tenter de marier la carpe et le lapin, les Verts europhiles et immigrationnistes et les libéraux « eurovigilants », qui considèrent que le plan Macron de relance de l’UE est de la foutaise, et que la Willkommenkultur2 de Merkel 2015 était une erreur à corriger d’urgence.

L’Allemagne en marge de l’Europe ?

Merkel a donc regardé les discussions s’enliser de son balcon de la chancellerie, ce qui lui convenait tout à fait : elle ne pouvait imaginer de passer son quatrième et dernier mandat à jouer à la surveillante générale dans un gouvernement où ses alliés n’auraient cessé de se disputer pour engranger des points pour l’avenir. Autre avantage : l’échec de la « jamaïcaine » fait passer le mistigri chez les sociaux-démocrates. Si ces derniers persistent dans leur refus de reconduire la grande coalition, ils porteront la responsabilité, aux yeux de l’opinion, d’avoir plongé le pays dans une crise politique de longue durée. La Constitution prévoit en effet un délai de deux mois pour la tenue de nouvelles élections et l’autre solution possible, un gouvernement minoritaire avec les Verts, soutenu au cas par cas par le SPD, serait source de marchandages incessants comme dans un vulgaire gouvernement italien, une situatio

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Décembre 2017 - #52

Article extrait du Magazine Causeur

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