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Ukraine : Xi Jinping refuse le « Yalta » de Trump et Poutine et renvoie la paix aux Européens


Ukraine : Xi Jinping refuse le « Yalta » de Trump et Poutine et renvoie la paix aux Européens
Traditional Russian wooden dolls called Matryoshka depicting Russian President Vladimir Putin, left, U.S. President Donald Trump, center, and China's President Xi Jinping, are displayed for sale at a souvenir shop in Moscow, Russia, Tuesday, Aug. 12, 2025. (AP Photo/Alexander Zemlianichenko)/XAZ101/25224648262087//2508122012

Vladimir Poutine rêvait d’un sommet avec Donald Trump et Xi Jinping pour discuter de l’Ukraine en marge de l’APEC. Pékin ne semble pas vouloir jouer ce rôle. Selon le président allemand Frank-Walter Steinmeier, Xi Jinping s’est montré surpris par l’idée et considère que la guerre est d’abord un conflit européen, qui doit être négocié avec les Européens à la table. Un refus intéressant : la Chine soutient politiquement Moscou, mais ne paraît pas pressée d’endosser la responsabilité d’un accord de paix dont elle n’aurait pas grand-chose à gagner.


L’idée avait tout d’un nouveau Yalta. Vladimir Poutine, Donald Trump et Xi Jinping réunis en Chine pour parler de l’avenir de l’Ukraine, sans Volodymyr Zelensky et sans les Européens. Le Kremlin avait confirmé dès le 19 octobre que l’hypothèse d’une rencontre à trois en marge du sommet de l’APEC, prévu les 18 et 19 novembre à Shenzhen, avait été évoquée. Donald Trump s’était dit ouvert à cette perspective. Pour Moscou, le format était évidemment séduisant : trois grandes puissances discutant du sort de la paix en Ukraine et de la sécurité européenne au-dessus de la tête des Européens.

Xi Jinping ne paraît pas partager cet enthousiasme, au moins sur l’Ukraine. Frank-Walter Steinmeier, qui l’a rencontré à Pékin le 30 octobre, a raconté à la télévision allemande que le président chinois s’était montré surpris lorsqu’il avait évoqué un sommet Trump-Poutine-Xi consacré à la guerre. Selon le président allemand, Xi estime qu’aucune préparation de ce type n’est en cours.

Vers la paix en Ukraine ? « C’est un conflit européen », répond la Chine

Le plus intéressant est la suite. Toujours selon Steinmeier, Xi Jinping lui a clairement indiqué que la guerre en Ukraine était un conflit européen et que les Européens devaient donc être présents à la table des négociations. Pékin ne rejette pas l’idée de discussions avec Washington et Moscou ; il refuse surtout, à ce stade, de devenir le troisième membre d’un directoire chargé de décider du sort de l’Ukraine.

Cette position ressemble presque à un cadeau diplomatique fait aux Européens, qui répètent depuis des mois qu’aucune paix durable ne peut être négociée sans eux et sans Kyiv. Friedrich Merz avait encore défendu cette ligne quelques jours auparavant : Russie, Ukraine, États-Unis et pays européens doivent être à la table, et une solution décidée par Moscou, Washington et éventuellement Pékin ne peut pas régler à elle seule une guerre qui engage directement la sécurité du continent.

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Paix en Ukraine : la Chine ne veut pas porter le plan américain

Il serait toutefois excessif d’en conclure que Pékin se rapproche soudainement des positions européennes sur le fond. La Chine continue d’entretenir une relation stratégique extrêmement étroite avec la Russie et reste l’un de ses principaux débouchés économiques. Les Occidentaux lui reprochent également de fournir des biens à double usage qui soutiennent indirectement l’effort industriel russe. Pékin continue, de son côté, à se présenter comme neutre et appelle Russes et Ukrainiens à des concessions mutuelles.

Le refus chinois est donc moins un ralliement à Kyiv qu’une manière de ne pas hériter du problème. Participer à un sommet de paix à trois placerait Xi au même niveau de responsabilité que Trump et Poutine. En cas d’échec, Pékin serait associé à l’échec. En cas d’accord défavorable à l’Ukraine, la Chine apparaîtrait comme l’une des puissances ayant imposé un partage territorial en Europe. Dans les deux cas, le bénéfice est incertain.

Poutine avait beaucoup à gagner d’un sommet à trois

Pour Vladimir Poutine, au contraire, le symbole aurait été considérable. Être assis avec les présidents américain et chinois pour discuter de la guerre reviendrait à consacrer le retour de la Russie au centre du jeu des grandes puissances. Le Wall Street Journal a rapporté que le dirigeant russe avait lui-même poussé l’idée d’un tel sommet. Kyiv avait immédiatement dénoncé un format qui risquerait d’encourager Moscou plutôt que de rapprocher la paix.

Le Kremlin nuance désormais. Dmitri Peskov reconnaît que l’idée d’une réunion à trois a été évoquée mais assure qu’aucun accord précis n’existe sur le format ou l’ordre du jour. Les préparatifs d’une rencontre bilatérale Xi-Poutine pendant l’APEC avancent, tandis que la possibilité d’un échange avec Trump reste discutée. L’Ukraine, elle, devrait retrouver Russes et Américains lors de pourparlers techniques à Abou Dhabi à partir du 10 novembre.

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Paix en Ukraine : l’Europe sommée de reprendre son propre dossier

Il y a enfin une ironie dans la position attribuée à Xi Jinping. Depuis le début de la guerre, les Européens reprochent régulièrement à la Chine son soutien à la Russie et lui demandent d’utiliser son influence sur Poutine. Pékin leur répond aujourd’hui, en substance, que cette guerre est européenne et que l’Europe doit être directement impliquée dans sa résolution.

Ce n’est pas exactement « débrouillez-vous », puisque la Chine continue à se présenter comme favorable aux négociations. Mais le message est assez clair : Xi ne semble pas vouloir devenir le garant du plan américain ni le troisième homme d’un sommet Trump-Poutine sur l’Ukraine. Il laisse aux Européens la responsabilité politique d’être présents et de défendre eux-mêmes l’architecture de sécurité qu’ils souhaitent pour leur continent. Pour l’Union européenne, souvent inquiète d’être marginalisée entre Washington et Moscou, c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Pékin ne valide pas un Yalta à trois sans elle. Mais il lui rappelle aussi que si elle veut peser sur la paix, elle devra faire davantage que demander une chaise à la table.



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