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Marseille : un mort pendant le tournage d’un clip, quand le narcobanditisme rattrape le rap


Marseille : un mort pendant le tournage d’un clip, quand le narcobanditisme rattrape le rap
At approximately 9:30 p.m. in the La Cayolle neighbourhood, in Marseille’s 9th arrondissement, gunmen opened fire during the filming of a rap music video. A 32-year-old man was killed and a second victim was seriously injured. Images show young female residents standing behind barricades erected to prevent intruders from entering the residential area. Police forensic investigators are seen examining the scene near the victim’s body, which was found lying in the hills just above the Les Cayolles housing estate. Marseille, FRANCE-03/11/2026//MUNSCHFREDERIC_sipa.03968/Credit:Frederic MUNSCH/SIPA/2611031033

Un homme de 33 ans a été tué et un autre blessé par balle lundi soir près de la cité de La Cayolle, alors qu’un clip de rap était tourné dans les environs. Le parquet a ouvert une enquête pour homicide et tentative d’homicide en bande organisée. Il est encore trop tôt pour établir le scénario exact ou un lien avec le narcotrafic. Mais à Marseille, l’affaire résonne forcément avec une réalité devenue impossible à ignorer : les organisations criminelles ne se contentent plus des points de deal. Elles rackettent commerçants, influenceurs et rappeurs, au point que Jul aurait dû quitter la ville et que l’entourage de SCH a déjà payé un prix sanglant.


Les premières informations sont encore fragmentaires. Lundi 2 novembre, vers 21 h 20, les marins-pompiers interviennent dans les collines au-dessus de La Cayolle, dans le IXe arrondissement de Marseille. Un homme de 32 ans, touché à la cuisse, est transporté à l’hôpital. Non loin de lui, les secours découvrent un homme de 33 ans en arrêt cardiorespiratoire. Malgré les tentatives de réanimation, il meurt sur place.

Plusieurs personnes participaient alors au tournage d’un clip de rap dans le secteur. Était-ce une fusillade visant les participants ? Un accident avec une arme utilisée pendant le tournage ? Un règlement de comptes sans rapport direct avec le clip ? Les enquêteurs ne l’ont pas encore établi. Le parquet de Marseille a néanmoins retenu, à ce stade, des qualifications lourdes : homicide en bande organisée, tentative d’homicide en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime en bande organisée. La brigade criminelle est saisie.

Le narcobanditisme, le rap et Marseille : la Cayolle, un quartier marqué par le trafic

Le lieu n’est pas neutre. La cité de La Cayolle, située aux portes des Calanques, a longtemps abrité d’importants points de deal et reste considérée comme un secteur sensible, même si l’activité visible du trafic y a diminué. Là encore, cela ne permet pas de conclure que le meurtre de lundi est un « narchomicide ». Le contexte impose simplement de ne pas traiter la scène comme si elle se déroulait n’importe où.

Marseille vit depuis plusieurs années avec une criminalité organisée qui a changé d’échelle. Les guerres de territoires liées aux stupéfiants ont produit des dizaines de morts, mais les groupes les plus puissants se sont aussi diversifiés. La DZ Mafia, devenue l’organisation la plus emblématique de cette mutation, ne se contente plus de contrôler ou de taxer des points de vente. Les services spécialisés documentent des activités d’extorsion, de racket, de séquestration, de blanchiment et de fourniture de tueurs à gages.

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Jul aurait dû quitter Marseille

Le monde du rap marseillais se trouve mécaniquement exposé à cette économie criminelle, parce qu’il brasse de l’argent, affiche des signes de réussite et reste très lié à certains quartiers. Le Parisien révélait cet été que la DZ Mafia avait entrepris de racketter Jul « comme d’autres rappeurs ». Selon le quotidien, l’artiste aurait même dû déménager et quitter Marseille, tout en renforçant considérablement sa sécurité.

Le cas de SCH est encore plus brutal. En août 2024, un membre de son équipe avait été tué et un autre grièvement blessé après un concert à La Grande-Motte. Les enquêteurs ont travaillé sur la piste d’une tentative d’extorsion et sur les liens possibles avec le grand banditisme marseillais. L’affaire a rappelé qu’autour des artistes les plus connus, la frontière entre réussite économique, notoriété locale et convoitise criminelle peut devenir dangereusement mince.

Le racket, nouvelle frontière des narcos

Le phénomène dépasse d’ailleurs les rappeurs. Des commerçants, des influenceurs et même des joueurs de football ont été cités parmi les cibles de tentatives d’extorsion. L’idée est simple et terriblement efficace : une organisation qui contrôle un territoire considère qu’elle peut prélever une sorte d’impôt clandestin sur tous ceux qui y gagnent beaucoup d’argent. Refuser peut exposer à des menaces, des incendies, des tirs d’intimidation ou pire.

Le Monde décrivait déjà la DZ Mafia comme une organisation devenue à la fois souple, violente et structurée, capable d’étendre ses activités bien au-delà du trafic de cannabis. À La Castellane, six points de deal pouvaient générer ensemble jusqu’à 110 000 euros de chiffre d’affaires quotidien selon une note policière citée par le journal. Avec de tels flux financiers, le narcotrafic dispose des moyens de recruter, d’armer et de rémunérer très vite de jeunes exécutants.

Un clip de rap au milieu d’une ville sous pression

Il serait donc facile, mais prématuré, de transformer le mort de La Cayolle en nouvel épisode démontré de la guerre des narcos. Les enquêteurs doivent d’abord établir qui a tiré, avec quelle arme et pourquoi. La présence d’un tournage de rap peut être centrale comme elle peut être fortuite.

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Mais l’image est difficile à dissocier du contexte marseillais : un clip tourné de nuit, des armes à feu, un homme mort, un autre blessé et une enquête immédiatement ouverte pour homicide en bande organisée. Dans une ville où les rappeurs eux-mêmes sont devenus des cibles potentielles de racket, la scène dit quelque chose de l’emprise du grand banditisme, même avant que l’enquête ait livré son scénario définitif.

Le rap n’est évidemment pas la cause du narcotrafic marseillais. Il en est parfois le voisin, parfois le témoin et, de plus en plus souvent, l’une des activités économiques que les criminels cherchent à ponctionner. C’est peut-être cela, au fond, le plus inquiétant : lorsque le trafic devient suffisamment puissant pour imposer sa fiscalité clandestine au reste de la ville, il ne s’agit plus seulement d’un problème de drogue.



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