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"Notre salut", un film d'Emmanuel Marre en salles le 30 septembre


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© Michigan Films/Kidam

Pas besoin de Laval ou de Doriot pour raconter la collaboration: un petit homme ordinaire suffit. Inspiré d’une correspondance familiale, Notre salut d’Emmanuel Marre plonge dans la France de 1940 à hauteur d’un collaborateur convaincu de pouvoir trouver sa place dans le nouveau régime. Un film aussi modeste dans ses moyens que redoutable dans son portrait des petits rouages de Vichy.


Après un été placé sous le signe du général de Gaulle, le cinéma français fait sa rentrée avec le portrait d’un collabo ordinaire : deux belles leçons d’histoire sur grand écran.

Ce fut assurément l’un des chocs du dernier Festival de Cannes, même s’il en est reparti avec seulement le prix du scénario, récompense largement insuffisante au regard de ses très nombreuses qualités cinématographiques. Notre salut, écrit et réalisé par Emmanuel Marre, s’inscrit directement dans la floraison de films français consacrés à l’Occupation – hasard du calendrier ou émergence d’une véritable tendance, il est à la fois trop tôt et trop hasardeux pour le dire. Lancé par le passionnant, mais insatisfaisant film de Xavier Giannoli, Les Rayons et les Ombres, ce vrai-faux mouvement s’est poursuivi durant l’été avec la sortie des deux volets du film d’Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle, portrait très recommandable du premier des Résistants. Le film d’Emmanuel Marre vient donc en troisième position avant la sortie du beaucoup plus contestable Moulin de Laszlo Nemes, avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre.

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Notre salut repose, et c’est sa première force, sur la correspondance inédite qu’ont entretenue durant les années noires le grand-père et la grand-mère du cinéaste. Des lettres qui mêlent en permanence destin intime, parcours professionnel et contexte historique. À 49 ans, en septembre 1940, Henri Marre, père de famille sans le sou, se rend à Vichy avec dans sa valise son nouvel ouvrage intitulé Notre salut, édité à Paris à compte d’auteur, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes de gestion des entreprises et des ressources humaines avec pour credo principal : « gagner en efficacité ». Il voit dans la nouvelle administration pétainiste l’opportunité de trouver enfin la place qu’il pense mériter. De cette séparation volontaire naît donc cette correspondance avec son épouse qui, seule dans la capitale avec ses enfants, doit s’occuper du foyer. À la débâcle ambiante correspond en parallèle celle de ce couple en crise. Ce double récit traverse l’intégralité d’un film dont le second mérite, et non des moindres, consiste en une reconstitution historique fondée sur une économie de moyens inversement proportionnelle à son efficacité visuelle. On est bien loin des millions d’euros de La Bataille de Gaulle revendiqués par la production et, pourtant, nous sommes littéralement immergés dans cette période. Cela tient d’abord à un casting de « gueules » qu’on dirait tout droit sorties des archives photographiques de Vichy.

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Presque sans acteur vedette (à l’exception de Swann Arlaud plus que parfait dans le rôle principal), Notre salut expose des corps et des visages reflétant une époque, du moins telle que nous nous la représentons désormais. Avec, en prime, quelques anachronismes musicaux ou linguistiques dont l’insertion s’impose naturellement et sans artifice. Paradoxalement, le film prend alors toute son épaisseur et sa dimension. On touche ainsi au propos principal : filmer l’histoire comme la vie ordinaire. Henri Marre n’est ni Laval ni Doriot. Il est un « petit gris » de la collaboration active, un rouage parmi d’autres, un maillon dans une chaîne qui met en place une autre société, fondée sur d’autres valeurs que celles de la République. Côté littéraire, M. Marre fait penser à un personnage de roman de Marcel Aymé, d’Emmanuel Bove ou d’Henri Calet. C’est un petit besogneux bureaucratique sans grandeur, capable de toutes les compromissions pour imposer sa toute petite musique sans intérêt véritable. Un homme sans qualités qui compose sans états d’âme avec un régime antisémite et raciste. Là réside donc la réussite essentielle de ce film : rester au niveau des hommes et des femmes qui, au quotidien, façonnent et alimentent une machine étatique totalitaire. Sans jamais verser dans la grandiloquence, l’outrance ou, a contrario, la distance ironique, Notre salut prend toute sa place, et parmi les premières, dans le vaste corpus de films sur l’Occupation.

Septembre 2026 - #148

Article extrait du Magazine Causeur




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Critique de cinéma. Il propose la rubrique "Tant qu'il y aura des films" chaque mois, dans le magazine

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