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Éloge de Diam’s


Éloge de Diam’s
Mélanie Georgiades, dite Diam's, Paris, juin 2010 © VILLARD/SIPA

La chanteuse convertie à l’islam est très clivante. Et si elle-même était clivée? Un portrait tout en nuances de Sophie Bachat.


Je me lance dans l’entreprise certainement la plus difficile de ma carrière de chroniqueuse. Boulets rouges et volée de bois vert m’attendent au tournant. Mais je n’aime ni la facilité, ni hurler avec la meute. Alors voilà, je vais défendre, ou plutôt raconter l’histoire de Mélanie Georgiades, dite Diam’s. Car seules les vies douloureuses et fracassées m’intéressent. Mélanie, selon cette célèbre citation de Racine, « Je chéris ta personne, mais je hais ton erreur ». 

Notre directrice de la rédaction, pour qui le pluralisme compte plus que tout, m’a donné sa bénédiction, Céline Pina me l’a également accordée : « Tu as raison d’écrire cet article, Diam’s reste touchante », m’a-t-elle dit. 

Ni une enfant, ni une demeurée

Est-il nécessaire de préciser que je n’ai ni attirance ni indulgence pour l’islam rigoriste, et que Causeur n’est pas Télérama. 

En 2006, Diam’s chante « c’est pas l’école qui m’a dicté mes codes ». En 2022, face à Augustin Trapenard, elle affiche effectivement d’autres « codes » © Captures YouTube

Cependant, l’interview que Diam’s a donnée à Brut, pour la promotion de son documentaire : « Salam »,  n’était pas inintéressante ; mis à part le ton mielleux et condescendant d’Augustin Trapenard, qui, sans probablement s’en rendre compte, s’est adressé à l’ex-rappeuse, comme à une enfant, ou à une demeurée. 

Emballée dans son accoutrement gris, le visage mi-doux mi-absent, ce sont ses mots qui m’ont intéressée, ou plutôt deux d’entre eux : « paisible » et « quête » ; qu’elle répète une bonne dizaine de fois, comme un mantra. La paix, la sérénité, Mélanie, née à Chypre, qui a grandi dans une banlieue pavillonnaire, ne semble jamais les avoir connues. La gloire et la reconnaissance du milieu du show-biz auraient plutôt aggravé son chaos intime. 

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Elle affirme que cette sérénité, elle l’a enfin trouvée dans l’islam. Après tout, pourquoi pas ? La religion a toujours été le refuge des âmes en déshérence, à l’image du chanteur Daniel Darc, converti, lui, au protestantisme. Se ment-elle à elle-même en se protégeant dans des couches de tissus ? Le paradoxe, c’est qu’elle semble avoir embrassé le salafisme, sous l’influence de son mari, ex-rappeur lui même, et dans cette branche de l’islam, la musique est interdite… Mais, selon ses dires, elle poursuit toujours sa quête, qui ressemble, à mon sens, plutôt à une errance. 

Bipolarité

Diam’s a eu ses propres démons. L’éternel père absent, la mère qui fait comme elle peut, la première tentative de suicide à 15 ans, qu’elle raconte dans le titre “TS” ; avec ce style qui n’appartient qu’à elle, à la fois brut, et dans certaines de ses chansons, à vif, car à l’époque, elle ne se cachait pas : « Je veux partir pour mieux revenir, et devenir quelqu’un de bien, parce  que je reviens de loin. » Cette première tentative de suicide n’était pas simplement due à un mal de vivre d’ado. Il y en eut d’autres : on la diagnostiqua bipolaire. Je connais bien cette maladie, et comme le chante Stromae, c’est l’Enfer. Alors pour se sortir de l’enfer, on fait comme on peut. 

Ce qui m’étonne cependant, c’est que Mélanie possède un super pouvoir : celui de savoir manier les mots, et les mots s’incarnent, lorsque quelquefois, par extraordinaire, il vous obéissent, et alors, ils vous font vivre. Mais apparemment, cela n’a pas suffi ; s’est-elle trop exposée ? Elle affirme pourtant, dans l’interview de Brut, que les mots, malgré tout, restent ses compagnons de route.

En écoutant ses chansons, je me suis aperçue qu’il existe deux Diam’s. Celle qui veut kiffer la vibes avec son mec, à qui le DJ obéit, celle qui, dans « Jeune demoiselle », veut choisir son homme, en femelle alpha, en les traitant presque comme des objets. Et il y a Mélanie. Qui se raconte : son suicide, son petit copain qui la battait, qui se met dans la peau d’une jeune héroïnomane dans « Par amour » . Ce sont des chansons bouleversantes, dans lesquelles elle est à nu : le pathos y est bien sûr présent, mais on lui pardonne, tant elle porte sa sincérité en étendard. 

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Le milieu du rap est impitoyable pour les femmes, alors elle a voulu jouer au mec, et le milieu du rap (contrairement à celui du rock) n’est pas fait pour exposer ses souffrances. Mélanie en est sortie en mille morceaux. Pourtant elle a su faire semblant. Dans une interview chez Ardisson, au faîte sa gloire, elle apparaît pimpante, presque sexy, lèvres rouges, répondant, sans gêne aucune aux questions très orientées sexe de l’homme aux costumes noirs. Avec cependant toujours un peu de tristesse dans les yeux. L’exact inverse de ce que nous avons pu voir chez Trapenard ! 

L’ancienne chanteuse raconte avoir choisi Diam’s comme pseudo, non pas parce que les diamants sont éternels, mais parce que si l’on frotte deux diamants entre eux, l’un d’eux se brise. Mélanie a-t-elle trouvé la paix en brisant Diam’s ? Et l’indomptable qu’elle fut, sortira-t-elle un jour de la prison qu’elle s’est choisie ? Inchallah.  



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