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Foot: un mondial de «nuls»


Foot: un mondial de «nuls»
Des supporters suivent la retransmission de la rencontre entre le Cap Vert et l'Espagne à la Coupe du monde 2026, le 15 juin 2026, São Vicente © Queila Fernandes/AP/SIPA

Les petites nations qui auraient du se faire ridiculiser au score dans ce début de Mondial resistent à leurs adversaires. Pourquoi?


Puisque l’époque est à expédier illico presto quiconque a perpétré le moindre malentendu aux contemporaines gémonies (lieu où, dans la Rome antique, on exposait les cadavres des criminels – réels, eux), et vu ce que sont devenus les tentaculaires réseaux sociaux, la prudence s’impose. Donc, prémunissons-nous de ce sinistre sort en écartant d’entrée toute hypothétique équivoque.

En la circonstance, et de toute évidence, contrairement à ce que l’on pourrait déduire du titre, il ne s’agit point en effet de porter un jugement suffisant et expéditif sur la qualité du jeu de cette 23e édition de la Coupe du monde de ballon rond depuis sa création en 1930, ni sur la dextérité des joueurs par rapport à leurs aînés, ni encore sur l’intelligence tactique de leurs cochers (en français actuel coachs, en français du siècle passé entraîneurs), au terme de la première série de matchs de poule qui s’est achevée vendredi 18 juin et qui a vu la victoire de la Colombie par 3 à 1 sur l’Ouzbékistan et du Ghana sur le Panama par 1 à 0. Non… il s’agit tout bonnement d’un simple constat arithmétique qui a échappé à la sagacité de la foultitude des analystes et commentateurs de cet événement dont la première vertu, avouons-le, est d’en éclipser bien d’autres qui nous saturent parfois les neurones en raison de leur redondance médiatique.

Ainsi, sur les 24 rencontres au menu de ce cycle inaugural de la compétition, huit se sont soldées par des nuls. Soit un tiers du total, très certainement une proportion jamais vue auparavant… Normal, pourrait-on objecter, vu que le nombre de sélections retenues est passé de 32 en 2022 au Qatar à 48 pour cette édition, et que l’augmentation des participants induirait mécaniquement un nivellement par le bas.

Mais la réalité contredit cette assertion. En effet, ce sont de grandes et prestigieuses équipes nationales qui ont trébuché lors de cette entrée en lice face à des adversaires de second, voire de troisième rang, qui ont su, eux, se hisser à la hauteur de leurs opposants, et non l’inverse.

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Qui aurait pu un seul instant imaginer que l’Espagne allait être tenue en échec… par le lilliputien Cap-Vert sur un score vierge ? Tout laissait penser qu’elle n’en ferait qu’une bouchée, à l’instar de l’Allemagne qui a infligé sept buts à Curaçao, micro-État autonome des Caraïbes dépendant du royaume des Pays-Bas. Qui aurait osé avancer que, dans la même poule, l’Arabie saudite tiendrait la dragée haute à l’Uruguay, premier de l’histoire à décrocher le titre mondial en 1930, avant de réitérer en 1950, et qui s’est retrouvé à treize reprises à disputer les phases finales par élimination directe ?

La logique footballistique a également été sérieusement chamboulée par les autres nuls. En particulier par le fait que l’astre de la planète du ballon rond, le quintuple couronné, le Brésil, a été tenu en échec (1-1) par le Maroc, qui est, en revanche, l’étoile montante du firmament africain. Il est vrai que le pays de la samba est toujours reparti bredouille depuis son dernier titre décroché en 2002… Le temps des Pelé, Garrincha, Socrates et de tant d’autres paraît révolu.

Il y a encore quatre ans, nul (sic) n’aurait imaginé qu’un Pays-Bas – Japon se terminerait par un 2 à 2, et que, mené au score à chaque fois, le Pays du Soleil levant reviendrait à la marque. Sur le papier, encore, la Belgique face à l’Égypte était donnée gagnante. Mais les Diables rouges, surnom du onze d’outre-Quiévrain, dépités, ont dû se contenter d’un très humble 1 à 1. C’est sur ce même score logique de 1 à 1 que le Canada et la Bosnie se sont séparés. En revanche, le fait que le Qatar renvoie la Suisse aux vestiaires sur ce même score de 1 à 1 a sans doute laissé un goût amer aux supporters helvètes.

Le 2 à 2 contre la Nouvelle-Zélande (plus renommée pour son rugby que pour son football) qu’a décroché l’Iran, alors qu’il y a un mois il était sous les bombes américaines — on imagine de meilleures conditions pour préparer pareil rendez-vous, auxquelles se sont ajoutées quelques tracasseries administratives de la part de l’administration migratoire américaine1 —, en a déconcerté plus d’un parmi les férus du ballon rond.

Question déconvenue majeure, après celle que l’Espagne a du mal à digérer, vient celle qu’a encaissée le Portugal contre une modeste délégation de la République démocratique du Congo (RDC). Les deux adversaires se sont séparés sur un score de 1 à 1, révélant l’incapacité de l’attaque lusitanienne à perforer une défense de béton. On a aussi imputé cette contre-performance à un Ronaldo déclinant. Les Portugais avaient été avertis qu’ils auraient fort à faire. L’entraîneur français de la RDC, Sébastien Desabre, avait dit la veille au Figaro, qui en fit son titre : « Le Congo ne vient pas en touriste. »

Contrairement à ce que d’aucuns sont un peu enclins à croire, les joueurs de ces modestes sélections ne sont pas en villégiature. La Coupe du monde est en réalité une gigantesque foire aux joueurs. Les grands clubs délèguent leurs plus fins recruteurs pour débusquer quelques perles rares, avec la consigne de ne pas hésiter à ajouter un zéro de plus au montant du chèque. Donc, pour ces joueurs, c’est l’occasion de se trouver un acquéreur. Et obtenir un nul contre une Espagne ou un Portugal reste le meilleur argument de vente.


  1. Jeudi, en raison de ces tracasseries, la fédération iranienne a annoncé qu’elle déposait une plainte auprès de la FIFA. Elle reproche notamment aux États-Unis de n’autoriser l’arrivée de son équipe basée à Tijuana (Mexique) que la veille de ses matchs de poule qu’elle dispute à Los Angeles et Seattle, alors qu’elle demandait à arriver deux jours avant, et de l’obliger à repartir le jour même. ↩︎


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écrivain et journaliste français.

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