Rébecca Chaillon, la fameuse metteuse en scène militante et subventionnée, poursuit son œuvre consistant à utiliser tous les dogmes progressistes à la noix pour masquer son manque de talent. De son côté, un ancien Premier ministre se reconvertit dans la peinture abstraite, une démarche complaisamment saluée par les médias publics et les élites politiques.
L’habitant de ces contrées lointaines qu’on appelle globalement la France périphérique éprouve parfois le besoin malsain de se tenir au courant des dernières tendances culturelles et des nouveautés artistiques à la mode. Pour ce faire, il compulse de temps à autre les pages « culture » de Libération ou se branche sur la radio publique.
Il en sort de partout…
Les brochures phallophobes de Virginie Despentes et les platitudes égotistes d’Annie Ernaux y sont régulièrement honorées. Le théâtre woke, la littérature nombriliste, le rap et l’art dit conceptuel y occupent une place prédominante.
Il y a de quoi faire, les artistes pullulent ; il en sort de partout, dans tous les genres, dans toutes les disciplines, dans toutes les branches. La plupart n’ont aucun talent, hormis celui de soutirer de l’argent à des établissements publics et à quelques entreprises privées paradant dans le monde dit de la culture. Bien que certains quartiers parisiens profitent plus que d’autres, si l’on ose dire, de leur présence assidue, rares sont en réalité les lieux échappant à ces parasites qui ont compris comment vivre aux crochets d’une société assujettie à tous les dogmes progressistes qui sont leur fonds de commerce, la substance de leurs « œuvres », l’unique inspiration des exposés uniformes censés expliquer leurs démarches artistiques, cartels de tableaux, résumés publicitaires ou entretiens radiophoniques dont la seule fonction est de tenter de masquer l’absence de talent, la bêtise opportuniste et la véritable finalité de cette profusion artistique : l’anéantissement de l’art.
A lire aussi, du même auteur: Censure, contrôle, rationnement: le nouveau projet de nos progressistes pour Internet
La grosse révolte anticapitaliste

Tout récemment, Libération nous a rappelé l’existence de Rébecca Chaillon. Votre serviteur a eu l’occasion d’évoquer, il y a quelques mois, le spectacle grotesque que cette « performeuse afro-féministe et queer » jouait avec sa compagne, Sandra Calderan, à Lyon, lors de la 5ème édition du… « Festiv.iel ». La chose s’appelait La Gouineraie et se glorifiait de « déconstruire, disséquer, analyser ce que veut dire “faire famille” » en « remixant les exemples de familles traditionnelles, blanches, hétéros et patriarcales, dans un joyeux et généreux bazar scénique ». Bref, c’était une fumisterie woke, une de plus. Edwy Plenel en fit l’éloge lors d’un entretien avec Mme Chaillon qui charria tous les poncifs déconstructivistes, décolonialistes et antiracistes qui animent le théâtre subventionné et Sciences Po. Cette fois, c’est pour sa pièce intitulée La Parabole du seum que Libé s’est fendu d’un court mais pénible article écrit avec les pieds, dans un style reflétant parfaitement le relâchement journalistique de l’époque. Ce spectacle montre « la résistance menée par plusieurs grosses personnes » dans un supermarché, symbole du capitalisme. La révolte des gros permettra de « substituer un monde gras à un monde ingrat », espère l’artiste. Sur scène, cette résistance consiste donc pour l’essentiel à s’en mettre plein la panse, puis à vomir en éructant, entre deux élucubrations fatalement intermittentes, des slogans contre la société capitaliste, patriarcale, raciste, etc. Mme Chaillon, qui tient à rappeler à tout propos qu’elle est une femme, qu’elle est noire, qu’elle est grosse et lesbienne, se qualifie également de « performeuse alimentaire ». Sur les écrans qui surplombent la scène, « les kebabs se mastiquent en gros plans et les gâteaux gélifiés multicolores se déglutissent et régurgitent », s’enthousiasme la critique de Libétout en reconnaissant que, par la force des choses,« le texte n’est pas toujours maîtrisé » – ce qui, apparemment, n’empêche pas le public de percevoir clairement « la colère contre les politiques d’exclusion et les injonctions classistes et contradictoires à la minceur ». Cette crucherie a bien entendu été jouée au festival d’Avignon, haut-lieu de l’art officiel adoubé par les progressistes de tous bords, lesquels furent vraisemblablement attirés par le prospectus publicitaire promettant, en sus d’un « engagement sur le front des luttes contre les discriminations » et, donc, « des récits de violences grossophobes, queerphobes, racistes, islamophobes, transphobes, sexistes et sexuelles » – remarquons que pas une victime des temps modernes ne manque à l’appel – « des scènes à caractère sexuel ». Le but de ce bric-à-brac ? Je vous le donne en mille : « Susciter la révolte contre le fascisme qui vient. » Après Avignon, Marseille et Lyon, le Théâtre Public de Montreuil accueillera prochainement Mme Chaillon et sa troupe – tout est prévu pour que, parmi le public, les personnes en surcharge pondérale, comme disent les médecins, ne se sentent pas exclues : « Dans le cadre de ce spectacle, la largeur et la profondeur d’un certain nombre des sièges sont augmentées afin de mieux accueillir toutes les morphologies », apprend-on sur le site dudit théâtre. Puis, parce qu’il n’y a pas de raison que les Belges qui nous ont refourgué Charline Vanhoenacker ne reçoivent pas en retour, de notre part, un cadeau tout pourri, ce sera le tour du Théâtre National Wallonie-Bruxelles qui, pour attirer le chaland, met le paquet sur son site : « En cherchant à dynamiter les mécanismes d’exclusion, Rébecca Chaillon forge de nouvelles mythologies tournées vers des représentations queer nourries d’astrologie et de superstitions. Elle propose un récit où les corps gros, racisés, queer peuvent simplement exister, délivrés des injonctions normatives. » Il est précisé que « ce spectacle comporte des scènes de nudité ». Tandis que Le Nouvel Obs suggère hardiment que Mme Chaillon « a fait de son corps un objet politique », dans Télérama l’ineffable Fabienne Pascaud salue le faitque, de spectacle en spectacle, « la généreuse artiste offre en scène la majesté de son corps nu ». Mme Chaillon, les fesses et le reste à l’air, déborde de tendresse, selon certains critiques ; de rage et de colère, selon certains autres. Aucun n’a osé dépeindre la réalité, les étalages ostentatoires de chairs opulentes et de moraline, la lourdeur des mises en scène, l’adiposité des textes. Textes qui ne sont qu’une resucée de la littérature woke, une mixture composée de prêches écologistes, antiracistes et décolonialistes, le tout mâtiné de poésies pompeuses qui ne sont pas sans rappeler, sans jamais parvenir à leur hauteur toutefois, les envolées de la poétesse guyanaise Christiane Taubira.

Libres regardeurs
Sur France Inter, ce matin du 17 juin, c’est l’art pictural qui était à l’honneur. Benjamin Duhamel recevait un peintre qui expose pour la première fois une soixantaine de ses toiles à Paris. L’artiste dit avoir commencé à jouer du pinceau il y a une quinzaine d’années, après que sa compagne lui a offert un « nécessaire de peinture ». « Au départ, c’était mauvais, confesse-t-il. Mais, petit à petit, ça s’est amélioré. » Finalement, sa peinture « pleine de couleurs, de mouvements et de beaucoup d’émotions » lui a semblé suffisamment accomplie pour la soumettre au jugement des spectateurs qu’il préfère appeler les « regardeurs » – signe d’une réflexion profonde sur le « regard actif » des particuliers venus contempler son œuvre. L’artiste ayant été immédiatement encensé par le monde exigeant de l’art, après le Centre d’art Fosun de Shanghaï ce sont deux galeries parisiennes qui ont décidé d’exposer tour à tour ses toiles. Dans l’introduction du catalogue réalisé à cette occasion, après avoir évoqué les contraintes inhérentes à l’action politique et publique qui ont empêché ce peintre sur le tard de se consacrer pleinement à son art, la commissaire d’exposition Domitille d’Orgeval écrit : « Abstraite, sa peinture est portée par une quête d’idéal et un besoin de liberté qu’il faut comprendre comme l’expression d’une éthique humaniste relevant de la suggestion plus que de l’affirmation. »
A lire aussi: « De l’inédit, on l’aimait à la folie »

Quelle puissance ! Quelle originalité ! Quel souffle ! L’ex-ministre de la Culture Audrey Azoulay y va elle aussi de sa petite bafouille. Bouleversée par ces toiles qui « par leur texture, leur épaisseur et la trace du geste témoignent de la singularité de la démarche de l’artiste », subjuguée par cette « plongée en eaux profondes dans le monde de la perception », conquise par cet « appel à la liberté », elle conclut son dithyrambe, le cœur et les mots chamboulés : « Qu’à Paris ces œuvres soient montrées nous dit enfin la liberté de l’homme, qui sait qu’il sera regardé comme ce pour quoi il est connu et qui expose ce qui de lui était ignoré. » Qui est donc cet homme que le monde entier paraît connaître et que celui de l’art semble découvrir ? Éclaircissons immédiatement ce mystère : membre éminent du PS, député, eurodéputé, plusieurs fois ministre, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, président de la COP21, président du Conseil constitutionnel – après avoir peinturluré la France en rose et en vert, Laurent Fabius a décidé de repeindre le monde à l’aune de ses états d’âme. Fort de son nouveau statut d’artiste, il offre aux auditeurs de la radio publique une vision de la situation de notre pays qui vaut son pesant de pots de peinture : « Je dirais que la société française est un tableau avec une partie seulement qui est peinte. Il y a des couleurs brillantes et il y a des couleurs très sombres. Et puis, il y a un grand blanc. Ce dont il s’agit maintenant, c’est de savoir comment on veut que le blanc soit peint. » Lui le verrait bien peint en vert. Depuis qu’il a présidé la COP21, Laurent Fabius ne jure plus que par l’écologie et milite, entre deux coups de pinceaux, pour la création d’un Conseil du changement climatique auprès de l’Assemblée générale de l’ONU. Autant dire que, d’une manière ou d’une autre, nous n’avons pas fini d’entendre parler de cet artiste.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !





