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Il y a quelque chose de pourri dans le département des Yvelines

Céline Pina commente l’affaire Didier Lemaire

Il y a quelque chose de pourri dans le département des Yvelines
Dans l'émission de Jean-Marc Morandini, suivi par des jeunes désœuvrés, le maire contesté Ali Rabeh (Génération.s) a minimisé l'islamisme qui gangrène sa ville. Image: capture d'écran Cnews.

Dans l’affaire du professeur Didier Lemaire, le maire et le préfet se sont déconsidérés.


Il y a quelque chose de pourri dans le département des Yvelines. Et les élus locaux comme le maire de Trappes, Ali Rabeh, le président du Conseil départemental, Pierre Bédier ou le représentant de l’État local, le Préfet Jean-Jacques Brot, en portent la lourde responsabilité.

C’est dans les Yvelines que Samuel Paty a été décapité par un islamiste, en sortant du collège où il enseignait et c’est à nouveau dans les Yvelines qu’un autre professeur se retrouve menacé de mort pour avoir dénoncé l’emprise islamiste sur Trappes. 

Une emprise connue de tous, deux journalistes du Monde en ont même fait un livre racontant la montée du communautarisme dans la ville[tooltips content=”La communauté, Raphael Bacqué et Ariane Chemin”](1)[/tooltips]. Trappes a fourni un des plus gros contingent de jihadistes à l’État Islamique, plus même que Molenbeek. Entre 60 et 80 jeunes sont partis, au point que Trappes a reçu le surnom de « capitale d’Europe des départs en Syrie ». En 2013, le contrôle d’une femme en voile intégral ayant déclenché des violences de la part du mari contre le policier, Trappes s’était enflammé pour soutenir les époux radicalisés et eut ainsi l’honneur d’inaugurer les premières émeutes au nom de la volonté d’imposer l’islam radical sur notre territoire. Plus près de nous Marlène Schiappa avait voulu délocaliser son cabinet ministériel quelques jours à Trappes, en 2018, lors d’une déambulation, elle voulut entrer dans un café. Celui-ci étant apparemment réservé aux hommes, le préfet l’a dissuadé d’y aller pour éviter l’incident. Préférant inviter la ministre à se soumettre au sexisme plutôt que de faire respecter la loi française. Quant à l’Union des Musulmans de Trappes ils sont notoirement proches des frères musulmans.

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Aujourd’hui la boucle est bouclée et c’est encore un professeur, cible de choix pour les islamistes qui est menacé. Ce qu’il dénonce est exact et s’appuie sur la réalité : Trappes est un des hauts lieux de l’influence de l’idéologie islamiste. Une telle emprise s’explique par des années de clientélisme, d’aveuglement d’intimidation et d’omerta. Il faut dire que de nombreuses stars issues de ce biotope, dont Jamel Debbouze par exemple, se mobilisent immédiatement pour jeter l’opprobre sur ceux qui osent parler de la réalité de ce qu’ils vivent et ils font tellement de bruit que cela éclipse les départs en Syrie, les émeutes, les voiles intégraux et le clientélisme. Pourtant ils ont tous choisi avec leurs pieds de quitter ce lieu soi-disant si épanouissant et injustement déconsidéré. Tellement épanouissant que dès que c’est possible, ses laudateurs s’installent ailleurs. Loin.

L’attitude du préfet et du maire décriée, un curieux barbier…

Mais surtout, après le traumatisme de l’assassinat de Samuel Paty, on se serait attendue à la mobilisation des élus et du Préfet aux côtés de cet autre professeur menacé. Par simple réflexe d’humanité avant même que cela ne soit une question de devoir et de responsabilité. Mais non, ils préfèrent symboliquement lui tirer dans le dos. Pour le coup la trahison des principes et valeurs de la République est avérée. 

Si les préfets deviennent les meilleurs alliés de ceux qui menacent les enseignants, c’est tout l’État qui se déconsidère. Si un maire peut investir une école pour faire sa propagande, alors où sont les limites à son délire de toute puissance?

Le pire est le Maire de Trappes. Lequel menace le professeur et l’attaque en justice, comme aux époques primitives où quand le message déplaisait, on mettait à mort le messager, comme si cela pouvait occulter la réalité. Accompagné d’autres élus, ce maire s’est même introduit dans le lycée, l’investissant pour distribuer sa propagande. Ce qui est parfaitement illégal et antirépublicain et montre à quel point, chez ces personnes qui croient que le pouvoir est la possibilité d’ignorer la loi, il n’y a ni limites ni règles quand leurs intérêts sont attaqués. Là où l’abjection est avérée, c’est que le tract du maire est une attaque basse contre le professeur, elle met Didier Lemaire en danger puisqu’il est accusé de dénigrer les élèves et les habitants de Trappes, et de gâcher ainsi la réputation de la ville et l’avenir de la jeunesse. On appelle cela désigner une cible. Comme si avoir fourni un plus gros contingent de jihadiste pour la Syrie n’était rien et que le seul problème de Trappes était le discours d’un lanceur d’alerte.

Le tract du maire Ali Rabeh.
Le tract du maire Ali Rabeh.

Mais le maire s’en moque. Le fait que son élection ait été invalidée et qu’il ait été condamné à un an d’inéligibilité pour des comptes de campagne faux, en dit beaucoup sur la personnalité d’un homme qui ne se maintient au pouvoir que grâce aux délais de son recours en appel. Dernière manipulation en date, le coup du « coiffeur mixte » ! Didier Lemaire ayant affirmé que trouver un salon de coiffure mixte était compliqué à Trappes, le maire Ali Rabeh a convoqué les caméras de CNews pour leur prouver l’existence d’un coiffeur mixte et déconsidérer la parole du professeur. Un barbier en l’occurrence. Pas de chance, la supercherie a été vite découverte et sur les réseaux sociaux les photos du changement de présentation du site, passant de « pour les hommes » à « mixte » en l’espace d’une journée font la joie des internautes. En espérant discréditer Didier Lemaire, de telles manœuvres jettent surtout le doute sur la démarche du maire. Non seulement celui-ci vient de montrer qu’il n’hésitait pas à attaquer un homme menacé par des fanatiques, lesquels qui sont déjà passé à l’acte, mais rien ne parait arrêter son entourage quand il s’agit de s’en prendre à un homme en danger. 

La “dentelle” trappiste

Que le comportement du Maire soit douteux n’est hélas pas si étonnant. En région parisienne le clientélisme est une martingale électorale. Et l’alliance avec les islamistes paye. Mais que penser de l’attitude du préfet ? Lui ne dépend pas du résultat des élections et pourtant son comportement est particulièrement choquant. Il reconnait certes que Trappes est un terrain difficile mais accuse surtout Didier Lemaire, le professeur menacé de saccager ses efforts. Sauf que l’on ne voit guère de quels efforts il parle. Au vu des derniers évènements, on ne peut pas dire que la veille sur l’islamisme dans les Yvelines soit un succès pourtant. Le préfet évoque un « travail de dentelle ». Sérieusement ? Face au fascisme islamiste et à la propagande séparatiste ? Le préfet compte vraiment faire reculer l’islamisme en sacrifiant des professeurs menacés au dialogue avec les salafistes et les frères musulmans ? C’est quoi faire de la dentelle, quand les signaux dans les Yvelines au lieu de passer au vert tournent au rouge vif ?

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La question se pose d’autant plus qu’un très bon policier, qui justement avait pris la direction du renseignement territorial du 78, Jean-Luc Taltavull aurait été viré par le Préfet, pour satisfaire la demande de son grand ami, Pierre Bédier, le président du conseil départemental. Le clientélisme de celui-ci avec les officines de l’islam radical est régulièrement dénoncé. Il faut dire que les campagnes des salafistes pour appeler à voter pour les proches de Bédier ont été particulièrement peu discrètes et ont été dévoilé par une grande enquête de Marianne, parue le 19 octobre 2019, “Radicalisation : élus locaux et renseignement territorial, entre impuissance et lâcheté”. Dans un des articles de l’enquête qui évoque « l’étrange limogeage d’un commissaire » on en apprend de belles sur la grande retenue du Prefet Brot en matière de lutte contre l’islamisme. Attitude qui tranche avec le positionnement offensif de ses prédécesseurs. Ce que raconte l’enquête met très mal à l’aise tant on paraît loin de toute droiture républicaine. Il apparait à la lumière des investigations du journaliste de Marianne, que le commissaire, Jean-Luc Tastavull avait une excellente réputation, mais justement d’après ses collègues, il était efficace donc gênant. Pour avoir évoqué la brutale éviction du secrétaire général du conseil des institutions musulmanes des Yvelines au profit de représentants musulmans plus « rigoristes » soutenus par des élus locaux, et notamment par Pierre Bédier, Jean-Luc Tastavull aurait été écarté sans ménagement. Le commissaire avait osé être explicite sur la campagne d’intimidation orchestrée contre cet animateur musulman réputé modéré, avec en toile de fond des soutiens électoraux promis par ses rivaux. « Un an plus tard, le commissaire Tastavull a été viré par Jean-Jacques Brot, le préfet des Yvelines » (… et ce) préfet, « en 2020, a réclamé au RT la surveillance du milieu… évangéliste. « On a cru rêver », soupire cette source, dénonçant une forme « d’immobilisme général ».

L’élu local et le représentant de l’État fonctionnent en binôme et ils sont probablement considérés comme une aubaine pour les islamistes. Mais alors que l’État fait voter une loi contre le séparatisme, peut être devrait-il commencer par s’assurer que ses relais sur le terrain ne favorisent pas la politique inverse. Cela l’aiderait à gagner en cohérence donc en crédibilité.

Liaisons dangereuses et caïds

On peut donc remercier le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer de rappeler le maire à ses devoirs, tout en pensant que cela mériterait qu’une plainte soit déposée. Une telle attitude devrait être traduite en justice, ne serait-ce qu’histoire que tout le monde comprenne que devenir maire, ce n’est pas se faire élire « caïd » d’un territoire. On peut remercier aussi M. Gerald Darmanin d’avoir fait protéger le professeur menacé tout en l’invitant à se pencher sur les liaisons dangereuses entre le préfet, le président du conseil départemental et les représentants de l’islamisme radical. 

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Comment les Français peuvent-ils se sentir en sécurité quand après l’assassinat de Samuel Paty, le préfet du département et le maire de la ville n’hésitent pas à accrocher une cible dans le dos d’un autre professeur courageux ? Si les préfets deviennent les meilleurs alliés de ceux qui menacent les enseignants, c’est tout l’État qui se déconsidère. Si un maire peut investir une école pour faire sa propagande, alors où sont les limites à son délire de toute puissance ?

Voilà pourquoi la sanction du préfet, comme la traduction du maire en justice, seraient un service à rendre aux citoyens et à la République. Parce qu’en l’état actuel des choses, dans les Yvelines, cette histoire est en train de démontrer la puissance des islamistes et la trahison de l’État et de ses représentants. Alors qui êtes-vous M. Darmanin ? Celui qui fait voter la loi contre le séparatisme, applaudi par 80% des Français, ou celui qui ferme les yeux sur l’influence des islamistes et leurs relais au plus haut niveau ?

Heureusement, il reste des hommes et des femmes dont le courage est remarquable dans l’épreuve. Ce sont les collègues de Didier Lemaire. Ils sont à ses côtés, ont écrit un courrier pour dénoncer le comportement et les pressions des élus. Merci à eux d’être là car ils sauvent par leur dignité une séquence lamentable de la part des autorités.

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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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