Les Français sont las de la langue de bois. Conscient de ce ras-le-bol, Laurent Wauquiez a peut-être orchestré ses « fuites ». S’il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans ces sorties peu gracieuses, le président LR ne pourra éternellement se retrancher derrière l’appel au peuple. Plutôt que de parler la langue des bistrots, un homme politique doit surtout avoir quelque chose à leur dire.


Cette affaire Wauquiez qui aura tenu l’affiche plusieurs jours avant d’être chassée par d’autres clous nous a offert un spectacle comique de haut vol. Et toute la classe politique y a apporté sa contribution en jouant au con avec brio – et en nous prenant pour des buses.

Sacré numéro

Dans le premier rôle, Wauquiez s’est bien payé notre fiole, avec son sourire de premier communiant tout étonné du charivari qu’il a suscité et se payant en prime le luxe de jouer les victimes d’un journalisme de bas étage parce que des propos qu’il a tenus dans un cadre semi-public (une salle de classe, ce n’est pas le salon d’un copain) sont devenus publics. Son numéro de « on cherche à m’abattre » face à Ruth Elkrief était vraiment épatant.

Tout aussi surjouée, l’indignation de ses détracteurs qui ont fait assaut de mines outragées et d’épithètes dramatiques, sur le mode, je ne mange pas de ce pain là, j’ai une autre idée de la politique, ce n’est pas bien de dire du mal de ses camarades, la bonne blague.  À les entendre, on aurait pu croire que le chef de LR avait fait l’apologie d’Hitler. Les pauvrets étaient choqués, horrifiés, indignés. M’dame, il a dit « guignols » ! Et même « conneries » ! Faut lui laver la bouche avec du savon.

Propos de bistrot

Les propos du patron de LR devant ses étudiants lyonnais (en tout cas le florilège qu’en a diffusé Quotidien) ne brillent pas par leur distinction, ni, pour l’essentiel, par leur discernement. Mais quiconque a passé une heure, en privé ou en off, avec un politique, a entendu mille fois pire, en particulier sur les camarades de parti de l’intéressé. Chaque semaine, la page 2 du Canard enchaîné, dont on se délecte dans tous les couloirs de la République, est pleine de ces ragots et vacheries qu’on se balance anonymement entre camarades de parti ou confrères de gouvernement. « Bien entendu c’est off », comme le disait le titre d’un livre de Daniel Carton promettant de balancer « ce que les journalistes politiques ne racontent jamais ». Le plus souvent, cela ressemble à des propos de bistrot, quand on répète la rumeur du jour avec l’air convaincu de celui qui en sait long. « Depuis le début, je sais que c’est Lelandais qui a fait le coup », dit madame Michu. « Darmanin, vous verrez, il va tomber », dit Wauquiez. Cela n’a aucune conséquence, ni importance, mais cela amuse la galerie ou le compagnon de comptoir.

Il n’y a pas de « off » qui tienne

Reste à savoir si le chef de la droite a été ou non l’organisateur de ce mystère par lequel il a feint d’être dépassé. Comme tout le monde, j’avais du mal à avaler qu’un garçon aussi brillant ait sérieusement pu croire que des paroles prononcées devant trente personnes allaient rester confi

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