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Wauquiez: causer au peuple, ça s’apprend !

Wauquiez: causer au peuple, ça s’apprend !
Laurent Wauquiez. Sipa. Numéro de reportage : 00832559_000019.

Les Français sont las de la langue de bois. Conscient de ce ras-le-bol, Laurent Wauquiez a peut-être orchestré ses “fuites”. S’il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans ces sorties peu gracieuses, le président LR ne pourra éternellement se retrancher derrière l’appel au peuple. Plutôt que de parler la langue des bistrots, un homme politique doit surtout avoir quelque chose à leur dire.


Cette affaire Wauquiez qui aura tenu l’affiche plusieurs jours avant d’être chassée par d’autres clous nous a offert un spectacle comique de haut vol. Et toute la classe politique y a apporté sa contribution en jouant au con avec brio – et en nous prenant pour des buses.

Sacré numéro

Dans le premier rôle, Wauquiez s’est bien payé notre fiole, avec son sourire de premier communiant tout étonné du charivari qu’il a suscité et se payant en prime le luxe de jouer les victimes d’un journalisme de bas étage parce que des propos qu’il a tenus dans un cadre semi-public (une salle de classe, ce n’est pas le salon d’un copain) sont devenus publics. Son numéro de « on cherche à m’abattre » face à Ruth Elkrief était vraiment épatant.

Tout aussi surjouée, l’indignation de ses détracteurs qui ont fait assaut de mines outragées et d’épithètes dramatiques, sur le mode, je ne mange pas de ce pain là, j’ai une autre idée de la politique, ce n’est pas bien de dire du mal de ses camarades, la bonne blague.  À les entendre, on aurait pu croire que le chef de LR avait fait l’apologie d’Hitler. Les pauvrets étaient choqués, horrifiés, indignés. M’dame, il a dit « guignols » ! Et même « conneries » ! Faut lui laver la bouche avec du savon.

Propos de bistrot

Les propos du patron de LR devant ses étudiants lyonnais (en tout cas le florilège qu’en a diffusé Quotidien) ne brillent pas par leur distinction, ni, pour l’essentiel, par leur discernement. Mais quiconque a passé une heure, en privé ou en off, avec un politique, a entendu mille fois pire, en particulier sur les camarades de parti de l’intéressé. Chaque semaine, la page 2 du Canard enchaîné, dont on se délecte dans tous les couloirs de la République, est pleine de ces ragots et vacheries qu’on se balance anonymement entre camarades de parti ou confrères de gouvernement. « Bien entendu c’est off », comme le disait le titre d’un livre de Daniel Carton promettant de balancer « ce que les journalistes politiques ne racontent jamais ». Le plus souvent, cela ressemble à des propos de bistrot, quand on répète la rumeur du jour avec l’air convaincu de celui qui en sait long. « Depuis le début, je sais que c’est Lelandais qui a fait le coup », dit madame Michu. « Darmanin, vous verrez, il va tomber », dit Wauquiez. Cela n’a aucune conséquence, ni importance, mais cela amuse la galerie ou le compagnon de comptoir.

Il n’y a pas de « off » qui tienne

Reste à savoir si le chef de la droite a été ou non l’organisateur de ce mystère par lequel il a feint d’être dépassé. Comme tout le monde, j’avais du mal à avaler qu’un garçon aussi brillant ait sérieusement pu croire que des paroles prononcées devant trente personnes allaient rester confidentielles. À l’ère des réseaux sociaux et des téléphones espions, tous les politiques le savent et Wauquiez l’a d’ailleurs explicitement affirmé, au-delà de trois personnes (et encore il faut bien les choisir), il n’y a pas de « off » qui tienne.

Convaincus que ce qui les indigne (ou ce par quoi ils font mine d’être indignés) indigne les Français, la plupart des commentateurs ont défendu la thèse de la gaffe par excès de confiance. Puisque, de leur point de vue, ce qu’avait dit Laurent Wauquiez était très mal, cela ne pouvait que le desservir. Et comme il est très intelligent, c’est une bourde.

Un dérapage très contrôlé ?

Sans doute influencée par ce brouhaha réprobateur, j’y ai d’abord cru. De fait, on sous-estime toujours, chez les politiques, la part de l’impréparation, voire de la bêtise ordinaire que nous partageons tous, on soupçonne du machiavélisme là où il y a de l’amateurisme. J’ai commencé à douter sérieusement en entendant Laurent Neumann expliquer sur BFM TV que l’incongruité apparente des propos de Wauquiez cachait une véritable cohérence : ils le montrent en représentant du peuple face à des élites baignant dans le politiquement correct pour complaire aux médias.

Mais comme dans un roman policier, c’est un détail qui, en éclairant tout, m’a fait pencher pour la thèse du dérapage très contrôlé. On ne voyait pas bien ce que venait faire l’attaque contre Sarkozy dans cette litanie de rosseries sur Macron, Darmanin, Pécresse ou Juppé. Je ne dispose d’aucune information, mais j’ai du mal à ne pas imaginer que cette histoire farfelue d’espionnage présidentiel est la réponse du berger Patrick Buisson à la bergère Sarkozy. En clair, cette petite mise en scène pourrait bien être le ballon d’essai d’une nouvelle ligne Buisson concoctée en coulisses par l’ex-éminence grise de Sarkozy. Wauquiez s’est d’ailleurs explicitement campé en défenseur des classes moyennes contre un Macron déconnecté et méprisant le populo et en représentant du parler vrai face au ronron médiatique. Si tout cela n’est pas signé Buisson, c’est assez bien imité.

Tous les populismes ne se valent pas

Il serait absurde de reprocher à Wauquiez son virage populiste. En effet, alors que Macron occupe l’espace de la gentille droite et de la gentille gauche réunies, il y a un royaume à conquérir du côté de l’électorat en déshérence du Front national, cette France périphérique qui est aussi en grande partie la France d’avant. Celui qui s’y collera ne fera pas seulement un bon coup politique, il œuvrera utilement pour son pays. Contrairement à ce que claironnent la plupart de mes confrères, ce qui est immoral, ce n’est pas de parler à cette France et de se soucier de ses inquiétudes, c’est de l’abandonner et de la mépriser.

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Wauquiez veut s’adresser à ce « pays réel » qui apparaît généralement dans les médias affublé de qualificatifs peu flatteurs voire quasi injurieux (allant de passéiste à raciste), fort bien. Encore faut-il avoir quelque chose à lui dire. On ne récusera pas l’expression “bullshit médiatique”, car c’est le mot précis qui, plusieurs fois par jour, vient à l’esprit de millions de gens devant leur poste de télévision ou de radio. Cependant, c’est peut-être avoir une piètre idée du peuple que chercher à l’emballer avec des allusions finaudes sur les frasques sexuelles supposées de ses adversaires et amis. S’il veut rompre avec l’air du temps, Laurent Wauquiez devrait plutôt se garder d’alimenter le grand air du soupçon. Bien sûr que dans les bistrots, des tas de gens sont convaincus de savoir qui a fait tomber Fillon (question à laquelle on aimerait connaître la réponse) ou ce qui arrivera à Gérald Darmanin. Mais il ne sert à rien de parler ostensiblement la langue des bistrots, l’important, c’est de la comprendre. Il y a certainement un bon populisme : il ne consiste ni à parler comme le peuple, ni à lui dire ce qu’il veut entendre.

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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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