Il y a Riri, Fifi et Loulou et puis il y a Fitch, Standards & Poor’s et Moody’s. Les premiers sont les fameux Castors Juniors, neveux de Donald et bons petits gars bien sympathiques, bricoleurs et maladroits. Les secondes sont les principales agences de notation, nouvelles maîtresses du monde, Cruellas des salles de marché, qui d’un simple clignement d’œil font trembler les vieilles nations réduites à l’état d’élèves attendant la trouille au ventre dans le bureau du surgé pour savoir à quelle sauce ils seront mangés.

Pour les agences de notation, contrairement aux Castors Juniors dont le célèbre manuel a enchanté des générations de petits aventuriers, le réel n’existe pas. Qu’un peuple du Maghreb se soulève spontanément contre une dictature policière et donne une chance unique à un peuple arabe de parvenir enfin à une véritable démocratie leur importe peu. Ca saigne dans les rues de Tunis, de Sousse et de Carthage mais ce n’est pas le problème de Fitch, Standards & Poor’s et Moody’s qui ont baissé avec une remarquable unanimité la note de la dette souveraine de la Tunisie en invoquant, sans blaguer, « l’instabilité du pays, due au changement inattendu de régime.»

Pour ceux qui avaient encore des illusions sur le lien consubstantiel entre la démocratie et de l’économie de marché, les agences de notation nous rappellent avec un cynisme assumé que pour les affaires, une bonne dictature vaudra toujours mieux qu’une mauvaise démocratie. Et qu’en matière de prévision géopolitique, de leur propre aveu, elles sont juste un peu moins compétentes que les Castors Juniors…

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