La Bièvre, iconographie de 1898 ©SIPA_00437983_000001

Avant que Paris devienne un grand parc de loisirs, avant que les voies sur berge soient « libérées », avant que l’on décrète pompeusement que notre capitale est une « ville monde », avant que toute l’énergie politique parisienne soit épuisée par les abominables JO de 2024, avant tout cela Paris était une ville, et en son sein coulaient deux rivières.

On l’a peut-être oublié, car Sa Majesté la Seine, du fond de son lit, a toujours cherché à tirer la couverture à elle. Pourtant, elle eut jadis un affluent, qui se jetait en elle au niveau du Jardin des plantes, la Bièvre. Un cours d’eau modeste et non navigable, naissant à Guyancourt et cheminant par l’Essonne et le Val-de-Marne, avant de sillonner Paris, à travers les XIIIe et Ve arrondissements. Dans Les Feuilles d’automne, Victor Hugo chante la Bièvre et la douceur de sa vallée : « Ici durent longtemps les fleurs qui durent peu. » Rabelais, lui, dans Gargantua, décrit le festin d’écrevisses et de grenouilles que Ponocrates fait au bord de cette rivière.

Un cours d’eau abandonné à son triste sort

Très tôt les industries s’installèrent le long de la Bièvre, notamment dans le quartier des Gobelins à Paris, et les teinturiers et les tanneurs s’en servirent pour actionner leurs moulins, et rejeter dans son cours les résidus de leur production. Les bouchers y abandonnaient aussi carcasses et viscères. De ce fait, les poètes chantèrent également sa puanteur : « Et passons vite ce ruisseau. Est-ce de la boue ou de l’eau ? Est-ce de la suie ou de l’encre ? » interroge Claude Le Petit au xviie siècle. En 1914, Huysmans consacrera même un petit essai poétique au cours d’eau, dont il compare le destin à celui des

Lire la suite