Dans l’affrontement qui se joue autour de Vincent Lambert entre sa femme et mère, son épouse Rachel Lambert est la cible des plus basses accusations. Elle était pourtant la mieux placée pour connaître la volonté de son mari, et mérite d’être épaulée. 


Alors que l’affaire Vincent Lambert défraie la chronique, d’un rebondissement à l’autre, une personnalité reste étrangement absente de la scène médiatique : il s’agit de Rachel, l’épouse de Vincent. Autant la mère du patient intéresse et même fascine les grands médias, autant sa femme brille par sa discrétion

Il faut le dire et le répéter : « l’affaire Vincent Lambert » est d’abord un drame familial. C’est d’abord un cas particulier, celui d’une déchirure familiale irrévocable, avant d’être un archétype de décision à prendre en situation de très grand handicap.

Rachel au service de Vincent

Rappelons les faits. En septembre 2008, quand Monsieur Lambert a eu son accident, il était marié avec Rachel depuis un peu plus d’un an. Le couple venait d’avoir une petite fille. Rachel et Vincent s’étaient rencontrés sur leur lieu de travail, dans l’hôpital où ils exerçaient tous deux la profession d’infirmier spécialisé en psychiatrie. Après l’accident de son mari, en toute logique, Mme Lambert a été l’interlocuteur privilégié des médecins. Elle est devenue « personne de confiance » ˗ même s’il n’y avait pas de papier signé expressément de la main de son mari dans ce sens. Puis, l’état comateux du blessé se prolongeant, elle a été nommée tutrice.

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Quand, en 2013, cinq ans après l’accident, il s’est avéré que les lésions cérébrales empêchaient tout retour à la conscience chez son époux, quand donc le diagnostic d’état végétatif définitif a été posé, c’est elle qui a demandé l’application de la loi Leonetti et l’arrêt de soins devenus « obstination déraisonnable », pour lui permettre de partir paisiblement. Elle fondait cette demande sur ce qu’elle savait de la position personnelle de son mari sur le sujet. Professionnel de santé, celui-ci avait échangé avec ses proches, même s’il n’avait pas laissé de directives anticipées explicites. Plusieurs frères et sœurs de Vincent (six exactement – c’est une grande famille !) et un neveu, soutenaient Rachel dans cette démarche, persuadés qu’elle allait dans le sens de ce qu’aurait voulu le blessé. Suivant l’avis de la famille et en plein accord avec la loi, les médecins de l’hôpital de Reims ont alors commencé le protocole d’arrêt des traitements actifs (dont la nutrition artificielle) assorti d’une sédation qui devait conduire au décès dans des conditions apaisées.

Un sordide conflit familial

C’est alors que Viviane Lambert, la mère du patient, s’est opposée à cette décision. On connaît la suite. Les accusations, les procès, les recours auprès des diverses instances de justice, les expertises et contre-expertises, les déclarations à la presse, les prises de parti des uns et des autres, les déclarations tonitruantes des associations et des avocats, ont alimenté les rebondissements de cette incroyable « affaire ».

Affaire que l’on tire vers des problèmes généraux : l’accompagnement ou l’euthanasie, la défense des handicapés ou leur suppression cynique, la spiritualité chrétienne contre l’utilitarisme athée, la vie contre la mort… Alors qu’en réalité, il s’agit d’un sordide conflit familial dans lequel une femme, la mère, entend récupérer la mainmise sur son fils en l’arrachant à l’affection d’une autre femme, l’épouse qu’il avait choisie. Conflit sordide, conflit classique en vérité, et qui ne diffère de ce qu’on rencontre habituellement que par l’ampleur des haines et la couverture médiatique dont il fait l’objet. De là vient la véritable « montée aux extrêmes » à laquelle on assiste dans cette tragédie aux soubassements psychanalytiques.

Vincent Lambert protégerait son épouse

En l’absence de directives anticipées, il est difficile de savoir clairement ce que Vincent Lambert souhaiterait pour lui-même. Il est aussi difficile de savoir ce qu’il ressent, et même s’il ressent quelque chose plutôt que rien. L’état végétatif est un mystère. Un des meilleurs spécialistes, le père Verspieren, a écrit à son sujet : « Si on ne peut affirmer que la vie de tous ces patients est purement végétative, on n’est guère en droit de penser qu’ils parviennent à davantage qu’une forme de conscience et une activité psychique très pauvres. »1 Une seule chose est certaine : jamais Vincent Lambert ne cautionnerait la violence qui déferle sur son épouse.

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Dans la lutte entre sa mère et sa femme, nul doute qu’il prendrait parti pour cette dernière. Après tout, puisqu’il est régulièrement question de religion dans cette affaire, ne faut-il pas citer l’injonction biblique qu’il avait suivie dans sa vie personnelle : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair » ? Dans l’affreuse querelle qui divise sa famille, il serait certainement aux côtés de son épouse. Il ne pourrait qu’être horrifié devant l’entreprise de démolition morale dont elle est la proie.

L’autre victime de l’affaire Lambert

Une autre victime collatérale de ce drame reste dans l’ombre : il s’agit de la fille du couple. Née peu avant l’accident de son père, elle doit avoir à peu près onze ans aujourd’hui. Imagine-t-on ce que cette enfant a vécu et vit encore ? Imagine-t-on le traumatisme qu’est pour elle le spectacle de sa famille se déchirant autour du lit d’hôpital de son père ? Voir sa mère accusée de tentative de meurtre sur son mari, par sa grand-mère elle-même, publiquement, avec les moyens de la propagande la plus éhontée (comme la diffusion de vidéos sauvages) ? Entendre quotidiennement les insultes, voire les menaces ? Apprendre que certains ont proposé que Rachel Lambert soit « divorcée d’office » d’un mari dont elle manigancerait l’assassinat légal avec la complicité des médecins qui le soignent depuis des années ?

Dans cette affaire atroce, il est temps de revenir à la raison. Vincent Lambert n’est plus qu’une ombre, autour de laquelle s’agitent des êtres bien vivants aux souffrances et aux intérêts bien réels. Le respecter, lui et sa volonté, c’est d’abord respecter ceux qu’il aimait et qu’il avait choisis librement. Entre deux parties irréconciliables, il faut soutenir Rachel Lambert !

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