Il manquait une rubrique scientifique dans Causeur. Peggy Sastre vient combler cette lacune. À vous les labos!


En matière d’interactions passablement désagréables avec nos congénères, nous sommes tous logés à la même enseigne. Nous connaissons tous des gens qui arrivent en retard aux rendez-vous, qui coupent la parole, qui dénigrent le travail des autres. En revanche, tout le monde ne réagit pas de la même manière à ces incidents. Certains passent facilement l’éponge et n’y voient que des tracas sans importance ni conséquence. Et d’autres, au contraire, estiment avoir été profondément lésés par autrui et ses intentions forcément malveillantes. Pour le dire en (presque) deux mots : face à un même événement, tout le monde n’a pas la même propension à se croire et à se dire victime.

La chose pourrait sembler surprenante vu que nous baignons dans une « culture victimaire » qui ne date pas d’hier, mais son expression individuelle n’avait pas encore été étudiée de manière systématique. La lacune est désormais comblée grâce à une équipe de chercheurs israéliens en psychologie, sociologie et anthropologie, dont l’étude conceptualise pour la première fois la « tendance à la victimisation interpersonnelle », définie comme « un sentiment permanent d’être toujours la victime, étendu à de nombreux types de relations ». En d’autres termes, avoir un peu de mal à voir la vie en rose après un viol en réunion avec actes de barbarie ne suffit pas à faire de vous une « personnalité TVI », il faut que cette tendance à vous croire perpétuellement la cible et le jouet de la malveillance de tiers soit un tantinet stable au cours de votre existence et en toutes circonstances. Le tout avec des conséquences affectives, cognitives et comportementales précises, elles aussi listées par l’équipe de Rahav Gabay, psychologue à l’université de Tel-Aviv. S’appuyant à la fois sur une revue de la littérature scientifique et sur huit expériences menées pour l’occasion auprès de plusieurs centaines de personnes, les scientifiques établissent que la TVI se caractérise par quatre dimensions – la rumination, le besoin de reconnaissance, l’élitisme moral et le manque d’empathie. Ils étudient la façon dont ces quatre ingrédients façonnent une vision du monde radicalement pernicieuse. Et totalement indépendante d’une véritable expérience traumatique. Vous pouvez traduire une personnalité TVI sans n’avoir jamais rien vécu de terrible, comme vous pouvez avoir traversé tous les étages de l’enfer sans jamais en développer une.

Peggy Sastre, 2018. © Jean-Philippe Baltel
Peggy Sastre, 2018. © Jean-Philippe Baltel

Premièrement, une personne TVI a besoin que son statut de victime – qu’importe qu’il soit réel ou non – soit reconnu et qu’on la plaigne. Elle a besoin que l’auteur de son préjudice – ou celui qu’elle estime tel – admette sa responsabilité et exprime sa culpabilité. Elle a besoin de soutien et de compassion. Par exemple, si vous jugez « très important » qu’on admette vous avoir fait subir une injustice lorsqu’on vous a causé du tort, si cela vous énerve prodigieusement de ne pas être cru lorsque

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Février 2021 – Causeur #87

Article extrait du Magazine Causeur

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