En 1853, la France alliée des Anglais, des Turcs et des Italiens déclare la guerre à la Russie à propos de la Crimée. Les raisons de cette guerre sont bien connues bien qu’elles semblent aujourd’hui encore assez incompréhensibles concernant l’engagement français.

L’affaiblissement de l’Empire Ottoman et la volonté des Russes de réaffirmer leur protection sur les populations chrétiennes orthodoxes les a conduits à étendre leur influence sur la Moldavie (aujourd’hui pour partie en Ukraine). Cette situation et la présence croissante de la marine russe à Sébastopol (en Crimée) faisaient craindre à l’Angleterre qui était la grande puissance maritime à visée mondiale de l’époque que les Russes ne bloquent un jour les détroits et la route des Indes par le Proche-Orient (le canal de Suez n’était cependant pas encore percé).

Napoléon III cherchait alors à se rapprocher de l’Angleterre et il s’est laissé convaincre par celle-ci de déclarer la guerre à la Russie. Un corps expéditionnaire fut donc envoyé en Crimée et même si l’expédition s’est soldée par des victoires importantes sur l’Armée Russe, la France n’en a tiré absolument aucun bénéfice. Bien au contraire : nos troupes ont perdu presque 100 000 hommes (les Anglais seulement 20 000) et l’entente cordiale si nécessaire avec la Russie a été repoussée de 50 ans.

Or la Crimée semble redevenir une pomme de discorde importante entre la Russie et les alliés occidentaux. Il se trouve que la Crimée fait partie de l’empire russe depuis le XVIII° siècle. Elle est depuis cette époque un des seuls débouchés (avec la Baltique) de la Russie à la mer. Sous le régime soviétique, elle était en tant que république autonome une sous-division administrative de la Fédération de Russie. C’est Khrouchtchev qui en 1954 décide de faire « cadeau » de la Crimée à la république d’Ukraine pour fêter le 300° anniversaire de la réunification de l’Ukraine et de la Russie. Un simple jeu d’écriture administrative sans conséquence à l’époque puisque Russie et Ukraine faisaient partie toutes les deux de l’Union Soviétique.

Mais la situation s’est compliquée en 1992 à l’éclatement de l’URSS. La Crimée russe est restée ukrainienne, mais les Russes ont conservé le droit d’utiliser le port de Sébastopol moyennant un loyer. Cette situation non tranchée à l’époque va devenir préoccupante au moment où s’installe à Kiev un gouvernement clairement anti-russe.

L’alignement irresponsable (uniquement géré sous le coup de l’injonction émotionnelle) des Français sur le bloc occidental dans son soutien aux révolutionnaires ukrainiens (qui ne l’oublions pas ont renversé un gouvernement parfaitement légal) pourrait à terme nous entraîner dans les pires déconvenues. Les déclarations récentes de Laurent Fabius se félicitant de la chute d’une dictature ( ?) sont à cet égard complètement déplacées.  Si d’aventure la Crimée redevenait  la cause d’une guerre entre l’Ukraine et la Russie, si un gouvernement ukrainien très anti-russe décidait d’expulser la marine russe de Sébastopol,  il y a fort à parier que la France se laisserait encore entraîner dans une nouvelle guerre de Crimée bien malgré elle.

Et une fois de plus, ce serait pour complaire à la puissance maritime mondiale du moment, à savoir les USA. Ceux-ci ont sont en train d’installer en Europe (avec l’accord renouvelé de François Hollande) des missiles anti-missiles (le fameux bouclier rêvé par Reagan) qui remettent gravement en cause l’équilibre nucléaire en Europe : les missiles qui assurent la dissuasion nucléaire russe vis-à-vis des USA pourraient être interceptés au plus près de leur décollage. Si on ajoute à cela de possibles troubles à propos de la Crimée, on a tous les ingrédients pour une confrontation dans laquelle la France se trouverait entraînée sans qu’elle n’y absolument rien à y gagner. Bien au contraire.

Et il est bien malheureux de constater que ce serait parfaitement de notre faute. Car rien, ni idéologiquement (les Russes ne demandent aujourd’hui qu’à prospérer dans une économie capitaliste, Moscou est devenu un eldorado pour les affairistes), ni religieusement (les Russes sont chrétiens comme nous), ni territorialement (ils ne revendiquent aucun territoire qui serait chasse gardée de l’Europe, ni même des USA) ne justifierait cette seconde « guerre de Crimée ».

*Photo : Darko Bandic/AP/SIPA. AP21530884_000035.

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