Pour tout commentaire aux insultes proférées en pleine rue à l’encontre d’Alain Finkielkraut, le politologue de la France insoumise Thomas Guénolé a écrit un tweet remarqué qu’il a depuis tenté d’expliquer. Il regrette ci mais pas ça ou bien peut-être ça. Pour lui, c’est clair: il n’y a aucune ambiguïté. 


Les injures antisémites dont Alain Finkielkraut a fait l’objet de la part de certains gilets jaunes ont soulevé une indignation générale, mais pas universelle. Certains se sont employés à en minimiser la portée ou à les « expliquer », ce qui, comme chacun sait, ne revient pas du tout à les « justifier », ou encore ne les ont condamnées qu’en assortissant cette condamnation d’une condamnation encore plus violente de la victime. Ainsi, le politologue Thomas Guénolé a posté le 16 février un tweet ainsi libellé : « Cela fait des années qu’Alain Finkielkraut répand la haine en France. Contre les jeunes de banlieue. Contre les musulmans. Contre l’Education nationale. Etc. L’insulter, comme insulter quiconque, est condamnable. Mais le plaindre, certainement pas ».

Qu’il ne soit pas condamnable de plaindre la victime d’une agression pourrait paraître plutôt évident. Il semble donc que M. Guénolé ait dit le contraire de ce qu’il voulait dire : qu’il n’est pas condamnable de ne pas la plaindre. C’est en effet ce qui ressort de la tribune qu’il publie dans le Huffington Post à la date du 21 février sous le titre : « Insultes envers Alain Finkielkraut : ma réponse aux calomnies ». Il s’y plaint de ce que « divers porte-paroles macronistes » l’aient accusé d’ « ambiguïté » et il précise le sens de son tweet : « J’ai donc déclaré que, tout en condamnant sans appel les insultes envers Alain Finkielkraut, je n’irai pas jusqu’à le plaindre. Dire cela, ce n’est pas être ambigu. »

Thomas Guénolé, insoumis bien intégré

Notons tout d’abord, pour que chacun puisse apprécier la probité intellectuelle de M. Guénolé, que le « sans appel » accolé à la condamnation date du 21 février et non du 16, c’est-à-dire cinq jours après le tollé. Demandons-nous ensuite pourquoi la haine qu’il attribue à Alain Finkielkraut suscite sa désapprobation. M. Guénolé se flatte d’être membre de la France Insoumise, parti dont le chef, réputé pour ses violences verbales (« larbin », « gros imbécile », « petite cervelle », « ton métier pourri », « sale con », « hyènes », « vermine ») a déclaré que la haine des médias et des journalistes était « juste et saine » et dont un autre représentant éminent, le député Ruffin, a célébré la haine de Macron dans deux tribunes. De toute évidence, M. Guénolé ne baigne pas dans une atmosphère d’amour évangélique. Lorsque le 3 octobre 2017, à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon s’est adressé, selon Le Canard enchaîné, à Manuel Valls dans les termes suivants : « Moi, je ne m’assieds pas à côté de ce nazi (…) Tu n’es qu’une ordure ! Un pauvre type ! Une merde », M. Guénolé a-t-il dénoncé « sans appel » ces invectives haineuses ? Ou a-t-il posté un tweet indiquant que, certes, insulter Manuel Valls, comme insulter quiconque était condamnable, mais que, non, il n’allait certainement pas plaindre celui-ci ? N’étant pas familier des réseaux sociaux, je l’ignore.

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L’essentiel cependant est de savoir si, oui ou non, le propos de M. Guénolé était ambigu. « M’accuser de la moindre ambiguïté est un mensonge ignoble », clame-t-il avec indignation. Relisons-le. Il condamne l’insulte, ce qui signifie qu’il la blâme, autrement dit que l’insulteur a eu tort, qu’il a fait quelque chose de mal en la proférant. Cependant M. Guénolé ne va certainement pas plaindre l’insulté. Plaindre quelqu’un, c’est déplorer le malheur qui le frappe – le déplorer, c’est-à-dire le regretter beaucoup. Résumons-nous. M. Guénolé reproche à l’insulteur d’avoir causé un mal, mais il ne regrette pas beaucoup que l’insulté ait subi ce mal. Qui donc en effet a eu l’esprit assez tordu pour y voir la moindre ambiguïté ?

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