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Théo, mort sur le front de la téléphonie mobile

Le vivre-ensemble a encore frappé

Théo, mort sur le front de la téléphonie mobile
Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Dramatique et particulièrement choquante, l’information n’a pas fait l’ouverture des journaux télévisés du weekend. 


On déplore un mort et un blessé grave dans une boutique de Bouygues Telecom de Claye-Souilly en Seine-et-Marne, suite à un « différend commercial ». Demandant un remboursement qu’il n’a pas obtenu, un migrant sénégalais a attaqué au couteau trois employés samedi, avant d’être neutralisé.

Faudra-t-il bientôt octroyer une prime de risque aux employés de la téléphonie mobile ? Les incidents brutaux se multiplient dans les boutiques ces dernières années, sur fond d’ensauvagement de la société française.

Monsieur Bouygues, protégez les soldats de votre empire

« Avant tout, je veux apprendre à mes enfants à être de bons actionnaires », vient de confier Martin Bouygues dans Challenges, qui se penche ce mois-ci sur les coulisses de sa succession aux affaires. Dans ce chantier de la perpétuation de l’héritage, qui sera l’heureux élu ? Sans doute son fils Edward, 36 ans, ou peut-être le cadet William, ou encore, la souriante Charlotte. « J’ai besoin de retourner le problème dans tous les sens avant de trancher », confessait Martin Bouygues en 2004. Cette année, la famille Bouygues siège confortablement au 41ème rang des plus grandes fortunes de France, avec un petit pactole de 3 milliards 200 millions d’euros, souligne Challenges. Chaque jour, des milliers d’employés bataillent pour louer les vertus des services du groupe face aux clients réfractaires.

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Scène de guerre au centre commercial

Samedi après-midi, cela s’est mal passé. A l’heure où des millions de Français papillonnaient dans les centres commerciaux, tant heureux de renouer enfin avec « la vie d’avant », un des fantassins de la  téléphonie mobile est tombé au front. Théo venait d’avoir son « bac pro ». Il est mort en martyre de l’empire de Bouygues, à l’âge de dix-huit ans. 

Dans le centre commercial de Claye-Souilly (Seine-et-Marne), excédé par une facture trop salée à son goût, un Sénégalais de 62 ans a planté son couteau dans le thorax de Dany, un autre fantassin, âgé lui de 20 ans – gravement touché. Alors que certains auraient pris leurs jambes à leur coup pour filmer la scène à l’abri, Théo s’est interposé, ce qui lui a valu d’être à son tour poignardé. Ayant encore soif de sang, le petit vieux au couteau s’en est même pris à un troisième soldat de la téléphonie – sans parvenir à le toucher – avant d’être stoppé par quatre clients du centre commercial, dont un policier et un agent pénitentiaire profitant de leur week-end pour flâner devant les vitrines. Quatre héros qui, au péril de leur vie, incarnent l’humanité et l’esprit de la nation face à l’ouvrage de déshumanisation que parachèvent les smartphones, Instagram, Snapchat, Stop Covid et autres « applis » déréalisantes qui font de nous de légers débiles narcissiques, ceci avec l’encouragement des gouvernements successifs depuis vingt ans. 

Aujourd’hui en France, vivre sans smartphone relève d’un exploit quasiment digne de la survie d’un Robinson entouré de bestioles hostiles. Aujourd’hui en France, on peut considérer qu’employé de téléphonie mobile est désormais un « métier essentiel » à la marche de notre société. 

Vendeur en téléphonie mobile, un métier à risques

« Rien ne justifiera jamais un tel geste et une telle violence », s’est indignée sur Twitter la firme Bouygues Télécom, laquelle y assure « aider à faire grandir les relations humaines ». 

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Il y a pourtant eu des précédents. Les intimidations ou agressions de techniciens de téléphonie – qui sont allées jusqu’au marteau – sont légion dans certaines banlieues. En février 2019, près de Troyes, un employé de boutique a eu la jambe tailladée  à coups de hachette par un septuagénaire (décidément…) suite à une histoire de box en panne. Deux ans auparavant, la CGT sonnait le tocsin face à un déferlement d’agressions au cutter entre clients et salariés mais aussi, entre des salariés eux-mêmes dans des boutiques SFR.

En février dernier, des clients se sont indignés sur les réseaux sociaux de ne pas parvenir à joindre le service client suite à une panne. Dans ces conditions, les dizaines de milliers d’employés ayant pour seule arme une « hotline » qui ne fonctionne pas et des logiciels qui plantent régulièrement, sont livrés à eux-mêmes face à des clients n’ayant aucun sens civique, prêts à tout saccager. Ou à tuer. 

Un héros nommé Théo

Jeune bachelier, Théo était en stage chez Bouygues. Pour l’été, il aurait pu partir se dorer les cuisses sur une plage du Pacifique muni de son QR code vaccinal, il a préféré contribuer à redresser notre économie fort mal en point, ceci pour 1200 euros par mois. Quelques heures après avoir salué sur Twitter « l’action courageuse » du policier et de l’agent pénitentiaire hors service, Gérald Darmanin y a « partagé » la dernière une du Figaro Magazine, consacrée aux « pompiers, policiers, gendarmes », ces « héros du quotidien ». Il aurait pu y ajouter les employés de téléphonie mobile. 

Théo est mort dans l’exercice de son métier. Cette attaque au couteau doit bien nous faire comprendre que comme le métier de militaire, policier, pompier, et dans une moindre mesure, celui d’enseignant, le métier de vendeur en téléphonie mobile est un métier à risques. Quel que soit le successeur de Martin Bouygues, il est temps que le prochain empereur décide vite cette fois, sans « retourner le problème dans tous les sens avant de trancher », comment protéger réellement ses soldats. Même dans le meilleur des mondes de la 5G, pas sûr qu’il y ait désormais beaucoup de candidats prêts à sacrifier leur vie pour 1200 euros par mois. 


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est professeur.

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