Après le 11 janvier, passée l’émotion, un slogan s’est très vite imposé. «Pas d’amalgame» : il ne fallait surtout pas choquer les musulmans en associant les actes barbares commis par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly à l’islam. Les terroristes étaient certes des islamistes, c’est-à-dire des religieux extrémistes, mais il fallait à tout prix rappeler qu’ils avaient aussi tué des musulmans. Et minimiser en passant le massacre des chrétiens d’Orient.

Dans les mois qui ont suivi, Edwy Plenel arpenta les plateaux télévisés pour dire que les premières victimes de Daech étaient des musulmans et tous ceux qui rappelaient  que les actes de barbarie commis par l’Etat Islamique l’étaient au nom de l’islam étaient très vite renvoyés au statut de réactionnaires. Même le juge Trevidic vient d’user de son autorité dans la lute antiterroriste pour déclarer samedi au Point que « la religion n’est pas le moteur du djihad » et que ce qui fonde l’engagement des islamistes est avant tout un désir « d’aventure»  personnelle. Oui, oui, «aventure»…

Cette dérive « psychologiste » a atteint son paroxysme vendredi après-midi sur iTélé. Deux ou trois « experts »  dont l’éditorialiste Claude Askolovitch, nous ont joué sur un air maintes fois entendu un joli petit morceau de déculpabilisation. Après l’attentat de l’Isère, leur préoccupation centrale était de dédouaner le terroriste de tout engagement islamiste. Ils n’avaient aucune autre information vérifiée que le fait que le terroriste avait décapité sa victime en encadrant sa tête de deux drapeaux comportant sa « chahada », la profession de foi musulmane, mais ils mettaient une ardeur incroyable à nous convaincre que cet acte barbare n’avait rien à  voir avec l’islamisme. Ni avec le terrorisme d’ailleurs puisqu’ils nous laissaient entendre qu’il s’agissait sans doute l’acte isolé d’un dément.

Pendant ce temps défilaient sur le bandeau déroulant les dernières informations sur l’attentat de Sousse où 39 touristes ont été massacrés par un terroriste. On n’ose pas dire « islamiste » puisque c’est désormais inconvenant. Pourra-t-on dire demain qu’il s’agit d’un terroriste, ou devra-t-on se contraindre à parler de « combattant » pour ne pas heurter la sensibilité de ceux qui partagent sa religion?

Si on résume : les terroristes ne sont pas vraiment des terroristes mais des déments égarés par des problèmes psychologiques, les islamistes ne se battent pas au nom de la religion musulmane, mais sont des combattants engagés dans une aventure personnelle. Il est important de bien maîtriser cette rhétorique pour décrypter l’actualité des futurs attentats qu’iTélé et Mediapart vont malheureusement nous commenter dans les prochains mois.

*Photo : MOURAD ALLILI/SIPA. 00716914_000008.

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Xavier Théry
travaille dans un grand groupe de communication.
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